Déjà décembre
À trente ans, c'est là tu te dis

Qu'en penser, qui croire ? (mouvement des "gilets jaunes")


    Le mouvement s'est installé en France depuis environ un mois, c'est parti d'un refus d'une taxe en plus (ou de son augmentation) sur les carburants pétroliers et en deux week-ends voilà que le mouvement social est en passe peut-être de réussir là où Nuits Debouts, puis les lycéens et étudiants contre Parcoursup, et les cheminots contre la privatisation de la SNCF et les manifestations contre la loi travail ont échoué : virer à l'insurrection.  

Dans nombres de villes de France, dont Paris, les manifs "gilets jaunes" ont viré à l'émeute, ce qui n'est une surprise pour personne - par exemple le CMG rue de Berri était fermé et évacué dès 13h, prévu depuis 48h -, mais les bornes semblent avoir été dépassées. 

Ce pic de protestations et violence correspond au deuxième week-end où nous sommes à l'extérieur, occupés à tout autres choses. Lisant les fils d'infos entre deux moments actifs, on est pensifs. Bien sûr qu'il faudrait protester contre ce que ce gouvernement, élu sur certaines bases dont certaines semblaient sociales, nous fait : Thatcher en 2018, et la destruction systématique de ce qui tenait du bien commun pour le profit de quelques-uns.
Mais que de violences de tous les côtés, d'après ce qui nous est transmis, rapporté !

Sur mon fil Twitter, normalement assez équilibré, ça part dans tous les sens, de façons très contradictoires : la police maîtrise, la police est débordée, ce sont beaucoup des manifestants d'extrême droite (1), ce sont beaucoup des manifestants d'extrême gauche, il y a de nombreux casseurs (ça, tout le monde semblait d'accord), ce sont des membres du mouvement, ce sont des black blocks qui ont enfilé un gilet, d'ailleurs on voit encore les plis, les porte-paroles énoncent des revendications censées, les manifestants sont incapables de préciser leurs revendications, ils sont ultra-violents avec les malheureux automobilistes ou passants, ils sont sympas ils mettent les péages gratuits et distribuent des denrées récupérées lors des pillages, bref, on voit tout et l'exact contraire. 

Une des seules certitudes est l'aveuglement de l'exécutif qui se poursuit, ne veut rien écouter. 
(du moins à l'heure où j'écris ce billet)

Or si le mouvement était peut-être manipulé au début, et rameute plein d'opportunistes (2), il est à présent d'ampleur et cristallise les colères et épuisements de toute la petite moyenne frange de la population qui bosse dur ou chôme bien malgré elle et désormais ne s'en sort plus à joindre les deux bouts de vies qui ne demandent qu'à être normales, celles et ceux considéré•e•s comme suffisamment "fortunés" pour n'être en rien aidés, mais qui le sont trop peu pour faire face au moindre pépin de santé ou d'appareils ou de véhicules utiles quotidiens, trop peu pour boucler leurs fins de mois, trop peu pour profiter d'allègements fiscaux par petites évasions légales. Bref, celles et ceux qui paient toujours pour tous le monde, n'y arrivent plus. Et cette question de taxation des carburants a été le truc de trop. Depuis les débuts du gouvernement Macron, ils ont vu les très riches recevoir des cadeaux pour l'être plus encore, et eux se voir pompés de peu qu'ils avaient ; enfin, se sont pris de plein fouet l'arrogance et le mépris de ce président.

J'aimerais garder ici la trace des causes qui semblent claires pour tous le monde, sauf pour le pouvoir exécutif - à quoi carburent-ils ? comment font-ils pour être à ce point hors sol ? -, et de la confusion générale qui règne : nous sommes nous mêmes les gens et ne savons qu'en penser.

Il me semble qu'à un moment donné le mouvement de lui-même va s'essouffler : beaucoup devront retourner à leur travail, ou prendre bien garde à maintenir leur chômage, la répression qui semblait étrangement douce au début - ce qui était source de railleries de la part de militants de gauche qui voyaient la différence de traitement entre leurs mouvements et celui-là -, va être impitoyable, il n'y aura pas ou ça ne sera pas aussi structuré de caisses pour aider ceux qui auront perdu le boulot ou se retrouveront à passer en justice (3) et puis à la fin du mois la période dite des fêtes renverra chacun dans ses foyers. Le gouvernement est sans doute déjà en train de jouer la montre.

Seulement même si cette colère-ci comme ses précédente se retrouve étouffée, la prochaine vague qui pourrait se faire aider par le printemps, pourrait être, elle, décisive, les gens n'en peuvent plus.

Il ne faut pas non plus oublier que Président Macron partait d'un point favorable et qu'il aurait dû pouvoir capitaliser sur la victoire de l'équipe de France de football qui avait fortement fédéré le pays - cette euphorie qu'il y avait, quel boulevard pour lui -. Il avait fait ce qu'il fallait, et même un peu trop et puis il y a eu l'affaire Benalla qui a tout ruiné de ce point de vue là. Sans doute parce qu'il s'agissait bel et bien d'une affaire d'état, et que la façon dont elle a été étouffée n'a pas été admise par le peuple.

Voilà, c'est simplement le point de vue d'une personne de ce pays qui vit en Île de France tout contre Paris, qui travaille beaucoup, pour des employeurs, ses propres projets ou sa famille, ne sait pas tout, tente de rester informée et vote très scrupuleusement, mais n'a encore sauf à des premiers tours jamais pu le faire pour un programme politique qui lui semblait convenir et à la sauvegarde de la planète (on n'en est même plus à parler de respect) et au bien commun, à une vie décente possible pour la plupart des gens. Seulement c'est sans doute et pour plus tard, intéressant en tant que tel : parce que je suis une personne quelconque, de la classe moyenne, qui ne sait pas tout, et qui assiste à des bribes, consciente que peut-être quelque chose d'important se joue.

 

(1) L'impression que donnait le mouvement au début, notamment lors des premiers barrages au vu d'agressions racistes et homophobes et remise aux forces de l'ordre de réfugiés trouvés planqués dans un camion
(2) Pris en flagrant déli de récup et se mettre en avant, l'un des porte-paroles du mouvement intolérant et fondamentaliste catho des Veilleurs
(3) Sauf à une super solidarité par crowdfunding, mais si le pays est durablement secoué avec des pénuries et des problèmes de travail et donc de paiements, ceux qui voudront aider n'en auront pas forcément les moyens. Et pas de syndicat auquel adosser les contributions

 

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