Previous month:
15 juillet 2019 - 21 juillet 2019
Next month:
29 juillet 2019 - 4 août 2019

22 billets

Les blogs m'ont fait grandir

 

    Voilà, j'ai expurgé ma liste de blogs amis qui normalement figure ci-contre, des liens qui renvoyaient dorénavant vers plus rien ou vers des sites de ventes de choses étranges sans rapport avec le blog initial. 

À la réflexion j'y ai laissé les liens vers ceux qui étaient en sommeil mais encore accessibles. J'ai aussi laissé, sans trop hésiter, les liens vers les blogs des personnes qui ont disparu de ma vie, toutes écrivent fort bien et la dégradation ou la fin de nos relations n'y change rien, et surtout pas pour le passant qui trouvera matière à lire de belles choses et se permettre de ne pas penser que les attitudes dans la vie concrète sont parfois éloignées des sentiments exprimés aux titres de généralités. Nous ne sommes que des êtres humains et tout le monde n'est pas pareil avec tout le monde. Il se trouve qu'après bien des années difficiles, je connais un certain apaisement, dû au passage du temps et à la mort de ma mère en 2017. Ce deuil et tout le travail afférent ont en quelque sorte délavés les chagrins antérieurs. Si je tombe sur des écrits de ou concernant qui m'était proche et m'a rejetée, ça n'est plus qu'un vestige de pincement au cœur, presque un peu de surprise Comment cette personne a-t-elle pu tant compter ? 

Pour l'une d'entre elle je le sais (1), je n'avais de toutes façons jamais cessé d'apprécier son travail, et nos convergences militantes sont si fortes qu'elles sont toujours là. Nous n'avions pas tout à fait le même sens de l'amitié, c'est pourquoi j'ai morflé.

Pour l'autre, j'aurai été la victime bête d'une forme d'escroquerie affective, classique et prévisible. Il n'en demeure pas moins que l'aide apportée lors de moments particulièrement difficiles fut réelle, et que des moments magiques eurent bien lieu - pas si fréquents dans une vie comme la mienne -, qu'en l'aidant moi-même j'ai progressé et que même si  pour l'instant seule une discrète publication en atteste, mon écriture à son contact s'est professionnalisée. 

De toutes façons la majorité des blogs liés sont ceux de personnes devenues amies. En les parcourant à nouveau je mesure à quel point grâce aux blogs j'ai grandi, combien ils ont élargi ma vie et ma perception du monde. 

Ils m'ont permis de croiser des gens avec lesquels sur certains points (au hasard : les bouquins (mais pas que)) j'avais de grandes affinités mais dont les vies étaient totalement différentes, les expériences et l'arrière-pays de ce qui les avait rendues telles qu'elles étaient. Quoique toujours gaffeuse, je suis beaucoup plus attentive à certaines choses dont j'ignorais avant qu'elles pouvaient poser des problèmes à quelqu'un. Plus aguerrie aussi pour tenter de défendre ce qui me tient à cœur, sans doute du fait de me rendre compte que d'autres pensent de la même façon alors que bien souvent j'étais la seule personne de mon entourage professionnel et familial à envisager les choses sous un angle différent du sens majoritaire. 

Au passage je me suis aperçue que lorsque j'ai rencontré les un·e·s et les autres, j'avais pris leurs écrits en cours de route sans chercher, fors pour La Fille Aux Craies puisque tout fut trop vite totalement terminé, à remonter le fil du temps des billets. En allant ponctuellement regarder si les archives des différents blogs étaient encore en ligne, j'ai eu l'amusement de découvrir que certaines lectures faites en leur temps m'auraient bien rendues service. Je ne vais pas tous les énumérer.

La palme en revient à Tarquine avec ce billet de 2004 concernant les sas vélos qui, l'eussé-je lu en 2005 lors que j'ai fait la connaissance de son blog, m'aurait fait gagner bien du temps et de la sécurité dans mon usage du vélo citadin. Je suis longtemps restée comme l'une des commentatrices à me demander ce que ce marquage au sol pouvait bien signifier. Entre temps je l'avais appris par ailleurs mais ça m'aura pris au moins sept ans (2).

Enfin je n'ai pas encore complété la liste des blogs que j'ai découverts ces dernières années. 

Ça sera pour mon prochain temps personnel libéré.

En attendant grand merci à toutes celles et tous ceux qui en partageant leurs écrits plus ou moins intimes ont contribué à quelque chose qui tenait beaucoup de la solidarité et de s'entraider. 

 

(1) Et qui n'a pas de blog ou alors sous un pseudo que j'ignore.
(2) Au passage, puisque l'on est en période de canicule, il est pertinent de relire ce billet 


Heureux ceux qui n'apprennent qu'après [qu'une catastrophe a eu lieu]


    Au lendemain d'un incendie qui a soufflé l'un des derniers garages qui restait dans le quartier (1), les gens se parlent dans les magasins. Une jeune femme confie sa confusion : elle habite dans une petite impasse presque en face du garage, était chez elle tout l'après-midi et ne s'est rendu compte de rien, d'où une absolue stupéfaction en débouchant de l'impasse au matin et de constater que le garage d'en face n'existait plus.

Il est vrai qu'il y a en ce moment un important chantier tout près, elle dit avoir perçu des bruits forts, mais supposé qu'ils y étaient liés. 

Je reste surprise qu'elle n'ait rien senti de la chaleur (les volets roulants en plastique des immeubles voisins ont tout bonnement fondu) ni de l'air acre, asphyxiant ; mais c'est une chance pour elle, alors tant mieux. 

Je me souviens que lors de l'incendie sur siège du Crédit Lyonnais en 1996, un collègue qui était parti en week-end et n'avait pas du tout écouté les infos, rentrant tard le dimanche, se réveillant le lundi juste pour aller travailler, et c'était un temps de peu de téléphones portables (2), de peu d'internet perso, il n'avait strictement rien su. Et donc était arrivé dans l'une des rues d'accès, avait franchi sans le savoir plusieurs barrières de sécurité - bien vêtu, l'air décidé, il avait dû passer pour l'un des experts venus expertiser -. Ce n'était qu'aux pieds de l'immeuble qu'il avait levé les yeux et ...

Une autre collègue partie en vacances à l'étranger, rentrée un dimanche soir une semaine plus tard, avait trouvé parmi tout son courrier d'en papier, encore abondant à l'époque, une lettre générale du PDG d'alors, laquelle commençait en substance par quelque chose comme : "Après l'événement grave qui nous a frappés". Et elle avait cru, ça y était, que l'entreprise avait été mise en liquidation judiciaire (3). Elle avait téléphoné à quelque autre collègue et amie et appris la vérité. Non sans avoir eu le temps de se faire un tout autre film.

Dans un roman lu récemment, un fils meurt accidentellement, sa famille en est avertie mais le père, cycliste amateur, est en entraînement ou randonnée, c'est une époque de peu de téléphones portables et de toutes façons il n'y a plus rien d'autre à faire que de au mieux se rendre sur place au pire attendre que le corps ne soit rapatrié, alors voilà, l'homme a ce dernier parcours d'avant la tragédie qui lui est accordé quand elle a déjà eu lieu.

À ceci près que le "après coup" rend le choc plus violent, il me semble que les retardataires d'une info malheureuse sont comme des bienheureux provisoires, détenteurs pour peu de temps d'une innocence préservée. Il ne sauront qu'après qu'ils l'avaient été.

Bon courage à la jeune femme du voisinage pour digérer sa surprise absolue du matin.

 

 

(1) Moins qu'à Levallois mais cependant, les garages étaient nombreux à Clichy jusqu'aux années 1990. Puis ils ont commencé à se raréfier. 

(2) En Italie les gens étaient déjà beaucoup équipés mais en France seulement ceux qui en étaient dotés de par leur travail ou qui étaient à la fois technophiles et très aisés.

(3) Ça n'était pas stupide, en 1994, le sort de la banque s'était retrouvé suspendu à une décision d'un conseiller européen, Karel van Miert.


Un incendie à Clichy

IMG_20190723_155423_220

Il était environ 15h45 quand nous avons quitté les locaux du tout début de la rue de Paris où j'ai peut-être une chance de créer enfin ma librairie. J'étais en la compagnie de l'entrepreneur qui ferait les travaux si mon dossier est accepté.

Alors que nous cheminions rue des Cailloux, nous avons vu un léger panache de fumé gris clair vers le nord. 

On venait de dire C'est plutôt calme comme quartier.

On a remarqué le signe d'incendie, très vite des sirènes de pompiers. Comme d'où nous étions on ne pouvait déterminer d'où ça venait et que les choses semblaient sous contrôle, nous avons poursuivi notre chemin. Son véhicule était garé près de l'entrée de la rue Chance Milly, nous nous sommes salués et il est reparti vers la suite de sa journée de travail. 

Je me suis dit qu'avant de rentrer chez moi envoyer un message à mes interlocuteurs pour l'éventuelle location du local, j'allais passer dans l'un des libres-services du quartier faire quelques courses (des fruits, du lait, des yaourts ...) et puis j'éprouvais le besoin de savoir d'où exactement venait la fumée. 

J'ai traversé les jardins Bic, remonté l'avenue Anatole France dans l'idée d'aller rue Henri Barbusse et de là soit vers le magasin bio (si pas le courage d'affronter le bruit et la foule), soit vers un Franprix, soit un Intermarché. J'hésitais. Et puis j'ai croisé une femme accompagnée de deux enfants et au même moment où quelque chose me mettait en alerte, ce truc un peu du fond des âges qui nous fait nous retrouver sur le qui-vive sans que le cerveau pensant n'ait identifié pourquoi, elle s'arrêtait, disait aux enfants quelque chose comme Regardez ça brûle. Et effectivement, par le passage ouvert vers un parking de l'immeuble devant lequel nous passions, on voyait des flammes, nettement.  IMG_20190723_162855_013

Ça n'était pas extrêmement rassurant et pour le coup j'avais besoin de comprendre où c'était exactement ne serait-ce si c'était près que pour avertir ma fille (1), restée dans l'appartement. Sans aller jusqu'à un risque de propagation - je voyais arriver au bout de la rue pompiers nombreux, véhicules de police qui organisait barrage -, je craignais que le quartier ne fût bouclé et que nous ne puissions plus entrer ou sortir.

Je suis donc allée jusqu'à l'intersection Barbusse Castérès Anatole France.

C'est au moment à 15:53 (2) quand je prenais la photo du haut du billet qu'a retenti une explosion. Et le panache de fumée est devenu noir et plus fort. Elle n'avait pas fait vibrer le sol, de là où j'étais le souffle n'était pas perceptible, pas de bruits de verres brisés et pas d'air étouffant ni d'odeur pour l'instant, le nuage noir filait vers le nord / nord - ouest 

Des gens se rassemblaient dans la rue, des policiers s'apprêtaient à fermer les accès sur la rue Henri Barbusse, le plus sage était de vite rentrer, avertir ma fille, et voir de mon balcon arrière si la situation semblait dégénérer davantage ou passer sous contrôle. 

Je me méfiais de la toxicité éventuelles des fumées : quelqu'un sur Twitter avait suggéré (ou vu ailleurs) qu'il s'agissait d'un garage, je pensais du coup au garage autonemo, l'orientation coïncidait. À partir de ce moment-là et jusqu'à la lecture d'un article qui indiquait 6 blessés légers (de type incommodés par les fumées) et que le propriétaire du garage était en état de choc (on le serait à moins), la pensée "J'espère qu'il n'y a pas de morts ou de blessés graves" ne m'a pas quittée. 

L'explosion, même si j'avais été assez loin pour ne rien ressentir à part de me trouver encore plus en éveil, avait accru mes craintes, il s'agissait d'un incendie de grande ampleur et qu'il fallait se méfier de suites encore plus dangereuses. Je n'en ai pas entendu d'autre. Rentrée j'ai averti les différents membres de ma famille, celle qui était présente, par WhatsApp ceux qui étaient à leur travail. Suivi les choses de notre balcon collectif du côté des cuisines : il faisait de toutes façons trop chaud pour se calfeutrer alors autant savoir comment les choses évoluaient. 20190723_160515À 16h05 c'était encore inquiétant, avec notamment un hélicoptère qui survolait la zone ; à 16h14, l'incendie semblait circonscrit 

20190723_161409J'ai tenté alors, de rassurer qui je pouvais et de reprendre le cours de ma journée. 

Seulement le quartier pour la circulation était encore bouclé et c'était l'heure de pointe qui commençait. 

La rue des Cailloux était interdite à la circulation à hauteur du croisement avec Anatole France, la rue Barbusse sans doute toujours autant. Alors les véhicules s'entassait avenue Anatole France, dans tous les sens (ceux qui arrivés au bout constatataient qu'ils ne pouvaient pas contourner par la rue des Cailloux, et tentaient le demi-tour). Tous les moteurs qui tournaient dans la chaleur rendaient l'air irrespirable - et pourtant nous sommes à un étage légèrement élevé -.

Soulagée d'apprendre, par un article d'actu Île de France,  qu'il n'y aurait que des blessés légers, je suis parvenue à aller faire quelques courses. Les dégâts que j'ai entrevus en passant à proximité étaient vraiment très importants. Du garage il ne restait plus qu'un pan de mur. Les piétons étaient encore filtrés à la hauteur du sinistre (qui habitait là pouvait passer).

Un camion de pompiers assez imposant présentait l'inscription "Reconditionnement des personnels". Des pompiers semblaient attendre (leur tour ?) à proximité. 

Les enfants avaient des sorties de prévues, j'ai rejoint l'homme de la maison à la gare et nous nous sommes réfugiés à Levallois. J'ai repris mon souffle (que je sentais acre, et les yeux qui piquaient) au parc de La Planchette. Puis nous avons trouvé un restau à la terrasse loin des rues à voitures.

En rentrant vers 22h nous avons pu mesurer l'étendue du sinistre. D'autres résidents se tenaient en silence de l'autre côté du trottoir. Recueillis. Répétant, Ça aurait pu être bien pire. Louant les pompiers. Une ancienne inscription avait été rendue à nouveau visible par l'éclatement de la façade isolante qui l'avait un temps recouverte. Elle disait "Pneumatiques, parallélisme, équilibrage". Cruelle ironie du sort. Fullsizeoutput_1817

La façade de l'immeuble d'en face n'était pas noircie mais bien un peu déglinguée. Les habitants ont dû avoir très peur, ou un grand choc en rentrant du boulot.

Il était temps pour nous de rentrer. Les rues étaient pratiquement vidées de toute circulation. Un gamin allait et venait à vélo. 

Les restaurants du bout de l'avenue [Anatole France] semblaient mener leur activité normale. Le #Hashtag, quant à lui, était resté fermé. 

 

nb : un Touite des pompiers de Paris 

 

(1) adulte, mais quand même
(2) horodatage de la photo