Le GRP sur Cause Commune
Day off mais pas tant que ça

Grâce à dieu (le film)


    Aujourd'hui je ne travaillais pas en librairie, et avec le gros effort d'hier - journée de libraire + première émission de radio avec des invités -, je devais me reposer.

C'est une chose que le sport pratiqué (presque) quotidiennement m'a appris : il faut s'obliger à des périodes de récupération, si on le peut.

L'esprit, lui, s'est senti assez vaillant pour affronter le rude sujet du film de François Ozon "Grâce à dieu". 


Je ne fais pas partie du public conquis par les films du réalisateur. Il m'est arrivé d'en voir sans déplaisir quelques-uns, mais je ne me les rappelle pas très bien ; je reconnais la maîtrise, les qualités indéniables de direction d'acteurs, seulement ils me laissent de côté. Quelque chose en moi estime qu'ils ne me concernent pas.

Par ailleurs je déteste généralement les réalités fictionnées, narrations partant de faits réels mais romancés. Je trouve que c'est peu respectueux des personnes qui se retrouvent en personnages et si les faits sont récents je me dis qu'une œuvre (livre ou film) peut influer le cours des choses, et que c'est dangereux.

Et puis là : au contraire. J'ai envie de les remercier, toutes et tous pour avoir fait le job, et semble-t-il de façon respectueuse pour les victimes - et aussi pour les présumés coupables, au fond, une part d'humanité leur est accordée -. Je m'aperçois en découvrant un documentaire encore disponible de "Complément d'enquête" que le film de François Ozon a poussé le respect des choses jusqu'à suivre les apparences des membres de l'association "La parole libérée". L'acteur Bernard Verley en vieux prêtre pédophile certes contrit et assumant ses actes, mais qui ne mesure absolument pas l'ampleur des dégâts qu'il a causé à autrui est sidérant de justesse. Je crois qu'on ressent face à son interprétation une sidération qui nous (simples spectateurs) nous donne à entrevoir une petite part de ce que peuvent ressentir les victimes, longtemps plus tard, et c'est déjà beaucoup.

Ce film est un travail remarquable. Il n'y a pas de voyeurisme, les quelques flash-backs des victimes font comprendre plus qu'ils ne montrent. Ils laissent surtout à voir l'emprise exercée par l'adulte sur l'enfant et d'autant plus qu'il a un rôle éducatif et est à ce titre habilité à donner des ordres.

Au delà des graves problèmes de l'appareil ecclésiastique catholique (et de sans doute toutes religions dont les prêtres sont des hommes condamnés à une théorique abstinence), on voit à l'œuvre la difficulté d'être un lanceur d'alertes, l'importance de faire groupe, la volonté générale de toute société de ne surtout pas bousculer l'ordre établi fût-il foireux. Par le biais d'un des personnages, le film pose aussi brièvement la question des victimes d'agresseurs isolés et qui sont encore plus démunies : qui peut croire que ce charmant ami des parents ou voisin est un prédateur, comment identifier d'autres victimes pour s'unir dans une protestation commune et moins contestable ? 

Voir ce film aujourd'hui alors qu'un des responsables qui aurait dû réagir alors et ne l'a pas fait a été condamné à de la prison (avec sursis, certes, mais face à une omerta séculaire, c'est un début), prenait tout son sens. Puissent d'autres victimes d'autres prêtres trouver, grâce à ce film, la force de se rassembler et créer des groupes pour se défendre en commun.

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