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Photos triées (janvier 2018)

 

    La mémoire à nouveau saturée de mon ordinateur m'oblige à faire grand tri, sauvegardes et ménage de photos, alors que j'avais tant d'autres choses à faire. En même temps c'est une occupation calme qui va bien pour un jour de récupération. Si j'accomplis mon travail de la maison, je n'aurais plus de forces pour mon travail du travail demain.

Je m'efforce de rendre la nécessité un tant soit peu intéressante (1) en regardant les photos avant de les effacer. Ainsi reviennent quelques mémoires.

 

 

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Fin janvier 2018 la Seine est en crue. C'est fréquent l'hiver mais ce mois-là cela prend d'impressionnantes proportions. Je travaille à la librairie Charybde et c'est un rythme soutenu.

Je me souviens de paroles prononcées par Stromae après ce qui ressemble à un burn-out qu'il avait eu lors d'une tournée sans fin qui succédait à son grand succès : et qui disait en substance, Tout allait tellement vite, tout était si intense, je n'avais pas le temps de mémoriser ce qui m'arrivait, j'ai des moments entiers dont je ne me souviens plus. Loin d'être en burn-out, mais portant fort le quotidien, j'éprouve pour ma période chez Charybde quelque chose du même ordre : je me souviens de l'ambiance belle des soirées, de beaux échanges avec les clients, de mes trajets de coursiers le matin avant d'aller bosser (pour certains éditeurs, certains comptoirs), ce sont de bons souvenirs. Seulement ils tentent à former un continuum, un tout indistinct. Et bien des éléments de la période me sont sortis de l'esprit. Ainsi cette crue spectaculaire, dont je pouvais pourtant mesurer la progression lors de mes trajets vélotaf.  

Dans les périodes de vie trop intense, on perd le meilleur des meilleurs moments. Au lieu de devenir des jalons de mémoire, ils s'en retrouvent lissés. 

 

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Les dimanche d'avant le déménagement des possessions (meubles, objets, vêtements) de mes parents se sont souvent déroulés selon le schéma suivant : course à pied en forêt de Montmorency, déjeuner sur le pouce (2) ou au restaurant, après-midi à la maison de Taverny : JF fait la sieste et moi je procède aux mises en cartons et aux tris. Je retrouve par les photos la trace de notre passage le dimanche 28 janvier 2018 à Montmorency, à Sempre al Vicolo où œuvrait encore Alexis, restaurant qu'il a cédé depuis. Je retrouve un lapsus révélateur datant de 1983 

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En fin de journée nous rentrions et je tombais de sommeil. Comme les semaines à la librairie étaient fort intenses aussi, je ne suis pas étonnée, rétrospectivement, de n'avoir de cette période qu'un souvenir parcellaire. Pas d'états d'âme, il fallait tenir il y avait des échéances et beaucoup à faire, dans les deux domaines (vie personnelle et vie pro).

 

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Le 29 janvier 2018 je retourne à Taverny mais repars assez tôt car je suis conviée au soir à une rencontre littéraire avec Shida Bazyar pour "Les nuits sont calmes à Téhéran". Je me souviens de la rencontre, c'était un bon moment, vraiment. En revanche, je n'ai plus souvenir du roman, si ce n'est qu'il était bien. Pourtant, très jeune j'avais compris qu'il était bon de noter ses lectures, j'en avais retrouvé trace ce jour-là. Seulement la vie ne laisse pas toujours le temps de le faire. 

 

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Le 30 janvier 2018, à la mémoire, un mardi, c'est la soirée au Silencio pour le lancement du roman "La dissipation" de Nicolas Richard. Même si le lieu me laisse méfiante (pour les lancements de livres, je préfère les librairies), je garde de la soirée un vif souvenir. En particulier parce que l'établissement loue doublement ses lieux et je n'en savais rien. Aussi, lorsqu'à la fin de la présentation littéraire et du pot qui suivit, je me rendis aux toilettes avant d'entreprendre le retour vers mon logis, et comme il y eut de l'attente, je me retrouvai en sortant dans un tout autre monde et ça ressemblait à un film : vous faites un truc anodin et quand vous en terminez autour de vous tout change. Curieuse, je reste pour écouter l'artiste (musique) dont c'est la soirée. C'est là que je ferais voisinage avec Étienne Daho, ce qui sur le moment me semble aller de soi (3) 

 

(1) J'effectue par ailleurs des sauvegardes automatiques régulières, seulement je tiens à faire pour les photos en plus des sauvegardes choisies, pour lesquelles je maîtrise l'emplacement.

(2) À la résidence Guynemer une boulangerie restait ouverte le dimanche, dont les sandwichs étaient plutôt bons, quoi que pour moi trop copieux.

(3) Même coup en bien moins fort qu'avec Wim Wenders il y a un moment : sur l'instant la rencontre me semble totalement naturelle. Après coup, j'ai un effet de Ah ouais quand même !  


Pour moi c'est plutôt 1986

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C'est en lisant ce touite que j'en ai pris clairement conscience (1) : alors que tout le monde évoque 1995 à propos des grèves actuelles, le souvenir qu'elles m'évoquent est quant à moi celui de 1986.

Sans doute parce que les voltigeurs de sinistre mémoire sont à nouveau à l'œuvre.

Mais aussi parce que ma situation personnelle au milieu de tout ce qui se produit présente des similitudes.

En 1986 je démarrais ma vie professionnelle et c'était fort intéressant et stimulant, j'y croyais pas mal, mes collègues étaient top. Je logeais dans une chambre de bonne tandis que mon fiancé faisait son équivalent de service militaire au Burkina Faso. Dès lors ma vie c'était bosser, lui écrire, et faire du sport - c'est là que j'ai commencé la danse avec Brigitte, dont les cours me manquent tant -. Il n'y avait pas encore de vélib mais pour aller bosser je pouvais marcher.

J'écoutais les infos à la radio le soir, lisais régulièrement des journaux (2). J'étais donc au courant des événements en cours. Seulement ma vie concrète et quotidienne était si remplie que bien que vivant et travaillant à Paris, je n'en voyais ni subissais rien. C'était comme si j'avais vécu ailleurs ou à un autre moment.

Aujourd'hui c'est un peu similaire. Je m'informe tôt le matin, tard le soir en rentrant. J'ai un travail intéressant et stimulant. J'essaie de maintenir des activités sportives. Et de ne pas perdre de vue tout le monde malgré la vie sur-occupée. Pour aller bosser, je peux prendre un vélo. Ce que je vois directement des grèves et des manifs, ce sont les conséquences en termes de circulation : des embouteillages à n'en plus finir, beaucoup de personnes à pied ou à vélo. C'est tout. De mes ami·e·s ou camarades de radio témoignent de leurs expériences en manifestation, c'est un peu comme s'il me faisaient le récit d'un lointain voyage. Mon trajet domicile - travail ne passant pas (ou : pas forcément) via Paris intra-muros, je n'en vois rien.

Et si comme en 1986 j'avais un voyage un peu lointain prévu et que sur place on me demandait Alors comment c'est en ce moment à Paris ? Je ne saurais dire que comme à l'époque, figurez-vous que je pars assez tôt travailler le matin, rentre tard le soir, circule par manque de temps fort peu entre mes trajets strictement nécessaires, et ce qui survient, je n'en vois rien.

Ceci est renforcé par le fait que mon organisation quotidienne pour pallier l'absence de transports en commun rend mes trajets plus longs en durée ; de ce fait je dispose d'autant moins de temps pour être dans la ville et non pas seulement aux prises avec ma vie. 

C'est donc assez logique. J'en éprouve pourtant, comme en 1986, une forme d'étonnement.

 

PS : Je m'aperçois qu'en période de surmenage professionnel, la plupart des infos m'arrivent comme autrefois par la radio le matin, via le radio-réveil enclenché pour que je me lève à temps pour aller travailler. Or ces temps troublés s'accompagnent de grèves à Radio-France, ce qui réduit mes possibilités d'entendre des informations avant de partir.

En 2019 acheter un journal de papier est devenu un luxe et n'est pas si facile - je peine à acheter une fois par semaine Le Canard Enchaîné, les kiosques sont devenus relativement rares quand il y en avait presque à chaque coin de rue -. 

 

(1) car je n'avais aucune idée qu'il y eût ces jours-ci des violences aux abords de lycées ; des blocages de lycées.

(2) En ce temps là, acheter Le Monde, prendre un café au café, même pour un petit budget, ça se faisait sans y réfléchir.


La journée de la courtoisie

 

    Ce lundi, malgré les grèves, la circulation était calme et le temps plutôt doux. J'ignore ce qu'il y avait dans l'air et j'ai regretté de n'avoir pas de caméra pour filmer mon trajet, car s'il y eut plus que d'avantage de la #GCUMerie (véhicules stationnants n'importe où de préférence sur les pistes cyclables), ce fut un festival de courtoisie de la part des automobilistes y compris à des carrefours où je m'arrêtais parce qu'ils avaient priorité (oui vous avez bien lu, au moment où je m'apprête à mettre pied à terre, l'automobiliste me fait signe de la main, Allez-y). Et ce à l'aller et au retour. 

J'avais mon bon vieux VTT donné par l'ami du Connétable, Fabien, ma tenue "de cosmonaute" habituelle : gilet et casque jaune, sur-pantalon, bandeau jaune fluo sur le sac à dos ; pour le trajet du soir, bonnes lumières ; tout pareil que les autres jours. Je ne roulais ni plus ni moins vite. Et le parcours est le même que depuis presque un mois, avec jusqu'à présent ni plus ni moins de mises en danger par les voitures qu'ailleurs.

Bref, je n'ai pas pigé ce qui a fait qu'en ce jour particulier tous les automobilistes se sont vis-à-vis de moi comportés avec élégance. Et comme ça rend la circulation à vélo plus facile, fluide et disons-le agréable.

Le truc un peu triste, c'est de s'en retrouver stupéfaite et émue. 

 

 

 


Sauf erreur de calcul de ma part, j'en suis à [...]

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Sauf erreur de calcul de ma part j'en suis à 266,49 km de #Vélotaf cumulés depuis mes débuts à la librairie "Des mots et des choses", soit un peu moins d'un mois. J'en aurais sans doute fait moins sans les grèves, notamment les jours où je dois aller Porte de Saint-Ouen pour mon émission de radio du mercredi soir sur Cause Commune (93.1 FM) et aussi parce qu'en tant que libraire, les temps de trajets en transports en commun présentent une plage de lecture non négligeable.

J'en aurais sans doute fait plus si je n'avais pas eu un problème mécanique à tenter de faire réparer car il dépassait mes compétences. Alors les premiers jours je n'ai pas pris le vélo. Le problème hélas n'est que partiellement résolu pour l'instant mais au moins n'entraîne plus de risques, simplement du ralentissement et un léger inconfort.

Mes trajets aller et retour sont désormais stabilisés. J'aimerais les filmer, parce qu'ils correspondent à une recherche de combiner relative efficacité et itinéraire agréable voire sécurisé. Alors ils pourraient servir à d'autres ou à des débutant·e·s. 

J'ai supprimé un aléas de durée non négligeable en évitant la place Marcel Sembat : désormais je passe par l'ouest de Boulogne (rue de Silly notamment) quitte à ce que ça représente un détour (en fait pas tant).

trajet aller : 

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trajet retour : 

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La différence entre les deux trajets s'explique par des sens interdits et le fait que l'aller se doit d'être efficace. Je suis surprise par le temps cumulé d'arrêts, dus aux feux de signalisation (que je respecte sauf pour ceux qui n'ont pas de sens pour un vélo - certains d'ailleurs sont dûment équipés du signe qui autorise le tourne à droite ou le tout droit si la voie est libre -) 

 

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6 minutes ce matin, 8 minutes ce soir. 

Or ce soir il n'y avait pratiquement pas de circulation - je me suis même demandée s'il n'y avait pas eu une annonce de démission du Président Macron et que tout le monde serait scotché à des fournisseurs d'infos (1) -, ce qui signifie que l'entière différence entre temps écoulé et temps de déplacement était constituée par les arrêts aux carrefours.  

Je pense que ce billet aura quelques suites, je vais peu à peu affiner. 

 

(1) C'est un côté curieux, presque un peu amusant dans ce monde moderne, de mes emplois depuis septembre : ils sont d'une intensité telle - c'est stimulant, je ne m'en plains pas - que je ne peux matériellement pas consulter mon téléphone quand j'y suis. 

Je jette généralement un coup d'œil à ma messagerie pendant la pause déjeuner, et brièvement sur mon fil Twitter - avec l'aléa que si une infos est tombée bien plus tôt ou tombera juste après, je n'en saurais rien sur le champ et pas avant un moment -. Dès lors je me retrouve dans un mode de vie qui était celui d'avant l'internet : les informations ne nous atteignent qu'une à deux fois par jour. C'est simultanément assez frustrant et relaxant.

 

 


Ça résume bien ma vie d'en ce moment, sauf que je suis la dealeuse [de livres]

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(pour l'un de nos clients du jour, c'était exactement ça et d'ailleurs nous en avons ri)

et à part ça, je crois que j'ai stabilisé un trajet pour mon retour de vélotaf : pas le plus court, un ou deux points gênants (ou il convient de mettre pied à terre ou quasi), mais en sécurité meilleure et avec toutes les bonnes pistes cyclables possibles. 

Et sinon je m'aperçois que l'air de rien, je tiens bien la route en conseils BD - romans graphiques. Depuis mon émission "Côté Papier mais pas seulement" sur Cause Commune, j'en lis davantage, peut-être que ça aide.

Je me souviendrai longtemps du tout jeune Louis, triathlète de 6 ans et judoka bientôt ceinture jaune et qui venait de courir la corrida d'Issy, 1,5 km, il était même encore en tenue.

Lors de ma pause déjeuner j'ai croisé un coureur qui semblait au bord du malaise (sans doute qu'il en revenait). Il s'accroupissait comme si sa tête tournait puis refaisait quelques pas puis recommançait. Je lui ai demandé si ça allait il m'a répondu que oui. 

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