Correspondances
Quelques avantages collatéraux du rangement

Du consentement des enfants

Capture d’écran 2018-08-07 à 16.39.34C'est un thread sur Twitter et qui commence par là. Il fait suite à une loi passée en théorie pour mieux protéger les enfants des agressions sexuelles mais qui comporte une phrase où il est question de leur éventuel consentement (je résume à la serpe oui je sais).

J'ai eu une enfance plutôt pas malheureuse et entourée d'adultes respectueux. Il n'empêche que je suis fort consciente et me souviens fort bien du biais qu'induit l'âge et surtout de ne pas savoir comment c'est ailleurs. 

Mes parents qui mettaient un point d'honneur à nous donner une "bonne éducation" passaient les repas à nous persécuter. Il n'y avait pas moyen de manger tranquille : c'était sans arrêt des ordres et des reproches, Tiens toi droite, Ne parle pas la bouche pleine, Mange ta viande, Pas les coudes sur la table, et autres Ne lis pas en mangeant. Bizarrement le seul reproche mérité était le dernier et c'est le seul sur lequel je parvenais à lutter, en négociant une fin de chapitre le plus souvent. 

Ma sœur parvenait à peu près à suivre les injonctions. Moi jamais. Parce que mes parents avaient envie de se passer les nerfs sans doute et pas toujours l'un envers l'autre. C'était une suite de reproches, Tu fais trop de bruit, tu manges trop vite / lentement, Reprends-en/Pourquoi tu en reprends. C'était aussi une suite d'injonctions contradictoires. 

Petite, n'ayant que ponctuellement mangé ailleurs, par exemple exceptionnellement à la cantine et qu'alors des ordres aussi il y en avait, mais dû à la collectivité, ou en famille élargie durant les fêtes de famille et alors je me glissais sous la protection de mes cousins que personne ne disputait ou seulement s'ils chahutaient, je pensais que passer à table c'était pour tous les enfants partout subir une succession de reproches, que c'était comme ça, pour qu'on apprenne à bien se tenir. Je pensais que les parents faisaient leur travail. Et qu'à mal me tenir je les empêchais de manger tranquilles. 

Je n'ai commencé à avoir l'idée que les ordres et les reproches n'étaient pas normaux lorsque peu après la naissance de ma sœur un accord avait été conclu avec la mère de mon petit fiancé qui logeait près de l'école : j'irai déjeuner chez eux. À part qu'ils avaient tenté une fois de me faire manger du cheval - ce fut No Way et source d'un incident diplomatique - ce fut pour moi une période de grande félicité. Mon amoureux avait des super grandes sœurs, j'étais heureuse du temps partagé avec lui, il habitait dans un CES (un collège, quoi) et l'on pouvait jouer dans un coin de cour avant de repartir à l'école, et surtout à table ON RIGOLAIT. Et jamais un reproche. De plus si quelqu'un renversait quelque chose, ça n'était pas un drame même si ça râlait et que le ou la coupable devait ensuite nettoyer. 
Le formatage enfantin est tel qu'ayant mesuré la différence et apprécié la version normale, je m'étais dit qu'il s'agissait d'un effet d'invitée. Comme j'étais là ils ne se fâchaient pas comme mes parents envers moi mais attendaient les repas où ils étaient "entre eux". 

ll aura fallu qu'on héberge ma cousine Anne, alors étudiante, pendant un trimestre alors que j'abordais la 6ème et qu'en sa présence mes parents n'osent pas jouer les tyrans du dîner pour que je capte que ce qu'on subissait n'était pas normal. 

Ce n'était pas grave, au contraire de l'objet du thread. Ça ne me mettait pas en danger, j'ai survécu et je ne me tiens même pas spécialement bien à table, mais je mesure bien à quel point enfant on peut ne pas savoir si un adulte référent vous fait faire certaines choses si c'est normal ou non. On part du principe qu'il est le grand et que donc il sait. Et si on ressent que c'est pénible ou moche, on a vite fait de se dire que c'est le monde des grands, qu'il faut qu'on s'habitue, que c'est comme ça et pas autrement.

Mon autre exemple d'ailleurs est un gag. Quand j'étais petite chez le coiffeur toutes les dames, toutes passaient un long moment sous les séchoirs (source photo par iciCapture d’écran 2018-08-07 à 17.10.30

Aucune n'y échappait. Or ces appareils me faisaient peur. C'était un temps où l'on n'encourageait pas les enfants à poser des questions et je crois que l'effet 100 % de celles que je voyais le faisait m'avait ôté tout doute : devenue dame, moi aussi j'y passerai. 

Quand on est petit-e, on a vite fait de croire que quelque chose est comme ça et pas autrement. Et que même si on déteste ça, il faut l'accepter.

Il me semble que c'est seulement vers douze ou treize ans qu'on peut commencer à exprimer un désaccord, ou piger qu'un truc n'est pas correct même si un adulte tente de nous dire que ça l'ait ou nous persuader qu'au fond on le souhaite. Encore ne faut-il pas être terrifié-e ou sous l'emprise d'un effet d'autorité. 

C'est vraiment aux adultes de ne pas déconner.

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