Chroniques du confinement jour 11 : S'attaquer à la ferraille, et des nouvelles heureuses de mon amie Claude
Chroniques du confinement jour 13 : un dimanche sans énergie, l'onde de choc de la veille

Chroniques du confinement jour 12 : plutôt une bonne journée (compte tenu des circonstances) mais soudain un très violent accident

    Il y a la gym du matin, le Tabata du un soir sur deux, les travaux du jardin (j'ai dégagé l'essentiel de la structure métallique aux muscles, à la scie, à la hache), des échanges chaleureux avec ma famille, plutôt des bonnes nouvelles dans l'ensemble, compte tenu du contexte, des amis qui guérissent, une petite question existentielle affective - un luxe par les temps qui courent -. Bref, ça allait plutôt pas si mal. Je vois la fin de la quarantaine avec bon espoir, même si je ne serai vraiment tranquille que mercredi.

Et puis à 21h01 (au vu de l'horodatage d'une photo que j'ai prise presque immédiatement après, précisément à cet effet, d'avoir une trace) alors que nous étions en train de dîner, une voiture est passé venant de Lessay, très rapidement. Vraiment très.

J'ai eu le temps de penser : Quand même les mecs qui ont le droit de circuler ils se croient tout permis d'être seuls et ils roulent comme des malades dans les villes (1).

Il y avait de fortes rafales de vents. 

Nous avons entendu un claquement métallique très bref et très fort. 

Ça venait de pas loin du tout, plutôt vers le garage. À cause de la rafale de vent qu'il venait d'y avoir j'ai pensé à un morceau du toit de tôle qui se serait envolé et aurait chu. Je suis montée à la fenêtre de la chambre. Une canette comme celles de bière ou de coca roulait sous le vent, de la ville vers le Aldi et dans un silence de mort ça faisait western quand passent les buissons. J'ai alors vu un homme vêtu d'un survêtement gris clair passer en courant, dans le sens de Lessay vers le centre ville. À première vue rien ne semblait bizarre, si ce n'était sa présence. Rien d'anormal vers le garage. J'ai commencé à me dire Quand même c'est curieux comme cette autorisation de course à pied dans le confinement pousse les gens à courir par tout temps. 

Puis vers la gauche j'ai entrevu deux silhouettes vêtues de noir. Un homme et une femme, il disait je l'ai vu passer il allait à toute bombe, il filait comme un boulet. La femme était déjà au téléphone, il était évident, aux bribes qui me parvenait qu'elle appelait les pompiers. Le premier homme avait atteint une voiture qui semblait près du garage garée contre le mur. En fait elle était en plein dedans. Il est revenu vers les deux autres, qui avançaient vers lui, en disant Il est inconscient. 

Les secours posaient à la femme des questions, nombre de personnes (un seul un homme) état de conscience, s'ils pouvaient ouvrir. L'homme au survêtement gris est retourné vers la voiture, il n'arrivait pas à ouvrir. Finalement ils ont pu par le hayon. 

Mon co-confiné a reconnu le gars en noir (qui entre-temps avait couru jusqu'à la voiture), un camarade de pétanque qui bossait à Flamanville. Il m'a semblé qu'il agissait exactement comme il le fallait, probablement de par son travail formé aux premiers secours. De toutes façons à 21h07, les secours étaient là, les premiers pompiers en tout cas.
Très vite 4 véhicules de pompiers, puis les gendarmes et un véhicule du Samu 50 dont les occupants sont équipés de masques. Les autres intervenants n'étaient pas particulièrement équipés. Des masques sont apparus plus tard.

J'ai LT volontairement pour garder une trace.  

Je suis quasi certaine qu'il n'y a pas eu l'ombre d'une tentative de freinage. C'est pour ça que je n'ai pas relié le passage d'une voiture qui roulait à toute blinde avec le bruit de claquement métallique. 

L'intervention n'en finissait pas. Nous avons terminé sans goût notre repas. Le Samu ne repartait pas. La voiture était déplacée sur le côté. La route barrée. Une petite voiture qui arrivait, elle aussi venant de Lessay a dû faire demi-tour alors qu'un second véhicule de gendarmerie arrivait. 

Vers 21h30 (pas certaine de l'horaire) les cloches de l'église ont sonné. Et c'était d'autant plus étrange qu'à aucun moment nous n'avions entendu les sirènes des pompiers ni le son (sauf un très bref instant comme s'il avait été déclenché comme par mégarde et aussitôt éteint) des véhicules de secours ou de gendarmerie. 

Je ne sais si l'un des deux voisins témoins (l'homme au survêtement gris et l'autre en noir) sont intervenus sur la voiture mais le moteur semblait coupé, les phares assez vite éteints, pas de dangers d'incendie. Je m'étais tenue prête à intervenir (j'ai le PSC1 que diable) mais ils assuraient et vraiment les secours sont arrivés très vite.

Que l'intervention dure était mauvais signe. D'autant plus que les intervenants du Samu ne s'activaient même plus. Ni qu'aucun véhicule ne repartait comme pour conduire d'urgence un blessé à l'hôpital. 

À 22H54 une dépanneuse et le dernier véhicule de secours ont quitté les lieux. L'état de la voiture sur la dépanneuse passant sous notre fenêtre ne m'a pas laissé grand espoir. 

La presse locale qui fait son taf vite et plutôt bien (pas la photo des bons lieux et une légère erreur sur la géolocalisation, mais tout le reste c'était ça) m'a confirmé très peu après ce que je craignais. Le conducteur ne s'en était pas tiré.

Je connais désormais l'un des sons de la mort qui survient. Ce claquement métallique inclassable. 

Cet accident est un mystère. C'est quasiment une ligne droite. Il n'y avait pas un chat (ou peut-être si, un chat qui traversait pile à ce moment là). Il n'y a pas eu de bruit de freinage ou de dévier sa route. Pourquoi roulait-il si vite ? Était-ce un malaise ? 
Quelqu'un suggérait un suicide. J'ai du mal à croire qu'on choisisse délibérément de se jeter contre ce mur là, si discret, si légèrement en biais par rapport à la route. The perfect wall to die ?

Longtemps plus tard, l'Homme de la maison a eu une petite peur retrospective pour notre voiture qui aurait pu être percutée. 

Le confinement a peut-être sauvé des vies. S'il y avait eu des piétons ou d'autres véhicules, ce qui un samedi soir ordinaire à cette heure était tout à fait possible, ça se serait encore plus mal fini. 

 

J'ai quand même tenu à faire mon compte rendu des infos italiennes. Plus de 10 000 morts de l'épidémie dans mon second pays. L'Espagne aussi est très mal partie. Et aux États-Unis une catastrophe supérieure s'annonce, due au coût des tests dans un premier temps et aux dirigeants qui sont resté dans le déni un bon moment. 

Le vent continue de souffler en tempête. J'ai bien fait d'enlever la plus grande partie de la structure métallique sans plus tarder alors qu'elle était déjà bien entamée. 

 

(1) Parce que ce n'était pas la première voiture que j'entendais rouler trop vite. Mais celle-ci c'était particulièrement trop. 

Lien vers le site de la santé publique en France 
Liens vers des statistiques :
Coronavirus COVID-19 Global Cases by John Hopkins CSSE 
Official Data from The World Health Organization via safetydectetives.com

660 706 cas (dont : 30 652 morts et 139 415 guéris)

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