Solution de repli
Perplexité d'un masque

Là où l'on a grandi

Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas livrée à l'une de mes activités favorites, la découverte de talents confirmés. 

En fait et compte tenu du destin difficile des librairies en notre époque, c'est simple : je travaille à fond, d'où qu'il ne me reste guère de temps pour explorer, écouter, flâner. Plein de choses se passent dont j'ignore tout. Puis j'ai un temps plus ou moins long avant de retrouver du travail. Et je rattrape alors mon retard d'avoir vécu en ce pays [sans avoir le temps matériel ni l'énergie d'y prêter attention]. 

Ce matin grâce @DocArnica et @Tartinetino je découvre le travail d'Antoine Elie, sans doute après la France entière moins quelques personnes. Chanson française classique, des airs qui en rappellent d'autres, mais adaptés de maintenant, une présence, une voix. 

J'écoute peu de chanson en français en écrivant, à part des classiques dont les paroles me sont si connues qu'elles en décollent du sens, et n'ai en temps normal pas tant de loisirs que je puisse écouter de la musique par pure attention longtemps, il n'empêche que j'apprécie le travail.

Ainsi, j'écoute quelques morceaux. Puis je tombe sur une video tournée dans la rue, dans laquelle l'artiste répond à des questions d'internautes, passage (presque) obligé de la notoriété. Il s'en acquitte avec bonhommie. Seulement ce qui me saute aux yeux en tout premier lieu c'est précisément ça, le lieu, l'endroit. Il s'agit de "ma" banlieue, une ville toute voisine de celle où j'ai grandi.

Et avant même tout autre considération, ce qui a envahi mon esprit était "Hé, mais c'est chez moi !". Capture d’écran 2020-01-25 à 12.13.52

Un peu le même effet fait lorsque je suis allée mercredi passer un entretien d'embauche dans ma banlieue de petite enfance.

C'est impressionnant d'à quel point, qu'on le veuille ou non, de quelques origines que soient nos parents et grands-parents, on est de là où l'on a vécu nos premières années, là où les apprentissages essentiels se sont faits ; en tout cas lorsque l'on a séjourné un temps assez long sur place (1). Plus rien de matériel ne me rattache à ma banlieue du Val d'Oise, ce que ma sœur et moi avons pu sauvegarder est en Normandie, terre d'origine de ma mère. Nous avons agi selon la pente de ce qui était économiquement raisonnable et préservait une part affective qui avait du sens.
Par ailleurs je me sens chez moi en Belgique, d'une façon que je ne m'explique pas. J'ai un ami qui peut comprendre, au point d'en avoir obtenu la nationalité. Mais il y vit, sauf périodes précises, depuis de longues années, quand je n'ai connu que des bribes. Chaque déplacement coûte de l'argent.

Et l'Italie est aussi pour partie mon pays, lequel me manque puisque par manque de moyens, j'ai pratiquement cessé de le fréquenter (2).

Il n'empêche, la reconnaissance instantanée d'un "chez moi" alors que je regarde des images sans m'attendre à une localisation particulière, me donne un exemple, parmi d'autres (3), de combien on est de là où l'on a grandi, peu importe d'où nos aînés venaient.

Pour finir, voici L'armure et la rose , qui semble être la chanson qui a fait connaître Antoine Élie. 

 

(1) C'est peut-être vrai aussi dans le cas contraire. Il se trouve que comme mes parents ont été d'une grande stabilité, je n'ai connu qu'une croissance dans un point fixe. Je ne peux témoigner que de ce que je connais.

(2) Et c'est sans doute assez typique de la baisse de niveau de vie des classes moyennes combinée avec l'âpreté croissante du monde du travail : mes parents sur le seul salaire de mon père pour une famille de quatre parvenaient à maintenir possible 3 semaines à un mois de vacances en Italie. L'homme de la maison et moi, deux salaires qui pendant un paquet d'années furent deux salaires de cadres, deux enfants, n'avons que très rarement pu nous payer de "vraies" vacances, combinaison de manque d'argent et de périodes de congés sans cesse plus difficiles à obtenir, ou obtenues au dernier moment ou en décalé. Du coup les vacances c'était en Normandie dans la petite maison prêtée par ma mère, laquelle m'appartient désormais. De vacances au ski il ne fut jamais question, hors de portée, hors de prix.

(3) En particulier quand j'ai travaillé dans le Val d'Oise en 2016/2017. Je retrouvais des façons d'être et de parler familières. Alors que j'aurais été incapable de caractériser une culture, un style (un patois ;-) ?) val d'oisien.

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