Bilan générationnel
Mes cyber-frères et cousins

La Sedan-Charleville (7 octobre 2018)

 

20181007_134903

Nous sommes un bon paquet à pratiquer, entre autres sports exigeants, à la fois l'écriture et la course à pied. 

C'est Thierry Beinstingel, lequel nous a précédé dans la pratique, qui nous avait poussés à nous inscrire à la Sedan-Charleville, la plus ancienne course de ville à ville en France qui fêtera l'an prochain ses cent ans. 


La date était hélas en concurrence avec le Natureman, mais mon relatif manque d'entraînement - l'année 2017/2018 n'a pas été favorable, et je n'ai vraiment repris des séances régulières qu'en septembre -, et mon manque de visibilité professionnel (et donc financier), ainsi que la motivation de Thierry ont fait la différence. Il y a qu'aussi pour courir dans la famille nous sommes deux, alors que je suis hélas la seule (pour l'instant ?) à me frotter au triathlon.

*                    *                    *

Pour commencer j'ai commis une erreur de débutante, ou peut-être de francilienne, là où les courses de type ville A vers ville B au lieu d'être en boucle, comportent toutes facilités de transports pour revenir à ville A une fois la course terminée. J'ai donc, en me posant d'autant moins la question que le site de la course spécifiait "navettes de Charleville vers Sedan", recherché un hôtel à Sedan.

Prix raisonnable, bon confort, et pas trop loin de ce qui sur une photo en rubrique "parcours" semblait être le départ, nous sommes allés au Campanile Sedan. Ce qui d'un point de vue hôtelier se révéla un excellent choix, d'autant plus que quelqu'un à l'accueil, qui peut-être pratique (ou connaît bien un pratiquant de) la course à pied, a eu la bonne idée de nous attribuer une chambre aux normes d'accessibilité : rez de chaussée, douche de plain-pied avec siège pliant, et last but not least, barre de soutien pour se relever des toilettes. Le dimanche soir en rentrant nous avons été éperdus de reconnaissance - je ne sentais plus vraiment mes jambes, la commande "lever" ne fonctionnait plus, seul "glisser un pied devant l'autre" marchait encore, façon petit robot mal huilé, si l'Homme était un peu plus vaillant, il n'a pas boudé la possibilité de douche assise afin de soulager ses jambes endolories -.

En revanche d'un strict point de vue de géolocalisation, c'était presque une bourde :

- les fameuses navettes allaient bien de Charleville à Sedan mais AVANT la course et non APRÈS. Et ce n'était à ce point pas prévu que celui de l'organisation à qui j'ai posé la question (une indication d'horaires m'avait quand même mis la puce à l'oreille) ne l'avait pas comprise et m'avait dit que Oui, oui il y avait bien des navettes. 

- comme le départ avait en fait lieu dans l'avenue de la gare, et tout au bout est de celle-ci, oui l'hôtel semblait sur le trajet, ou proche et l'était, mais le départ était quand même à deux kilomètres au moins, que nous avons parcourus en courant car une des lubies de l'Homme est de toujours partir au dernier moment et qu'un PPI (1) (merci au gars qui nous a laissé accéder aux toilettes de son établissement devant lequel nous passions) de ma part, nous avait légèrement retardés.

nb : La chambre était si parfaite pour notre usage, le Wi-Fi efficace, le tarif raisonnable, et l'accueil chaleureux, que nous souhaitons si nous revenons pour la centième, revenir dans cet établissement. À nous de mieux nous organiser pour le reste.

 

  

*                    *                    *

En revanche, il m'avait été précisé qu'il existerait un service de cars qui emporteraient nos sacs de la consigne du départ vers la consigne sous le marché couvert de la ville d'arrivée, et ce service non seulement existait, mais était fort bien organisé. Ticket sur le sac, numéro du ticket sur le dossard, peu d'attente, cars à l'heure annoncée. Tutto bene.
Pour ne rien gâter les bénévoles qui s'en chargeaient étaient vraiment dévoué•e•s : c'est par trois d'entre elles qui rentraient de Charleville vers Sedan que nous avons été après l'épreuve rappatriés, vraiment gentiment, et déposés à l'hôtel, ce qui était une attention extrêmement appréciable en ce moment précis.

Comme le retrait des dossards, que nous n'avions pu effectuer le samedi à Charleville car le trajet depuis Paris nous avait pris trop de temps, était lui aussi fort bien organisé, le matin de la course à Sedan, nous avons pu avant la course repasser à l'hôtel nous y reposer  durant environ une heure.

 

*                    *                    *                        

Il se trouve que nous étions arrivés la veille sans le rechercher particulièrement par la D764. Nous avions ainsi au passage et en toute innocence, reconnu les 13,8 premiers kilomètres du parcours. Ce fut pour moi précieux : j'ai ainsi pu me repérer dans l'effort, savoir qu'il me restait 10 km à accomplir après Flize, savoir combien les villes traversées étaient longues, avoir une idée du relief (2) : en fait rien d'insurmontable en terme de dénivelée, surtout du faux-plat et en revanche un brin de côte bien casse-pattes au kilomètre 18 et un long boulevard qui n'en finissait plus dans Charleville centre ; la place Ducale, il fallait se la mériter.

J'avais été avertie du piège du kilomètre 18 par une dame prénommée Françoise en compagnie de laquelle j'en ai parcourus quelques autres, et qui avait une motivation similaire à la mienne : aller au bout autant que possible.
Elle venait de Belgique et avait participé comme bénévole ou supportrice à diverses courses, avant de se dire - finalement en un chemin semblable au mien, merci Pablo et ton marathon de Bruxelles en 2011, et celui de Paris aussi -, Et si j'essayais, qu'est-ce que ça donnerait ?.

L'Homme de son côté avait cheminé auprès d'une femme qui disait aller lentement car elle était en décrassage d'après les 100 kilomètres de Millau, avant de trouver que son lentement pouvait aller plus vite - il n'avait pas pu ou pas voulu suivre -. Quant à Thierry il mentionne dans son compte-rendu (en date du 12/10/18) la quasi même situation, avec une personne qui courait la Sedan-Charleville en préparation au marathon de Reims. 

Vous l'aurez pigé, la Sedan-Charleville est la course la plus conviviale dont on puisse rêver. 

Peut-être pas pour les élites, les pros venus du Kenya, du Rwanda (Félicien Muhitira, premier comme l'an passé en 1h11mn48s, soit aussi vite qu'un cycliste en ville) ou de l'Ouganda, mais pour les coureurs et coureuses amateur•e•s, c'est un ravissement : ambiance exceptionnelle, chaque ville ou village traversé y va de son orchestre, les ravitos officiels ou à la bonne franquette sont fréquents (3). Encore plus miraculeux : il y a des personnes pour vous encourager même si vous êtes en toute fin de course, vous prendre en photo (je ne sais qui remercier de la ville de Villers-Semeuse mais grâce à eux j'ai un souvenir) et surtout : les voitures ne sont pas relâchées 6a00d8345227dd69e2022ad3b73692200b-320wiavant que la dernière personne participante qui n'a pas abandonnée n'ait passé la ligne d'arrivée. Pour qui est habituée aux dernières places en région parisienne, où le gruppetto finit sur les trottoirs ou à devoir attendre aux feux, c'est un confort très appréciable.

Je me suis efforcée de répondre aux highfive des enfants et remercier pour les nombreux encouragements, n'y suis sans doute pas bien parvenue vers la fin.

Tout a été pour moi facile jusqu'à la sortie de Flize, d'autant plus qu'il ne faisait pas si frais finalement une fois le départ donné, et qu'ensuite nous avons eu droit à un grand soleil délicieusement chaud, le moment où j'ai le mieux couru.
Je portais, sous le tee-shirt de la course, mon tee-shirt technique 2XU qui est optimal d'un point de vue thermique et de soutien. C'était parfait pour le temps qu'il a fait, variations incluses.


Il n'en demeure pas moins qu'au sortir de Flize sur une portion bordée d'arbres entre deux villes, les nuages ont repris possession du ciel avec un frais vent de face et alors tous ceux que j'avais dépassés au moment chaud me sont repassés devant. Je n'étais pas en difficulté, mais sans chaleur offerte, j'avais moins de carburant interne pour avancer.

J'ai continué à m'efforcer de ne marcher qu'aux ravitaillements - l'eau fournie en petites bouteilles, difficile de boire en courant (4) -, ainsi qu'à l'entrée de Charleville pour une pause photo et publication en temps réel (l'idée était que mes camarades probablement déjà arrivés depuis un bon moment puissent (sa)voir où j'en étais), et reçu des encouragements pour ça. Trois personnes au moins m'ont félicitée pour ma foulée, sans doute inhabituelle chez des derniers : je suis simplement lente, très, mais pas spécialement en peine.

Les deux à trois derniers kilomètres ont toutefois été franchis dans le dur. Comme l'indique Thierry, ça montait sur la fin, longs longs longs faux-plats avant les dernières petites rues dont l'une soudain, à l'instant où l'on commence à n'y plus croire, débouche sur LA Place Ducale. C'est un éblouissement, en plus que tout le monde est encore là, et le speaker aussi, comme si l'on était dans le ventre peuplé de la course et non en fin de paquets de bout d'ultimes participants.
Françoise et un monsieur vêtu de blanc que j'avais doublés et qui m'avaient redoublée à plusieurs reprises m'avaient ouvert la voie dans Charleville, sans que je ne sache faire l'effort de les rejoindre à nouveau : je ne sentais plus mes jambes, et un pressentiment de début d'une crampe m'a fait renoncer à toute tentative d'accélération. Je me suis contentée sur la fin d'un trottinement relâché. 

Avec les deux kilomètres parcourus pour ne pas manquer le départ, j'en avais in fine parcouru plus de 25 et je n'aurais guère pu continuer bien avant. 
Par chance, JF arrivé en 2h39 (2838 ème) revenait de s'être fait masser par les kinés, et est revenu vers la ligne d'arrivée en me cherchant, pile quand je venais de la passer ; sa présence m'a ôté tout risque de malaise, du simple fait de n'être pas seule à devoir accomplir la suite : récupérer vite le sac avec les vêtements de rechange et une veste chaude, avant que d'attraper froid (il devait faire 13 ou 14°c ce qui n'était pas si redoutable mais bien loin des 25°c d'un moment donné et les organismes étaient fatigués) puis accéder à un ravitaillement conséquent.

J'ai décliné la bière offerte, signe que j'étais quand même un brin dans le dur, une fois mon devoir accompli.

*                    *                    *                        


J'étais 2986 ème sur 2990 arrivés (pour 3187 inscrits : je crois qu'il y a eu un nombre certain d'abandons, je croisais l'ambulance qui remontait vers l'avant, repartait vite puis revenait se placer ; j'avais vu une jeune femme recevoir des soins à terre / la voiture balais) et suis probablement la dernière de ceux qui ont couru tout du long. Un pur marcheur à grandes jambes (5) m'avait dépassée depuis longtemps et était arrivé bien avant moi.

Mon seul regret : que nous ayons manqué Thierry, mais nous étions si nombreux au départ et aucun de nous très grand, ç'eût été un immense coup de chance que de nous retrouver. Avoir enfilé les tee-shirts de la course, allègrement portés par la moitié au moins des concurrents, n'aidait pas sauvagement. Comme c'était mon premier "plus que semi" sur route, et que je n'étais pas certaine d'arriver tout au bout en courant, je n'avais pas osé risquer de ne pas faire honneur à une tenue Levallois Triathlon. 

Je note, pour avoir ainsi un premier temps personnel de référence, que j'ai mis officiellement 02:49:54 au semi lequel était homologué. J'espère faire mieux le dimanche 21 octobre à Saint-Denis.

*                    *                    *

À la suite de cet effort j'ai dû me doucher dès en rentrant puis dormir comme une enclume quand le forgeron est absent ; l'Homme ayant de meilleures jambes a su conduire de l'hôtel jusqu'à une petite pizzeria sympathique repérée la veille au soir comme ouverte aussi le dimanche. Ensuite la soirée s'est passée étendus devant un documentaire d'histoire régionale sur la première guerre mondiale sur RMC découverte. Il était tombé dessus par hasard et malgré les trop nombreuses coupures pub (de voitures essentiellement, c'était étrange à un tel point) nous sommes restés scotchés. Ce qui permettait d'oublier la douleur et pour moi la fièvre (6). Quelques doliprane 500 plus tard (un tous les 4 heures, avec prudence), j'ai commencé à regagner le normal de moi. 

Ensuite j'ai marché pendant 24 heures comme un cow-boy las, en plus que d'être longuement assise en voiture pour le retour n'avait rien arrangé. Je n'ai pas pu aller nager le mardi matin, mais après l'intervention de mon kiné et du sommeil le mardi après-midi j'ai pu faire une séance de CAP en mode petit décrassage le mardi soir, puis reprendre ensuite mes entraînements, en veillant à ne pas forcer.

*                    *                    *

Expérience très positive et heureuse, donc, et une belle envie de revenir pour la 100 ème. Merci à Thierry, vraiment.

 

 

 

(1) Pipi Pressant Intempestif : fréquent chez moi malgré toutes précautions préalables, dès lors qu'il fait frisquet.
(2) Globalement pas trop méchant.
(3) Je n'en ai pas eu besoin mais je crois bien que c'est une course où l'on peut faire une pause-pipi chez l'habitant
(4) Sinon je n'ai mangé qu'une part de pain d'épice (des carrés de sucre ou de chocolat étaient également proposés, mais je ne pensais pas que ça m'aiderait) et bu deux fois un verre de boisson énergétique une bleue, puis une rose vers la fin. Je n'aurais pas dédaigné quelques quartiers d'orange mais globalement c'était parfait.
(5) concept beaucoup plus utilitaire que les Jambes Interminables
(6) J'ai presque systématiquement un épisode fiévreux après les gros efforts. Depuis le temps je ne m'en inquiète guère et m'y attends. Est-ce lié à la thalassémie ?

Capture d’écran 2018-10-07 à 17.20.51

                                                                     

 

Commentaires