Previous month:
juillet 2018
Next month:
septembre 2018

0 billets

De la relativité du Ne rien faire

 

    Je tiens des classes prépa, de la lutte quotidienne pour mener une vie "normale" malgré la béta-thalassémie (mineure), et de la pratique du triathlon, la capacité de me mettre à la tâche en mode machine et de m'y tenir lorsqu'une échéance lourde s'impose. Il se trouve que je suis née avec le goût de l'effort, ce n'est pas une question d'éducation, je n'ai aucun mérite c'est ainsi.

En revanche comme il n'y a pas de miracles (ou alors très rarement) et que je ne fais pas usage de produits dopants, je paie généralement ces pics d'activités par un ou plusieurs jours d'incapacité relative.

De la même façon que j'ai appris à endurer avec sérénité les crises de froid qui me venaient après nager dans la Manche sans combi, j'ai appris - il m'aura fallu longtemps - à ne pas résister inutilement lors de ces journées où mon corps a besoin de récupérer.

C'est l'horreur quand je dois malgré tout aller travailler. C'est pénible (le cerveau voudrait agir, sait parfaitement toutes les tâches qu'il faudrait accomplir seulement le corps ne suit pas) mais supportable lorsque je peux me permettre de rester chez moi. 

Simplement ça créé une journée blanche, durant laquelle rien n'est fait de ce qui était devant l'être.

Rien ?

Voyons ça. 
Aujourd'hui j'étais dans ce cas, mission Lave linge et réfrigérateur accomplie. 
J'avais prévu d'aller nager au réveil, repéré une piscine qui ouvrait à 7h. L'idée était de faire un petit "décrassage" qui rendrait ma carcasse moins douloureuse des efforts des jours précédents.
Sauf qu'au tôt matin, il pleuvait des cordes.

J'ai attendu que ça se calme, j'y suis finalement allée. Pour nager peu et très lentement, mais cependant nager  Capture d’écran 2018-08-09 à 19.14.35
Au retour j'en ai profité pour imprimer à Pont Cardinet des billets cartonnés pour quelques trajets en trains prévus prochainement. 

J'ai descendu les encombrants stockés provisoirement sur le balcon aux encombrants (1), sorti une lessive et lancé la suivante, fait des courses - c'est qu'on a un réfrigérateur à remplir ! -, préparé un bref repas (2).

Il y a eu beaucoup de sommeil sinon et pas mal de sports regardé sur l'ordi (Championnat Européens).

Force m'est donc de constater que lorsque je ne fais rien, néanmoins, je fais.

J'espère que demain je serai à nouveau opérationnelle, il me reste encore bien du travail à abattre pour rendre à notre famille des conditions de vie acceptables. Et par ailleurs je ne peux demeurer plus longtemps sans écrire. Survivre sans écrire me bouffe une énergie folle. 

Enfin, il est plus que temps que je m'attelle sérieusement aux entraînements de triathlon.

 

(1) Dans notre rue c'est le jeudi soir.
(2) Pour le dîner le fiston a pris en charge et commandé des tater tots 

PS : Je fais donc partie des gens qui ayant touité au sujet de l'affaire Benalla se retrouvent épinglés dans une liste censée servir de base pour dépister les fake news. Pas eu le temps d'y voir de près ni de déposer de plainte auprès de la CNIL, mais il semblerait que le fait de faire de l'ironie sur un sujet revient pour l'algorithme à propager des rumeurs. Je comprends mieux pourquoi un beau matin mon compte avait fait l'objet d'une revalidation nécessaire pour activités inhabituelles. Ce dispositif a dû foutre le bazar, à moins que tous les comptes concernés n'aient fait l'objet d'un signalement.
La France, ce pays où bientôt on ne pourra plus évoquer une affaire d'état sans s'attirer des ennuis. 
Je dépose pour me le rappeler quelque copie d'écran d'une des discussions qui s'en est suivie. Et je note pour ne pas donner une fausse impression du fait de l'avoir mentionné que ce fut le cadet de mes soucis tout au long de la journée - je n'ai pas d'employeur qui puisse en prendre ombrage -. Je crois simplement que c'est intéressant pour ce que ça dit de l'air du temps. 

Capture d’écran 2018-08-10 à 00.30.03


Gallimard Crash Test (premier au)

 

Fullsizeoutput_cc3

Il y avait eu un dégât des eaux clair net et fort dans le dressing room qui me servait entre autre à stocker quelques (!) livres en attente de meilleur rangement.

Dans l'urgence j'avais balancé délicatement déposé quelques sacs de livres et d'autres choses, sur le balcon. C'était quelques jours avant les très violents orages du 27 juillet à Paris.
Quand j'avais par la suite regardé sur le balcon les sacs semblaient intacts. 

Ils ne l'étaient pas. Ou pas tant que ça. Quelques livres et documents furent rendus illisibles définitivement, transformés en une sorte de retours à la pâte à papier.

Et puis il y a ce "Septembre" de chez Gallimard, ces bouquins à la couverture beige classique à l'air fragile comme ça. Mais qui ne l'est pas tant que ça. 
Une fois épongé, certes, il semble dans un sale état, mais les pages se sont bien détachées les unes des autres, l'impression n'a pas déteint, il est méchamment gondolé mais parfaitement lisible après deux inondations subies successives.

Je l'ai mis à se dégondoler entre deux anciens dictionnaires. En attendant, je suis impressionnée.

PS : Plus inquiétant, certains sacs plastiques semblent avoir été attaqués par une substance chimique. Peut-être étaient-ils biodégradables, peut-être n'ont-ils pas adoré les grêlons. Il n'empêche qu'on dirait bien qu'en plus cette pluie était acide, non ?


The Mystery of Flying Kicks

 

    Poussée par mes rangements et désireuse de trouver une façon pratique de suspendre les différents petits câbles de connexion ou rechargement, je ne sais plus ce que j'ai saisi sur mon moteur de recherche, il devait y avoir "accrocher" dedans et je suis tombée sur cet article délicieux datant d'il y a deux ans qui tente d'expliquer les baskets suspendues - il fut un temps on en voyait dans Paris rue de la Jonquière notamment mais le phénomène semble avoir disparu plus vite que celui  des cadenas -. 

C'est quand même un des charmes de l'internet, la possibilité surtout en fin de journée au moment d'enfin souffler, de tomber sur des petits bonheurs de cet ordre, des petites choses marrantes auxquelles on ne pensait pas.

Le film The Mystery of Flying Kicks peut être vu par là.

 


Quelques avantages collatéraux du rangement

 

    Dans ma phase exprès de rangement urgent (état de départ un peu comme sur l'image de ce garage-là, sauf que c'était l'appartement), j'ai quand même trouvé au milieu des cartons des cartons des cartons et des descentes aux poubelles dans la cour, quelques consolations : 

  • deux ordonnances d'optique que j'avais cherché partout et qui étaient restées dans un fond de sac semblant vide - ces cas où l'on regarde là où l'on pensait qu'elles étaient mais on ne les a pas vues alors qu'elles y étaient (en même temps ça prouve que oui j'ai vraiment besoin de nouvelles lunettes et lentilles) -.
  • L'adresse mail de quelqu'un que j'aime beaucoup même si nous ne correspondons que de loin en loin et que je croyais avoir perdue pour toujours et à jamais (1), dépendant de lui, qu'il pense à me faire signe. Écrite sur un bouquin. Je constate une fois de plus que c'est ainsi qu'on les perd le moins.
  • Une autre adresse gribouillée sur un programme de rentrée littéraire et jamais utilisée. Mais retrouvant du temps personnel, j'y compte bien. Note à moi-même : avant de jeter quelque papier que ce soit vérifier que rien n'y est inscrit de sérieux, de manuscrit.

 

(1) En 2017 téléphone subtilisé en juin, reconstitution du carnet de contacts certes mais avec des absences pas forcément très logiques, puis sac avec ordinateur et agenda papier avec le carnet d'adresses papier volé en octobre. Résultat : pour certains cas seule des fouilles archéologiques dans des sauvegardes sur disques durs externes pourraient me permettre de retrouver les coordonnées de personnes que j'aimais ou fréquentais. Pas eu le temps de m'y coller.

 


Du consentement des enfants

Capture d’écran 2018-08-07 à 16.39.34C'est un thread sur Twitter et qui commence par là. Il fait suite à une loi passée en théorie pour mieux protéger les enfants des agressions sexuelles mais qui comporte une phrase où il est question de leur éventuel consentement (je résume à la serpe oui je sais).

J'ai eu une enfance plutôt pas malheureuse et entourée d'adultes respectueux. Il n'empêche que je suis fort consciente et me souviens fort bien du biais qu'induit l'âge et surtout de ne pas savoir comment c'est ailleurs. 

Mes parents qui mettaient un point d'honneur à nous donner une "bonne éducation" passaient les repas à nous persécuter. Il n'y avait pas moyen de manger tranquille : c'était sans arrêt des ordres et des reproches, Tiens toi droite, Ne parle pas la bouche pleine, Mange ta viande, Pas les coudes sur la table, et autres Ne lis pas en mangeant. Bizarrement le seul reproche mérité était le dernier et c'est le seul sur lequel je parvenais à lutter, en négociant une fin de chapitre le plus souvent. 

Ma sœur parvenait à peu près à suivre les injonctions. Moi jamais. Parce que mes parents avaient envie de se passer les nerfs sans doute et pas toujours l'un envers l'autre. C'était une suite de reproches, Tu fais trop de bruit, tu manges trop vite / lentement, Reprends-en/Pourquoi tu en reprends. C'était aussi une suite d'injonctions contradictoires. 

Petite, n'ayant que ponctuellement mangé ailleurs, par exemple exceptionnellement à la cantine et qu'alors des ordres aussi il y en avait, mais dû à la collectivité, ou en famille élargie durant les fêtes de famille et alors je me glissais sous la protection de mes cousins que personne ne disputait ou seulement s'ils chahutaient, je pensais que passer à table c'était pour tous les enfants partout subir une succession de reproches, que c'était comme ça, pour qu'on apprenne à bien se tenir. Je pensais que les parents faisaient leur travail. Et qu'à mal me tenir je les empêchais de manger tranquilles. 

Je n'ai commencé à avoir l'idée que les ordres et les reproches n'étaient pas normaux lorsque peu après la naissance de ma sœur un accord avait été conclu avec la mère de mon petit fiancé qui logeait près de l'école : j'irai déjeuner chez eux. À part qu'ils avaient tenté une fois de me faire manger du cheval - ce fut No Way et source d'un incident diplomatique - ce fut pour moi une période de grande félicité. Mon amoureux avait des super grandes sœurs, j'étais heureuse du temps partagé avec lui, il habitait dans un CES (un collège, quoi) et l'on pouvait jouer dans un coin de cour avant de repartir à l'école, et surtout à table ON RIGOLAIT. Et jamais un reproche. De plus si quelqu'un renversait quelque chose, ça n'était pas un drame même si ça râlait et que le ou la coupable devait ensuite nettoyer. 
Le formatage enfantin est tel qu'ayant mesuré la différence et apprécié la version normale, je m'étais dit qu'il s'agissait d'un effet d'invitée. Comme j'étais là ils ne se fâchaient pas comme mes parents envers moi mais attendaient les repas où ils étaient "entre eux". 

ll aura fallu qu'on héberge ma cousine Anne, alors étudiante, pendant un trimestre alors que j'abordais la 6ème et qu'en sa présence mes parents n'osent pas jouer les tyrans du dîner pour que je capte que ce qu'on subissait n'était pas normal. 

Ce n'était pas grave, au contraire de l'objet du thread. Ça ne me mettait pas en danger, j'ai survécu et je ne me tiens même pas spécialement bien à table, mais je mesure bien à quel point enfant on peut ne pas savoir si un adulte référent vous fait faire certaines choses si c'est normal ou non. On part du principe qu'il est le grand et que donc il sait. Et si on ressent que c'est pénible ou moche, on a vite fait de se dire que c'est le monde des grands, qu'il faut qu'on s'habitue, que c'est comme ça et pas autrement.

Mon autre exemple d'ailleurs est un gag. Quand j'étais petite chez le coiffeur toutes les dames, toutes passaient un long moment sous les séchoirs (source photo par iciCapture d’écran 2018-08-07 à 17.10.30

Aucune n'y échappait. Or ces appareils me faisaient peur. C'était un temps où l'on n'encourageait pas les enfants à poser des questions et je crois que l'effet 100 % de celles que je voyais le faisait m'avait ôté tout doute : devenue dame, moi aussi j'y passerai. 

Quand on est petit-e, on a vite fait de croire que quelque chose est comme ça et pas autrement. Et que même si on déteste ça, il faut l'accepter.

Il me semble que c'est seulement vers douze ou treize ans qu'on peut commencer à exprimer un désaccord, ou piger qu'un truc n'est pas correct même si un adulte tente de nous dire que ça l'ait ou nous persuader qu'au fond on le souhaite. Encore ne faut-il pas être terrifié-e ou sous l'emprise d'un effet d'autorité. 

C'est vraiment aux adultes de ne pas déconner.


Correspondances


    Je conserve pieusement la correspondance de mes parents, eux-mêmes avaient sans doute ôté de leur vivant ce qu'il ne souhaitaient pas garder. 

Il s'est écoulé suffisamment d'années pour que ce qui relève des premiers temps soit d'un intérêt de témoignage. Ainsi dans un courrier pour le reste technique d'échange entre écrivants, ces mots écrits en octobre 1994 (hé oui il y a vingt-quatre ans) 

"Je me souviens très bien, Chère [...], de cette communion "solennelle" à [...], en 1943. Cela n'est pas encore si loi. Je me souviens aussi, qu'au repas qui suivit on trouvait même du pain presque blanc !".

J'ignore pourquoi je me sens à ce point un devoir de relever ce qui tient de la vie quotidienne en des temps révolus, d'en témoigner pour ce qui tient de ma propre époque, et tenter de transmettre quelques bribes aux suivants. 

Pourquoi m'est-il important de savoir et faire savoir que pendant la dernière guerre en France le pain n'était que rarement "presque blanc" ?


Jeter vite

 

    À force de ranger, à force de trier, je me suis rendue compte de quelques petites choses. Les voici 

(à compléter)

Le syndrome du souvenir personnel manuscrit

Je suis incapable de jeter toute trace d'écriture manuscrite de quelqu'un qui a disparu (mort ou rupture à caractère définitif). C'est curieux mais c'est comme ça. Ainsi de notes retrouvées écrites par mes parents, de celles qu'on prend pour soi, un relevé de cotes en bricolage, une liste de courses restées dans une poche de manteau. 
Du coup j'ai entrepris un grand ménage de mes propres gribouillis histoire de n'alourdir personne quand je serais partie en admettant que la descendance ait hérité de ce syndrome.

- Je suis peu capable de jeter une correspondance manuscrite. C'est mon côté vieille école. Je garde vos cartes postales. 
Pour la correspondance dont j'ai hérité, c'est pire (cumul des deux syndromes)

 

Le syndrome de la relique sociologique

Pour des tas de papiers, documents plus ou moins administratifs, je jette dès qu'il n'y a pas de délai de conservation légal à observer.
Sauf que.
Parfois le boulot n'a pas été fait dans le droit fil du temps.
Et du coup.
Ce ticket d'achat d'un équipement sportif, retrouvé quinze ans après s'est transformé en signe sensible de ta reprise d'une activité qui t'a menée un peu loin.
Difficile à jeter.
Cette addition de restaurant, sans grand intérêt sur le moment, encore lisible car manuelle est devenue souvenir d'une des dernières sorties faite à deux l'esprit libre, sans tracas de baby-sitting, avant la venue des enfants.
Ce billet de train d'un temps où tu le prenais souvent s'est insidieusement transformé en vestige d'un temps révolu.
Et d'une façon plus générale, diverses factures à l'encre persistante deviennent des traces d'anciens modes de consommation, de prix pratiqués qui paraissent incroyables tant les tarifs se sont élevés, de pratiques disparues (développements de photos argentiques, si courantes en leur temps, si rares à présent). 
Dès lors alors que je les aurais jetés sans hésiter en leurs temps, les voilà pourvus d'un intérêt "historique" et plus difficilement éligibles au recyclage.

C'est même totalement impossible pour certains documents concernant les parents, d'anciennes quittances de loyer, factures de gaz ou d'électricité, sans même parler des feuilles de paie ou de certains relevés de prestations sociales : parfois écrites à la main, sur des bristols couleurs cartons pâles (1) voire orangés, ils ressemblent désormais à des pièces de musée. Je ne peux que les garder, bien archivés.

Moralité : pour toutes les paperoles qui même en notre temps de dématérialisation nous échoient, il convient de prendre une décision rapidement, conserver si nécessaire (garanties, assurances, justificatifs requis) mais sinon jeter, et jeter vite. Avant que le temps ne les équipent d'un air injetable d'autrefois.

 

(1) Était-ce leur couleur d'origine ou un blanc cassé qui a évolué ?

 


Café filtré


    Sur le moment ça s'est fait sans y penser, je rejoignais des amis sportifs dans un café situé dans un parc parisien. J'y étais déjà venue pour une soirée littéraire. Un type avec un brassard rouge "sécurité" contrôlait les sacs à l'entrée, sans même y penser, tellement habituée, j'ai ouvert le mien, il m'a posé une question (1), et dans le brouhaha des conversations, j'ai répondu que je devais rejoindre des amis ou quelque chose d'approchant, je suis entrée surtout concentrée sur le fait de retrouver lesdits amis dans cette petite foule, dont j'augmentais la moyenne d'âge (2).

La soirée fut fort sympa. J'ai seulement regretté qu'à cause des problèmes de vélibs je doive rentrer en tenant compte des horaires du métro (3).

Ce n'est qu'après coup, aujourd'hui, au lendemain matin que j'ai pris conscience que de facto les entrées à ce café étaient filtrées. Peut-être parce que l'on peut y danser plus tard dans la soirée. Que cette pratique en tout cas était en train de devenir courante, au point que je n'y avais pas même prêté grande attention. 
Il se trouve que je fais, du moins pour le moment, partie des gens admis, si simplement que je n'ai pas même conscience d'un privilège. Seulement est-ce bien normal que des lieux de détente et de divertissements, qui ne soient pas des clubs privés, finissent par répandre l'usage d'être réservés, ou de filtrer ? La société sous couvert de sécurité n'est-elle pas en train d'encore plus se ghettoïser ? 
J'ai eu une réminiscence de Ouaga, fin des années 80 lorsque certains établissements, vestiges du colonialisme, pratiquaient ce genre de filtrage, que je trouvais déjà détestable, même en faisant partie des z'heureux z'élus (4). 

 

(1) Peut-être Vous venez pour quelle soirée ?
(2) Vieillir tout en restant active c'est augmenter la moyenne d'âge d'un peu chaque endroit.
(3) Pour finalement croiser un Mobike et le prendre jusqu'à la frontière de la zone autorisée. Il faudra peut-être que je finisse par écrire à ce sujet au Canard Enchaîné.
(4) Jeunes, blancs, amoureux rayonnants, discrètement élégants, toutes les portes nous étaient ouvertes. Pour d'autres couleurs de peau il fallait être connus ou très élégants ou accompagner des personnes dont la présence était souhaitée. C'était tellement intégré que je n'ai jamais vu un gars de la rue tenter d'entrer.


Mai 68 en noir et blanc

 

    Disposant d'un petit temps de latence avant de prendre ma place à la BNF, je suis allée voir l'expo "Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire"  assez sympathique et plus particulièrement pour un diaporama qui porte autant sur l'époque en France que sur "les événements". Mais j'y ai pris conscience de quelque chose auquel je n'avais pas fait auparavant attention : notre iconographie intime comme générale de mai 68 se décline en noir et blanc. Or à l'époque dans les journaux la couleur était fréquente et bien des images sont en couleur. 

Mais voilà : en ce temps-là les rédactions pour la couleur travaillaient en diapos et c'était plus long lors d'édition commémoratives (les dix ans, les quinze ans, les vingt ans ...) de repiquer sur des images issues de tirages argentiques noir et blanc. Ce qui fait qu'on est resté avec la fausse impression que les photos de ce temps l'étaient essentiellement. 

Par dessus le marché un numéro spécial de Paris Match publié alors que les pavés étaient à peine réimplantés et que la phase de grèves n'était pas terminée, aurait dû être en couleurs, avait été prévu comme tel mais sortit en noir et blanc du fait des arrêts de travail côté impression. Ce qui avait donné l'impression que les photos étaient en noir et blanc dès le départ exclusivement. 

Dans les albums photos familiaux, peu de couleur à l'époque : mais déjà quelques-unes prises par un oncle aux revenus plus élevés. 

Mai 68, c'était la couleur, vous savez.
(Mais pas pour tout le monde) 


Une daronne, la bière, la chaleur, Kaaris et Booba

 

    J'arrive par ce qui reste de jardin malgré le parking qui empiète sur cet espace vert autrefois accueillant. Sur un banc vers lequel s'avance le chemin, une grappe de garçons du coin, sans doute en pause de tenir le mur ou de jouer au basket (non loin de là un terrain). Ils sirotent des cannettes. Il fait beau et bien chaud. Un vrai bel été.

Avançant dans ma direction et se rapprochant d'eux, une daronne encore jeune avec sa fille, une enfant. Je vois que la mère adresse la parole aux gaillards et que tout le monde sourit. 

Arrive vite l'instant où je suis assez proche d'eux, poursuivant mon trajet, pour entendre.

Je comprends que des rappeurs se sont frittés et que la dame s'est amusée à leur demander, comme s'il s'agissait d'un match de football, Et alors vous, vous êtes pour qui ? 

Je capte Booba et je me dis, Tiens avec Comment-il-s'appelle-déjà ? ça a encore frité 

En fait c'est bien tombé, ils ne sont trop pour personne, les gars, ils aiment bien un truc de l'un, d'autres trucs de l'autre et ça les enjaille bien qu'il y ait eu une belle marave. Je crois entendre un argument comme quoi c'était dans un aéroport et donc cool comme ça personne n'était armé. 

Je me dis on dirait des cailleras d'autrefois, un vestige du code de l'honneur du siècle d'avant. 

Et c'est alors que dans mon dos j'entends la voix de la mère de famille qui après avoir salué, elle va faire ses courses et la petite commence à s'éloigner, elle doit la surveiller, dit Quand même, la bière, par cette chaleur vous devriez faire attention. 

Et les gars de se récrier en mode sage écolier pour une fois participant à un chahut et pris sur le fait, C'est juste une et il commence à faire plus frais.

D'elle qui souhaitait aider, à eux qui sont respectueux, en tout cas au moins encore quand on l'est avec eux, tous m'ont fait chaud au cœur. On a encore dans ce coin une vie de quartier, avec ses petites solidarités.

 

PS : Une fois rentrée, j'ai vu qu'il s'agissait d'une rixe entre Booba, Kaaris et leurs entourages respectifs à l'aéroport d'Orly. Et que les réseaux sociaux s'en donnaient à cœur joie, dans la mesure où rien de trop grave, pas de grands blessés, ou s'il y en avait eu on l'ignorait.    Capture d’écran 2018-08-04 à 21.37.27

(Je dépose une capture d'écran, pour le cas où le lien se perdrait)

Comme j'ai une belle TL sur twitter, chaque événement pas trop dramatique reste l'occasion de beaux traits d'humour. C'est une façon comme une autre de résister.

20180804 2143