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Vieillir, c'est aussi ...

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Comme j'ai un compte Pinterest, lequel m'a beaucoup servi pour sauvegarder mon fotolog quand je l'ai senti en danger, je reçois de loin en loin des messages de type "Ces épingles pourraient vous intéresser". 

Et donc ce matin un lot de photos anciennes de joueurs de tennis du temps où j'étais jeune, passionnée et où moi-même je pratiquais. C'était aussi les débuts du tennis largement diffusé à la télé. Je n'aurais jamais imaginé un printemps sans une quinzaine de jours passée à arpenter les allées de Roland Garros (à l'époque des entrées pas chères étaient possibles au jour le jour), ou scotchée à la télé chez mes parents à regarder.

Et soudain en voyant des photos de type : matchs retrouvailles entre vieux champions, je me suis demandée où était passé Vitas Guerulaitis, qu'on voyait souvent en image avec Borg du temps de leur meilleur niveau.

Une incursion sur Wikipédia m'a appris que son absence n'était hélas que logique : il est mort en 1994 "dans son sommeil d'une intoxication au monoxyde de carbone alors qu'il passait la nuit dans la maison d'un ami à Southampton (Long Island), dont le chauffe-piscine était défectueux".

Ça alors ! 

Puis je me suis dit qu'il était impossible que je ne l'aie pas su : en 1994 je m'intéressais encore un peu au tennis, j'espérais sans doute m'y remettre un jour après avoir dû cesser fin 1989 lors de ma première grossesse et pas pu reprendre ensuite pour des questions d'emploi du temps et de budget familial serré. Donc en fait je devais bien savoir qu'il était mort. 

Mais je l'avais oublié.

Ce qui me paraît étrange c'est qu'une cause de décès quand même assez exceptionnelle (dieu merci) ne me soit pas restée.

Vieillir c'est ça (aussi) : ne plus savoir si l'on a su certaines choses et qu'on les a totalement oubliées, ou si on est passé à côté d'une information en son temps. 

J'ai pris le cas d'un joueur de tennis autrefois renommé car il est symptomatique et sur un sujet pour moi relativement neutre - sans affect particulier, même si en lisant l'info j'ai été triste a posteriori pour lui et ses proches -. Cet exemple est loin d'être le seul.

 

PS : La photo est une capture d'écran de là où m'a menée le lien reçu, j'ignore d'où proviennent les images au départ, si elles posent problème je les enlèverai

 


Fin du caractère fuligineux des chagrins ?


    Jusqu'à présent j'ai la chance d'avoir l'impression que vieillir c'est plutôt bien.

La ménopause aura pour moi été un soulagement, je suis ravie de n'avoir plus à me préoccuper de contraception ni jours de moindre forme et d'achats de serviettes ou tampons, de ne plus craindre d'incidents rouge sang, de ventre douloureux, et surtout d'avoir davantage d'énergie qu'avant. Il se trouve que j'ai eu le privilège d'une ménopause sans symptômes, alors voilà : il y a l'accroissement mensuel de mon anémie qui n'y est plus et je me sens beaucoup moins fatiguée qu'avant mes cinquante ans. 

Un autre truc a changé, subrepticement, et qui a deux versants. 

Je me sens moins impliquée politiquement, ou plutôt, car ma colère est grande face à un régime qui de théoriquement démocratique est devenu ouvertement autoritaire et où les gouvernants affichent en permanence leur mépris du peuple qui les a élus, j'ai pris la mesure de mon impuissance. Au mieux je peux contribuer à ne pas ajouter aux horreurs ambiantes, à ne pas participer aux gaspillages et le moins possible aux pollutions, à continuer personnellement à être dépourvue de racisme. Je m'y efforce de mon mieux, quitte à un jour en payer le prix.
Je crois aussi que je fais partie de celleux qui n'ont que trop voté par défaut pour des candidats dont les idées et le programme ne nous convenaient pas, car il s'agissait de résister au pire, aux résurgences de ce qui avait au siècle passé conduit le monde à sa perte et tant de gens à la mort. Les seules fois où des partis prétendument soucieux du sort du plus grand nombre sont parvenus au pouvoir, ce fut pour mener une politique où ça allait à peine mieux : le monde entier fonctionne selon le système capitaliste (1) qui n'a plus de contrepoids depuis l'effondrement du "bloc de l'Est" et son principe est la propriété privée, l'enrichissement d'un petit nombre, la marchandisation de toute chose, le profit. On peut le rendre plus ou moins supportable, ça n'est idéal que dans une planète inépuisable et pour un nombre limité d'êtres humains, bien nés ou particulièrement compétitifs dans certains domaines, dont le manque d'altruisme fait partie.

Déjà les valeurs humanistes issues du siècle des Lumières, n'ont plus vraiment théoriquement court, même si elles ornementent encore certains discours. On peut être reconnu comme coupable du simple fait d'aider son prochain. Et agressés par les forces de l'ordre du simple fait d'être au mauvais endroit au mauvais moment, qu'on ait souhaité, ou même pas, manifester.

L'autre versant tient de la même prise involontaire de distance, mais concerne la sphère privée. Je me suis aperçue que mes chagrins avaient perdu de leur pouvoir. Ceux qui sont irréductibles le sont restés, et s'y est ajouté le deuil pour ma mère, mais ils n'ont plus ce pouvoir de me saisir à la gorge à des moments inattendus, ils ne me brûlent plus, ne sont plus fuligineux. J'ai l'impression de sortes de fatalités contre lesquelles je ne pouvais rien. 

Du fait que les choses sont plus calmes - mon travail du moment est d'en chercher, ou de créer ma librairie, et tenter de remettre à flot notre logis où le bazar et les livres se sont accumulés, mais j'ai encore un peu de marge, ça n'est pas comme lorsque je ne percevais mon salaire que décalé, tout en ayant des dates limites d'une maison entière à vider, trier, déménager -, du fait que je suis heureuse en amitié, épanouie dans ma vie sportive (vive le LSC Triathlon !), et connais le bonheur de faire de la radio, ma mémoire reprend ses droits et m'accorde volontiers l'accès aux souvenirs heureux. Or les chagrins affectifs ont chacun été précédés de moments pour lesquels je peux me dire que c'était bien, et que si je meurs tout à l'heure ou demain j'aurais au moins connu et vécu ça. Les chapitres de choses inimaginables au vu des lieux et temps de mon enfance sont finalement nombreux.  Je les ai payés chers en dégringolades, n'empêche : ils ont eu lieu.

Est-ce que c'est ça vieillir, lorsqu'on a la chance d'une bonne santé (2), que les chagrins, enfin, perdent de leur dangereuse intensité et cessent quand ça leur chante de nous submerger ?

 

(1) à quelques exceptions près mais si marginales.
(2) J'en suis d'autant plus consciente qu'enfant, adolescente puis jeune femme j'étais de santé fragile, même si les choses graves me furent épargnées. Dès lors peu de regrets : j'ai toujours fait de mon mieux dès que je tenais debout. Et de vraiment savourer chaque jour de pleine santé, comme c'est le plus souvent le cas désormais. Pourvu que cela puisse durer.


Du nom des marques des sponsors

 

   Notre système économique veut que le sport professionnel (entre bien d'autres choses) soit financé par des marques qui voient là l'opportunité de se faire connaître. Il me semble que je n'y voyais pas d'inconvénient tant qu'il y avait de la logique : un équipementier de sport finançant des équipes de football, un fabricant de cycles une équipe de cyclistes pro. Ou alors une équipe d'une localité par l'industrie ou l'entreprise pour laquelle la ville était réputée. Saint-Étienne (l'ASSE) de la grande époque, c'était Manufrance, deux identités géographiquement associées.  

Et puis à un moment, ça s'est mis à n'avoir plus aucun rapport : une compagnie aérienne d'un lointain pays s'est portée au chevet d'une grande équipe de football en France, des assurances ont payé des cyclistes ou une société de jeux d'argent. Mon cerveau a alors décidé unilatéralement de ne plus établir de connexion entre les sponsors et les sponsorisés et je ne m'en étais même pas rendue compte. 

À l'instar de l'enfant d'une rubrique-à-brac de Gotlib et qui chantait joyeusement Leblésmouti labiscouti en allant à l'école et tombait déçu quand plus tard il comprenait qu'il s'agissait d'une chanson pour rythmer le travail (1), je suivais par exemple le tour de France sans relier en rien les noms d'équipes à des marques. Le nom était le nom de l'équipe et rien d'autre. 

Autant dire que si tout le monde avait été comme moi, les sponsors et autres mécènes n'auraient pas maintenu longtemps leurs investissements.

Et puis est survenu le Tour 1998 qui a viré au roman policier. Et je suis tombée de l'armoire en comprenant que Festina, entre autre était une marque de montres et que Doïchteutélékom était un opérateur de télécommunication en Allemagne, Kofi Dix un organisme de crédit (2) ... 

Je croyais naïvement que depuis ce temps-là je savais faire le lien, même si je m'en foutais complètement. Et cet après-midi en tirant du café à un distributeur, parce que je regardais rêveusement les noms sur la façade de la machine pendant que celle-ci préparait ma boisson, j'ai "découvert" de quoi était le nom de l'une des équipes de cette année. En fait mon absence de faculté de relier le financeur au financé, en bientôt vingt ans ne s'est toujours pas arrangée. 

Ça me fait bien rigoler. 

 

(1) Le blé se mout-y // L'habit se coud-y  

(2) Alors que je connaissais l'existence des sociétés Festina, Deutsche Telekom et Cofidis ...


Un souvenir de Cerisy

 

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Nous approchons du mois d'août, nos comptes en banque crient famine, et mon avenir professionnel, même si j'ai trouvé le local qui irait bien pour une librairie que je pourrais tenir, reste fort incertain. Alors je me rappelle les bons souvenirs et parmi eux celui-ci : le colloque Hélène Bessette fin août à Cerisy. 

J'ai failli connaître un bonheur d'une semaine, mais le décès d'une de mes tantes aura brièvement interrompu l'élan. Revoir les cousins et les cousines était pas mal non plus, même si deux hommes manquaient qui ont préféré tenter la vie auprès d'autres femmes, incapables qu'ils furent de faire face aux diminutions naturelles de leurs propres capacités physiques. 

Il n'empêche que cette semaine restera pour moi une parenthèse magique et probablement unique car mes finances ne permettent pas de telles folies, ni mes emplois, lorsque j'en ai, de choisir mes dates d'absence.

Je me souviens fort bien de tout ce que j'ai appris et du bonheur que c'était de découvrir certains textes inédits ou devenus des raretés, je me souviens de moments magiques, d'une grande balade à vélo vers la mer, d'une soirée de lectures à voix haute au grenier - ces moments pas si fréquents je crois, même dans une bonne vie, où l'on a la sensation d'être au bon endroit au bon moment et qu'on ne serait nulle par ailleurs aussi bien, aussi précisément en adéquation (1) -, des belles rencontres que j'y ai faites.

Seulement ce qui me revient en premier, lorsque je ne réfléchis pas, ce sont deux éléments fort peu littéraires : 

Mon peu de goût à être servie, cet embarras dans lequel ça me met. Nous étions à chaque repas servis personne par personne à table par des jeunes femmes en livrée, nombreuses, et qui passaient même pour proposer du plat principal une seconde fois. Je n'aurais pas voulu être à leur place, mais je n'étais pour autant pas à ma place à la mienne.

L'absence totale de clefs. Je n'étais pas tout à fait tranquille concernant mon ordi - le vol de mon sac fin 2017, la volatilisation de mon téléfonino quelques mois plus tôt lors d'une assemblée de libraires, et les vols à répétitions dans la maison de Normandie la même année, m'ont rendue intranquille à ce sujet -, que la plupart du temps je m'arrangeais pour conserver près de moi ; seulement pour le reste, quel infini et formidable sensation de liberté. Pendant une semaine ne pas avoir à se préoccuper de serrures et de clefs et d'ouvrir et de fermer, et de vérifier qu'on avait bien sur soi des clefs, pendant une semaine vivre naturellement, se faire confiance. C'était si bon. Et rassurant. 

Je m'étais alors souvenu qu'en banlieue de Paris, dans mon enfance, on ne fermait à clef une maison que lorsque l'on s'absentait, faisant suffisamment confiance au monde pour laisser ouvert les accès en notre présence, sans avoir à craindre d'intrusions (2). On ne fermait présents que pour la nuit. Et c'était le cas pour les voitures aussi. Les portes n'étaient pas blindées, les grillages bas, les portails bouclés seulement si une famille s'en allait en congés.

Voilà ce qui reste de plus marquant, malgré de fortes et belles émotions et stimulations intellectuelles : les clefs, la belle vie que c'est sans. 

 

(1) L'amour fait ça également, lorsqu'on a un temps d'intimité qui nous est accordé et dans un lieu que l'on apprécie ou que l'on découvre, enchantés.
(2) Jusqu'au jour où Philippe, le mauvais garçon du quartier, est tombé dans l'héroïne et que lui ou ses fréquentations ont commis des larcins vite fait, dans les maisons, abusant de la confiance collective que les habitants avaient. 

 


Mini randonnée du tour de France

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C'est la troisième ou quatrième fois que je participe à ce genre de choses : opération promotionnelle en marge du tour de France. 

En 2003 pour le centenaire c'était somptueux : le vrai tour que les pros faisaient quelques heures plus tard dans Paris soit une trentaine de kilomètres. J'avais loué un vélo au "Groupe Sportif" de l'entreprise qui alors m'employait et roule Nénesse. 

D'autres fois c'était sympa mais trop court : un petit tour de Champs Élysées. Je le savais qu'aujourd'hui aussi ça aurait un goût de trop longue attente pour trop peu de vélo mais je n'ai pas su résister : j'aime quand la ville appartient aux vélos. 

Alors je me suis retrouvée affublée d'un casque trop petit - pas du tout fait pour ma forme de crâne platte dessus et allongée vers l'arrière -, d'un tee-shirt jaune de coton de base (1) à faire la petite boucle avec une foule de femmes et d'hommes (2), à part quelques-uns (il faut toujours qu'il y en ait qui fassent les malins à zigzaguer vite entre les autres) toutes et tous tranquilles. J'ai croisée une amie du club de triathlon mais qui elle-même attendait une amie alors nous nous sommes perdues de vue ; ne me suis arrêtée qu'à la toute fin pour prendre une selfie. C'est curieux comme la sorte de long peloton que nous formions s'était allongé (la selfie finale donne l'impression trompeuse de presque personne).

 

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J'ai attendu un peu à la fin après la distribution d'eau et de banane (oui une eau minérale et une banane chacun·e) voir si je revoyais ma camarade, mais ce fut en vain.

Alors je suis rentrée préparer mon autre vélo pour le lendemain matin puis faire ma dernière sieste royale de l'été devant une étape du Tour.

J'oubliais : nous étions précédées par d'anciennes championne cyclistes inconnues du grand public (malgré des palmarès remarquables, mais voilà une championne femme ça compte pour du beurre) et de deux anciens coureurs pro hommes, un Australien et Cancellara, applaudi pour ses 28 ou 29 jours en maillot jaunes sur des tours de France, comme si de rien n'était

 

Ce fut globalement un bon moment, malgré l'attente longue du départ, mais bien un peu court. 

 

(1) Un peu surprenant à l'époque où chaque course nous gratifie d'un tee-shirt en tissus technique 
(2) Et oui, je m'étais inscrite à un truc qui s'appelait "Les Champs pour elles" mais il y avait en même temps d'autres cyclistes, ceux-là hommes ou femmes pour une association et d'autres encore pour une autre. Nous avions le tee-shirt et le casque FDJ obligatoire et les soutiens d'associations seulement le tee-shirt.