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Il en avait 22 (un étudiant à l'agonie)

    

  Capture-ecran-facebook-1573235063 J'ai vu passer un touite en fin de journée qui relayait l'article du Progrès de Lyon. 

Un étudiant de 22 ans, boursier auquel on avait coupé les vivres, bourse d'études supprimée (une question de redoublement, si j'ai bien compris ; mais un gosse de riche aurait eu droit de redoubler autant qu'il le voulait, lui), et qui ne se voyait plus aucun avenir dans ce monde ultra-précarisé et politiquement déprimant - le garçon faisait partie de ceux qui militent pour une société moins inégalitaire, la période actuelle est particulièrement sombre pour qui croit encore en une possibilité de justice sociale - a tenté de mettre fin à ses jours en s'immolant. 

Son mot d'adieu est un beau manifeste. Comme Jan Palach en son temps, il espère que son geste réveillera les consciences et que des conséquences de ce réveil pourront éviter à d'autres que lui de subir, plus tard, son sort. 

Sa lettre est impressionnante de lucidité. Il établit un constat glaçant.

J'ai vu passer des échanges d'infos entre personnes qui semblaient le connaître. Il a été sauvé d'une mort immédiate, seulement son état est tel qu'il n'est pas dit qu'il puisse revenir vivant. 

Profonde tristesse, sentiment d'impuissance et pensées pour ses proches. 


Elle avait 107 ans (Lucette Destouches)

Je n'ai appris que cet après-midi via France Culture par ce lien la mort de Lucette Destouches-Almanzor, dernière épouse de Louis Destouches connu comme écrivain sous le nom de Louis Ferdinand Céline

Elle avait 107 ans.

Il se trouve qu'elle fut une amie entre autre de Nadine Nimier qui était une habituée de la librairie Livre Sterling dans laquelle j'ai fait mes débuts comme libraire avant qu'elle ne ferme. Et que certaines après-midi, lorsqu'il n'y avait pas trop de monde, Nadine me racontait.

Du coup j'ai l'impression d'avoir perdu quelqu'un que je connaissais.

Sa loyauté indéfectible envers son sale type de mari pose brillamment la question de : jusqu'à quel point la loyauté rejoint le soutien ? (1)

C'est pour moi une question pour laquelle je n'ai pas de réponse car je me sens séparée en deux par des considérations qui ne se situent pas sur le même plan, les unes affectives, les autres intellectuelles.

Et d'ailleurs Céline est sans doute celui qui me fait le plus m'interroger sur la place de l'homme / la place de l'œuvre. Car il était d'une force littéraire peu commune. Ses phrases, elles restent. 

Et ça paraît tellement incohérent qu'une telle force et intelligence soit couplée avec des idées et des opinions politiques totalement moisies. En tant qu'homme au quotidien c'est très surprenant, les témoignages le concernant sont totalement antinomiques, c'est totalement déroutant. Peut-être ou sans doute une forme de folie.

Je me demande comment sa femme, désormais défunte, avait fait pour supporter cet époux aux multiples avatars. 

Une imagination de la conversation que nous aurions eue, Nadine et moi, si Livre Sterling existait encore, n'a cessé de flotter dans mon esprit depuis la fin de l'après-midi. 

 

 

(1) Peter Handke, ne reniant pas ses liens avec Slobodan Milošević malgré qu'entre temps on savait ce dont ses armées s'étaient rendues coupable, la pose très bien aussi.  


La Corée près de chez toi

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Depuis que la nouvelle rue est ouverte qui va de Pont Cardinet au Tribunal de Paris, je l'emprunte à la moindre occasion. D'abord parce qu'elle me permet de rentrer agréablement à pied - contrairement à l'avenue de Clichy qui est très chargée de circulation et pas très accueillante -, ensuite parce que je savoure ces nouveaux quartiers pour moi sans souvenirs.

C'est l'un des poids de vivre très longtemps dans la même ville : chaque pas fait surgir foison de souvenirs, et si ça n'est pas désagréable en soi, c'est fatigant à la longue. Je dois faire en permanence un effort pour me dire Je suis maintenant. 

Dans ce nouveau quartier du XVIIème, c'est relâche : il n'était pas accessible avant, il s'agissait d'un domaine de la SNCF je crois, et pas ouvert au public en tout cas. 

De plus cette rue en particulier avec les architectures moderne et variées de ces immeubles, bureaux et logements mêlés me rappelle irrésistiblement quelques quartiers entrevus dans des films de Corée du Sud. Même pas tant l'extraordinaire "Parasites" que d'autres, vus au fil des ans aux Festivals de La Rochelle ou d'Arras et qui m'ont laissée cette impression.

D'où que lorsque je reviens de quelque part dans Paris et décide de au moins finir à pied en passant par ce chemin et comme ce fut le cas ce soir, en rentrant de la fête de départ à la retraite d'une amie 

C'est l'un des poids de vivre très longtemps dans la même ville : chaque pas fait surgir foison de flashs back, et si ça n'est pas désagréable en soi, c'est fatigant à la longue. Je dois faire en permanence un effort pour me dire Je suis maintenant. 

Dans ce nouveau quartier du XVIIème, c'est relâche : il n'était pas accessible avant, il s'agissait d'un domaine de la SNCF je crois, et pas ouvert au public en tout cas. 

De plus cette rue en particulier avec les architectures modernes et variées de ces immeubles, bureaux et logements mêlés me rappelle irrésistiblement quelques quartiers entrevus dans des films de Corée du Sud. Même pas tant l'extraordinaire "Parasites" que d'autres, vus au fil des ans aux Festivals de La Rochelle ou d'Arras et qui m'ont laissée cette impression.

D'où que lorsque je reviens de quelque part dans Paris et décide de au moins finir à pied en passant par ce chemin, appeler en mon fort intérieur ce mode de retour  Passer par la Corée pour rentrer.  Ce fut le cas ce soir, en revenant de la fête de départ à la retraite d'une amie, je suis descendue métro Rome - lycée Chaptal souvenirs de classes prépa 1981 - 1983 ; rue Boursault, chambre d'étudiante de mon amie Françoise, mêmes années ; Notre Dame des Batignolles, mariage de mes parents ; square des Batignolles ancienne collègue et amie qui logeait près d'ici, un restaurant où nous étions allés en bande un soir après une signature avec mon ami François, celui qui habite loin de Paris, départ traditionnel des 10 km du XVIIème, souvenirs avec les potes du triathlon et puis je traverse près de la gare de Pont Cardinet, et hop, presque plus de claques mémorielles, et je suis en Corée, un quartier familier, près de mon hôtel peut-être, ça y est j'ai mes marques, mais aucun souvenir marquant. Et puis à chaque fois je remarque de nouvelles choses (1), vraiment comme une touriste qui découvrirait une ville. Me voilà en sensation de congés. Ma fin de soirée se déroule en vacances.

Et puis soudain voici qu'apparaît ... Un restaurant coréen avec une partie de l'enseigne dans la langue.

Je crois que j'ai inventé le voyage loin zéro carbone instantané. 

(et j'en riais encore en arrivant chez moi)

 

 

(1) En réalité parce qu'en ce moment à chaque fois, quelque chose à ouvert, un morceau de chantier s'est terminé, un passage est accessible ou alors était ouvert mais désormais sous code d'accès.


Je fus une enfant précoce, je n'en suis pas moins bête (ou : c'est pas parce qu'on est intelligent, qu'on n'est pas aussi cons)

 

En recherchant une autre émission, je tombe sur celle-ci, et comme j'ai quelques minutes j'y regarde de plus près. Elle fait plutôt bien la part des choses. Mais il y a quelques affirmations avec lesquelles je ne suis pas d'accord, celles-ci :

"Un enfant qui a un QI élevé est avant tout un enfant qui a de la chance parce que quand même, l'intelligence, ça sert dans la vie. Ça sert avant tout à l'école mais aussi dans tous les métiers en l'occurrence. De manière générale, les gens qui ont une intelligence plus élevée ont de meilleures chances dans la vie pour tout. Pour les études, pour la vie professionnelle et dans plein d'autres domaines." 

Elle est tempérée à juste titre par ce qui suit : "Après, le fait d'avoir une très haute intelligence ne vaccine pas contre les problèmes et ne vaccine pas non plus contre des troubles." ; mais n'en demeure pas moins assez discutable.

Je fus une enfant précoce, à l'âge de huit ou neuf ans j'étais consciente des choses, du monde, il n'y avait rien que je ne puisse piger si je ne m'y attelais pas, il suffisait que je lise ou qu'on m'explique, seules les choses de l'amour demeuraient un mystère (1). Quand je n'avais pas de 20/20 en classe c'était par distraction - les exercices m'étaient trop simples, je pensais à autre chose tout en les effectuant -, ou parce que je n'avais pas compris ce qu'on nous demandait en mode C'est trop simple ça ne doit pas être ça qu'il faut faire et du coup je m'inventais en quelque sorte un autre énoncé (à côté de la plaque), ou en orthographe car j'étais mauvaise en orthographe d'usage - le français étant une langue illogique entre toutes ; du jour où j'ai pigé un peu d'étymologie j'étais sauvée -. Bien sûr en ces temps là on ne diagnotisquait pas les gamins et encore moins les gamines. Je dois mon salut à notre institutrice de CM1/CM2, madame Banissi, qui laissait caracoler en tête avec une liberté encadrée, les élèves qui en avaient sous la semelle et alimentait les cerveaux assoiffés, tout en s'occupant bien du reste de la troupe . Je dois mon salut au fait d'aimer le sport donc je jouais avec les autres à ces jeux-là, d'aimer faire la clown, d'être tombée sur des potes de quartier dans l'ensemble bon-enfants et qui m'ont fait une place à part, une fille qui jouait aussi aux jeux des garçons, à qui on pouvait demander d'expliquer des trucs, qui nous racontait des histoires de bouquins, qui consolait en cas de pépins, qu'on pigeait pas toujours mais c'était pas grave elle était rigolote. Elle tenait parfois tête aux adultes et souvent ça les énervait encore plus mais des fois ils finissaient par céder et c'était trop bien ce qu'on obtenait. 

C'était juste de la précocité, pas d'être plus maligne, arrivée en classe prépa, et passé un premier chagrin d'amour qui me grilla bien des neurones, c'était terminé. Mais pas tout à fait le fait d'être décalée.

Et là, si l'on n'est pas issu d'un milieu social favorisé, ou si elle n'est pas couplée avec certaines caractéristiques d'égoïsme et d'ambition adaptée au capitalisme, l'intelligence n'est pas une alliée, c'est presque une forme de bizarre handicap. On voit trop bien les aliénations dans lesquelles on se retrouve enfermé·e·s pour simplement pouvoir gagner son pain quotidien, on ne sait pas se battre contre les mesquineries communes, on souffre de solitude par rapport aux groupes dans lesquels on se trouve - typiquement les discussions télés à la cantine d'entreprise du temps où c'était courant qu'il y en ait (des cantines) -. Le fait d'être intelligent peut rendre plein de choses quotidiennes totalement incompréhensibles, dès lors qu'elle ne sont pas logiques mais obéissent à des facteurs de par exemples petits profits égoïstes. On passe un peu son temps à réfréner des pulsions de révolutions : elles seraient condamnées à l'échec présupposant que la plupart des êtres humains est altruiste et logique dans ses raisonnements. Le capitalisme l'emporte à tous les coups qui est fondé sur la bêtise, les réflexes propriétaires et de jalousies et d'esprit de compétition mal placé (2).

En fait pour la survie dans notre monde présent, l'intelligence peut être un boulet, dès lors que l'on n'est pas bien né·e·s. Quelque chose qui se retourne contre soi. Notre bêtise face au monde moyen. Une façon trop élaborée d'envisager la survie.

 

 

(1) Elles le sont sans doute demeurées, même si j'ai moi-même été atteinte par cette étrange maladie qui nous rend si neuneus. Et  incapable de voir les choses telles qu'elles sont pendant un bout de temps. Une envoutante distorsion. 

(2) En ces années charnières vers un monde effondré il serait bon que l'esprit de compétition soit tourné vers l'objectif primordial de sauver la planète qui héberge l'humanité. Guess what, les milliardaires continuent à jouer à qui pisse le plus loin et celles et ceux que le pouvoir fait frétiller à se battre pour le contrôler puis faire des victimes (directes et indirectes) pour le garder. 
Plein de gens, efficacement conditionnés, ne savent plus rien faire d'autre que consommer ou rêver de le faire et prêts à tout parfois pour en attraper les moyens.

On n'est pas rendus.

 


Journée parfaite (si, si c'est possible)

 

    Je suis dans les quelques jours magiques entre deux emplois, avec le nouveau qui m'enthousiasme vraiment, et le précédent quitté très proprement, donc zéro tracas et de stimulantes perspectives.

J'ai passé l'essentiel de la journée à la BNF à préparer et le festival d'Arras et mon émission "Côté papier mais pas seulement" du lendemain. Pur bonheur dans les deux cas. J'ai revu le film "Good Bye Lenin !" avec quelques étonnements mais beaucoup de délectation.

Commencé celle-ci en allant nager, terminé celle-ci en allant retrouver mes camarades du Triathlon vers la fin d'un des entraînements.  What else, franchement ?

Et donc effectué mes réservations pour Arras. J'en frétille à l'avance tant la qualité de la sélection impressionne davantage encore d'années en années. Un ami qui bosse dans le domaine m'a aidée en me donnant de précieuses indications. 

Un autre a mis ma fille sur une piste d'emploi. C'est une angoisse de l'avancée en âge à laquelle je n'aurais jamais imaginé d'être confrontée mais voilà : lorsqu'un enfant devenu adulte dépend toujours de nous financièrement alors que nous peinons à nous maintenir dans l'emploi et bientôt comment faire - je crains fort le gap entre fin du dernier contrat, début d'une retraite, celle-ci recule, le risque qu'il ait lieu s'accroît -, c'est bien flippant.

L'entreprise à laquelle j'ai confié les travaux importants pour la petite maison de #MaNormandie les a déjà commencés, ce que les voisins ont confirmé (1). C'est important pour moi de la faire revivre, d'en prendre soin comme mon père qui y était très attaché et s'y donnait du mal l'aurait fait. 

Last but not least, j'ai déjeuné avec une de mes plus proches amies, laquelle va mieux après une cruelle période, et c'était si chouette, ce bon moment après les peurs - même s'il reste bien du travail pour que la vie reprenne totalement son cours -. 

Et puis il y a eu des moments de soleil et il faisait plutôt bon pour un mois du lot hivernal. 

Tout était réuni dans le bien. C'est hélas assez rare dans une vie moyenne. 

Alors j'ai savouré chaque instant. 

(Et là j'ai beaucoup de ma à aller me coucher car je n'ai pas envie qu'elle s'arrête)

 

(1) L'épisode du #VoisinVoleur aura au moins eu cet effet favorable que nos autres voisins depuis sont aux petits soins.

PS : Et j'ai même acheté pour un prix sage un super casque de vélo. Merci Estelle ! 


Adèle Haenel, respect

Je ne sais pas combien de temps la video restera, mais le courage de cette jeune femme, son intelligence dans le choix des mots, et le soin qu'elle met à élargir son cas. Le travail solide de Marine Turchi apporte un contrepoint d'une force elle aussi incontestable. 

Quant à l'homme incriminé, je suis persuadée au vu des exemples de personnalités abusives (pas sexuellement, mais de manipulation et de jouer de l'emprise que l'on a sur les gens) que la vie m'a fait croiser, qu'il est probablement persuadé d'être un mec bien puisqu'il ne l'a pas violée, et que peut-être même il s'attend à de l'admiration pour avoir su se maîtriser et qu'il se dit que c'est lui qui lui a permis d'accéder au métier d'actrice et que plus ou moins consciemment il considère légitime d'avoir eu quelques bons moments en "compensation". Par ailleurs on peut aussi croire qu'il se croyait réellement amoureux. Il se dit sans doute, Mais c'est inouï, c'est comme ça qu'elle me remercie !

Le fait est que pendant des siècles et des siècles et tant que les femmes étaient sans cesse soumises aux cycles des grossesses sans contrôle et des accouchements souvent dangereux, les hommes en faisait à leur guise, et nous les femmes n'étions là avant tout pour satisfaire leur désir et procréer. Toute l'organisation sociétale et chacune des religions monothéiste leur montrait qu'ils étaient dans leur bon droit. À l'orée de la fin du monde tel qu'il nous fut connu, il leur faut totalement changer de façon de concevoir l'ordre "naturel" des choses. Et admettre qu'il ne soit plus en leur stricte faveur. Ça n'est pas étonnant que pour certains ça ne soit pas simple. 
Le nombre de fois où constatant l'attirance d'hommes de mon âge pour des jouvencelles et tentant vaguement au moins par l'humour de signaler que Hé mais tu as quel âge toi déjà ? je me suis vue vertement renvoyer dans mes buts, y compris par des hommes que j'estime par ailleurs et qui ne sont pas des monstres ni des sales types, me laisse à penser qu'ils trouvent tout simplement que c'est normal et bien ainsi. Et certains sont sincèrement persuadés qu'il s'agit de (grand) amour.

Concernant le cas précis d'Adèle Haenel, une pensée pour celles et ceux qui ayant vu mais rien ou peu fait ou tenté d'agir mais sans succès, doivent se sentir mal, être au prise avec un sentiment de culpabilité. À la fois victimes et coupables, n'oublions pas qu'à leur place nous n'aurions sans doute pas su faire mieux (1). Pensées aussi pour les parents [au passage, la lettre à son père, cette force]

 

(1) Je suis persuadée qu'en admettant que j'aie fait partie du staff du film, j'aurais pu faire preuve d'un aveuglement absolu car comme elle était encore enfant ça ne m'aurait pas effleuré un seul instant que le type pour lequel je bossais fasse un truc pareil ou qu'à l'inverse si j'avais assisté à un moment compromettant, je l'aurais engueulé comme du poisson pourri et me serais fait virer illico presto, détestée y compris par la petite sous emprise.  Bref, les deux attitudes les plus inefficaces possibles.