Là où l'on a grandi
Entraînement de course à pied : tour tranquille de l'Île de La Jatte

Perplexité d'un masque

 

    On se rappellera plus tard, si l'on est encore là, que c'était en ce samedi que l'étendue de la nouvelle épidémie de coronavirus avait pris son ampleur. J'étais en journée off, à récupérer chez moi de plusieurs mois d'intense travail et d'une semaine familialement chargée ; ce qui fait que je pouvais suivre la façon dont les informations et quelques rumeurs déjà circulaient.

C'est intéressant au moins de constater le foisonnement d'informations lorsque la suite est imprévisible (1).

Puis je suis allée au restaurant japonais du coin de la rue chercher un dîner pour le fiston et moi, seuls présents ce soir-là. J'avais des chèques déjeuner à utiliser, les courses n'étaient pas faites, et j'avais déjà cuisinoté pour la collation du milieu de journée.

En arrivant sur les lieux j'ai croisé un livreur qui s'en allait chargé de différents paquets, casqué (il livre à scooter je crois) et portant un masque médical de protection.

Je me suis demandée, c'était inévitable, si ça avait un lien. Il pouvait très bien le porter parce que déjà malade par ailleurs - l'épidémie n'empêche pas celle de grippe ni les bons gros rhumes hivernaux -, le porter pour rassurer les clients peureux, le porter par crainte de réactions racistes - lequel s'est beaucoup décomplexé ces dernières années -, le porter parce que lui-même cédait à la panique (je ne le crois pas, seulement c'est une hypothèse), le porter parce qu'il le fait toujours pour tenter de se prémunir un peu de l'air pollué.

Peut-être que dans une paire de semaines nous porterons toutes et tous de ces masques. Alors je pourrais me rappeler que c'était le samedi soir 25 janvier que j'avais vu le premier.

Pour avoir eu un ami qui était à Hong Kong en 2003 et m'avait raconté les mesures de confinement, avec une sorte distinguée d'amusement - mais il n'avait pas de crainte financière, ni de perdre son travail -, je ne frémis pas de crainte à l'idée d'une telle obligation. Je pourrais rester chez moi à ranger la maison. Il n'empêche que la vitalité actuelle du pays en prendrait un coup. On en ressortirait sans doute équipés de lois dont nous ne voulons pas. Espérons donc que le virus ne gagne pas trop en virulence et que la propagation en soit stoppée avant que nous ne nous retrouvions dans "Station eleven" ou "La constellation du chien".  

 

 

(1) Une épidémie est tant qu'elle n'est pas jugulée un événement non clos. Contrairement à une catastrophe ponctuelle, un attentat unique, un phénomène climatique. Ça ressemble plutôt à une guerre. Celleux qui vivent pendant n'ont aucune idée de son issue, ni quand ni dans quelles conditions elle interviendra.

PS : Grâce à cet échange, 

Capture d’écran 2020-01-25 à 20.57.23

et une réponse d' @Monolecte , j'ai (re?)découvert un texte qu'elle avait écrit avec une belle classe et une formidable énergie sur le lendemain de la tempête Klaus. Cette tempête avait eu lieu dans une autre région que la mienne, épargnée, pendant les jours où je restais en état de choc après l'agression verbale violente dont j'avais fait l'objet sur mon lieu de travail alors que j'étais restée pour réparer des erreurs de la personne qui s'en prenait à moi - longtemps plus tard je me dis qu'elle avait agi ainsi sous l'emprise de la crainte que son incompétence n'éclate au grand jour ; sur le moment j'étais surtout dans un contre-coup absolu d'épuisement, dû également au fait que depuis trois longues années je m'efforçais de travailler alors que le poste que j'occupais n'avais plus de sens utile -. Il se trouve donc que je n'en avais plus aucun souvenir et n'en ai pas de signe sur ce blog.

 

 

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