Quelques photos d'il y a deux ans
Que devient Budhia Singh ?

Ils nous font honte plus que pitié (ces gens de pouvoir)

Un excellent dessin d'Allan Barte résume bien les choses

 

 

    Comme c'était prévisible dans le climat actuel de révolte et répression, étrangement devenu hebdomadaire (1), mais de toutes façons c'est déjà la tendance depuis deux ans (2), la manifestation traditionnelle unitaire du 1er mai à Paris a mal tourné. 

On assiste depuis le gouvernement Sarkozy mais avec une force et un équipement de plus en plus dangereux, à une politique répressive violente, dont le but semble désormais clairement de dissuader les personnes motivées, mais pacifistes et de bonne volonté, d'aller défiler pour exprimer par leur nombre leur mécontentement (3).

Au suivi des fils d'infos, j'ai de plus en plus l'impression que les casseurs sont laissés en relative paix et qu'en revanche de simples quidams sans qu'ils aient fait quoi que ce soit de violent se font tabasser, blesser, estropier, arrêter, comme si la démocratie n'était déjà plus qu'un souvenir. Y compris des journalistes. Y compris des street medics. Au passage, je salue le travail immense de David Dufresne avec les signalements et leurs recoupements. Puisse-t-il être enfin avant qu'il ne soit trop tard réellement entendu.

Alors en cette fin de 1er mai, quand les principaux médias ont relayé une info selon laquelle des manifestants s'en étaient pris à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, on s'est demandé ce qu'il leur avait pris, mais hélas c'était plausible, étant donné la violence dont, entre autre les black blocs, avaient déjà fait preuve par le passé et l'escalade facile sur le terrain une fois que les forces de l'ordre attaquent avec la brutalité que désormais on leur connait. Martin Hirsh, que l'on pouvait encore supposer comme plutôt fiable, avait émis un touite qui évoquait une "tentative d'intrusion violente", et que j'avais RT avec la réaction de Jean-Noël Lafargue, un autre touiteur, et qui était la mienne en supposant vraie l'info : Mais qu'est-ce qu'ils ont dans la tête ? (4)

Et puis le 2 mai au matin, peut-être le temps nécessaire à ce que les témoins soient relâchés de leur GAV, ou que le personnel de l'hôpital ait terminé ses gardes auprès des patients, les premiers témoignages sont apparus, non, il n'y avait pas attaque, simplement des personnes qui cherchaient sous l'effet des lacrymogènes et des charges policières, un passage possible. Sur le site de Médiapart figurait l'une des premières réactions en ce sens, témoignages de personnes qui s'étaient trouvées piégées et n'avait jamais eu la moindre intention de s'attaquer à quelque service de l'hôpital que ce soit. 

Au fil des heures du jeudi 2 mai, ce fut toute une suite de témoignages qui sur les réseaux sociaux allaient tous en ce sens : des gens qui tentaient de se replier et qui avaient été violemment poursuivis dans leur replis même ; avaient dialogué avec le personnel soignant, Non vous ne pouvez pas entrer, c'est un service de réanimation, et qui n'étaient pas entrés. 

Quelques médias mainstream ont fait leur mea culpa, sans doute lorsqu'il n'était plus possible, devant tant de preuves du contraire, de suivre le ministre de l'intérieur dans son mensonge d'État. 

On peut se poser la question de ce qui serait advenu pour les mêmes faits survenant avant l'ère des appareils d'enregistrements personnels et des réseaux sociaux permettant à toute citoyenne et tout citoyen de diffuser ce dont il est témoin. 

On peut également être légitimement effarés d'à quel point un gouvernement en France en 2019 prend le peuple qui l'a élu pour une masse d'imbéciles. Nous nous rendons compte, mais trop tard, que nous avons surtout été victimes d'une vaste escroquerie, confiant par crainte de pire les rênes du pays à des personnes qui ne croient pas en l'État et sont en train de détruire de l'intérieur ce qui faisait que ce pays possédait encore un peu de solidarité et de démocratie. 

 

PS : Louable article des Décodeurs du Monde et décryptage video sur le site du même journal, avec le ministre de l'intérieur en plein mensonge de manipulation d'opinion. Il n'y a pas si longtemps, quand le personnel politique respectait encore au moins en apparence l'État à qui il devait ses fonctions, ça aurait valu immédiate démission. 

 

(1) Du moins c'est l'impression qu'on en a à Paris ; sans doute qu'aux ronds-points du pays le mouvement [des gilets jaunes] est plus continu. C'est curieux de voir à quel point on a pris le pli les samedi de regarder la carte des défilés prévus pour savoir si l'on peut aller dans tel ou tel quartier faire ce qu'on avait prévu d'y faire, ou reporter sur un autre jour. Les commerçants souffrent, le samedi d'ordinaire est leur bonne journée.

(2) Je connais plusieurs personnes calmes qui étaient présentes le 1er mai 2018 par exemple et entre autre, et qui se sont trouvées alors que leur portion de défilé était paisible, nassées et arrosées de lacrymo, et à devoir échapper aux matraques. OK les blacks blocs avaient foutu le bazar en tête, seulement pourquoi s'en prendre à un autre endroit aux gens ?

(3) Et je l'avoue, ça fait un moment que je ne me suis pas jointe à quelque cortège que ce soit : sur-occupation, certes, car j'ai des week-ends le plus souvent décalés et des entraînements à suivre, mais sans doute au fond une fatigue anticipée face aux conséquences potentielles. 

(4) C'était pour moi d'autant plus plausible un débordement par des gros brutaux, que je connais quelqu'un dans ma famille qui à l'automne s'était fait secouer méchamment à un rond-point, coupable uniquement de passer par là en rentrant de son travail au volant de sa (petite) voiture.

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