Triathlon (joie)
S'imposer (du foot pour les filles)

Bonheur persistant du triathlon

 

  19-cordeillan-bages-M-16708  Je n'en reviens pas du chemin parcouru depuis ce beau jour d'octobre 2011, alors qu'avec l'homme de la maison j'étais venue à Bruxelles encourager Pablo qui y courait le marathon, que c'était un week-end magique à tous points de vue, y compris une météo favorable, et qu'à ce moment précis, je m'étais dit à la fois Ça serait bien pour moi un tel défi, et que compte tenu de mon métier de libraire ça serait peu raisonnable, que j'y avais trop besoin de jambes et articulations en bon état pour les rudoyer comme cela. Une coureuse de mon gabarit s'était débarrassée, juste à ma hauteur, d'un tee-shirt qui l'encombrait, c'était marqué "Triathlon". Et en le ramassant je m'étais dit Mais bon sang, c'est ça. 

J'avais repris la natation en 2004, je circulais à nouveau à vélo depuis 2007, grâce aux Vélibs, il me restait à attaquer la course à pied et je pourrais faire du triathlon. Je savais qu'il en existait aux distances humaines. 

Je ne saurais jamais qui était cette dame qui m'a en quelque sorte passé le témoin mais dès lors je n'ai eu de cesse que de réaliser ce qui me semblait devant être fait.

Au printemps 2012, un jour pluvieux normand d'avril, je suis allée au magasin Mi-Temps de La Haye du Puits acheter une paire de chaussures et avec l'homme c'était parti, via une ancienne voie de chemin de fer qui allait vers Lessay. 

Il m'avait fallu deux ou trois mois pour parvenir à trouver ce que j'appellerai mon rythme de souffle, celui qui me permettait de durer longtemps sans être essoufflée. Ensuite les progrès avaient été rapides, c'est l'un des charmes de la course à pied. Assez vite on parvient à 5 km. Puis chaque semaine - en admettant que l'on soit trop pris par le travail et autres contraintes pour courir davantage qu'une seule fois le dimanche - on rajoute  1 km ; un beau jour ce sont les premiers 10 et dès lors des courses sont abordables et l'on se prend au jeu. 

Plus tard on se rend compte que 10 kilomètres, ça n'est rien, juste une petite séance de base. Viennent les trails, pour qui a du plaisir à crapahuter en forêt et se manger du dénivelé, et les semi-marathons. 

Ce qui est formidable avec la course à pied c'est l'absence de matériel - fors une paire de chaussures (1) -, la possibilité de pratiquer presque partout, presque par tous les temps et de se décider en un instant. De pouvoir aussi s'arrêter quand on veut et au pire revenir en marchant.

Une fois rassemblées des compétences minimales (nager 1,5 km par entraînements, courir 10 km sans problème, parcourir 50 km à vélo sans souffrance particulière) et un petit budget (2), j'ai cherché un club. 

Et là, chance inouïe : il en existait un tout près de chez moi et des plus accueillant, ce qui était indispensable : je suis une dame et j'avais alors 53 ans. Il me fallait donc un club particulièrement indulgent. À cause de la frontière qui séparait deux villes, celle du club et celle de mon domicile, pourtant si proche du stade, j'ai dû attendre une année scolaire avant de pouvoir confirmer mon inscription. On était en septembre 2016. Le manque de moyens et le manque de temps (3) avaient intercalés cinq ans entre l'idée et la mise en œuvre, que l'adversité à bien tenté d'enrayer (4), mais j'étais néanmoins lancée, je me suis accrochée aux entraînements du matin, j'ai quand même pu accomplir un premier triathlon en juillet 2016 après un premier essai manqué en juin. 

Depuis, la vie a continué à être mouvementée, je ne le fais pas exprès, mais il n'empêche que même en ne parvenant pas à tenir le niveau d'entraînement qui serait pour moi satisfaisant, j'ai progressé.

Grâce à un stage d'entraînement d'une semaine au printemps, j'ai franchi un (petit) niveau. 

Grâce à un vélo moderne racheté d'occasion à une camarade de club, je peux faire des temps cyclistes décents. Il est si léger.

Et voilà qu'à présent si les conditions sont bonnes (5) je suis capable d'accomplir un M (6) à mon rythme lent mais qui n'est plus hors délai, sans me sentir épuisée à la fin, voire même tellement heureuse que je me sens plutôt bien.

Il m'aura simplement fallu un demi-siècle pour trouver le sport qui me convenait, non que j'y fusse douée, mais c'est celui qui - danse mise à part, qui tient plutôt de l'art de vivre, d'une philosophie - me rend heureuse, me rend en forme, me donne une sensation d'accomplissement inouï.

Au passage, une foule de gestes de la vie quotidienne me sont devenus faciles, quand je devais avant pour les réussir, rassembler auparavant mon énergie : j'attrape des bus, des trains, des métros, je peux en maintenir ouvertes les lourdes portes sur qui suit, je peux ouvrir les portes d'accès vers les corridors à la BNF sans mouvement de bascule pour faire contrepoids, je soulève les cartons en librairie sans problème (à conditions de les porter bien), j'ouvre des couvercles de boîtes de conserves, je grimpe des escaliers sans être essoufflée, je les descends à une vitesse normale (7) et si je souffrais déjà moins du froid avant de m'y mettre, je suis presque devenue résistante à ce qui me rendait très vite amoindrie. 

Puisse ce miracle durer. J'ai tant travaillé pour les autres qu'il me reste encore beaucoup à faire avant d'en avoir fini avec la part plus personnelle de ce qui me semble être dû, compte tenu des aptitudes et des petits handicaps (8) avec lesquel·le·s je suis née. Et je compte exercer mon métier encore un bon paquet d'années.

Grand merci au club du Levallois S C Triathlon, pour l'accueil, les entraînements, les encouragements, l'ambiance qui fait que l'on se sent porté·e·s. quel que soit notre âge et notre niveau. 61803765_10157073810981826_1942372756020527104_n

Grand merci à celles et ceux qui ont rendu l'accès possible pour les femmes à un choix des naissances plutôt qu'aux grossesses subies. Je suis extrêmement consciente que ma condition physique doit beaucoup au fait de n'avoir porté que les deux enfants que leur père et moi nous sentions capables d'accueillir, nourrir et choyer. Mes grand-mères, par exemple, n'avaient pas eu ce choix.

 

(1) Et encore, certains minimalistes courent pieds nus ou quasi. En ville quand même je déconseille : raisons d'hygiène et de morceaux de verre.

(2) Erreur de débutante : il en fallait un plutôt conséquent. Mais je ne regrette pas de ne l'avoir pas su, ça m'aurait freinée. 

(3) Il m'avait fallu retaper mon vieux biclou de courses.

(4) maladie et décès de ma mère entre l'automne 2016 et le début d'année 2017

(5) Je ne garantis pas d'être capable de boucler un triathlon par mer forte, ou avec un ou deux franchissements de cols, ou dans des conditions de pluie, tempête ou froid.

(6) distance olympique : 1500 m de natation, 40 km de vélo, 10 km de course à pied. 

(7) Longtemps j'en fus incapable, comme si j'étais très âgée.

(8) dont une béta-thalassémie mineure ; parents d'enfants atteints ne vous inquiétez pas : on peut mener une vie bien remplie avec ça. Et durer. Et s'améliorer. 

crédits photos : le photographe officiel du Frenchman et pour la seconde un ami du club 

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