Mai 68 en noir et blanc
Jeter vite

Café filtré


    Sur le moment ça s'est fait sans y penser, je rejoignais des amis sportifs dans un café situé dans un parc parisien. J'y étais déjà venue pour une soirée littéraire. Un type avec un brassard rouge "sécurité" contrôlait les sacs à l'entrée, sans même y penser, tellement habituée, j'ai ouvert le mien, il m'a posé une question (1), et dans le brouhaha des conversations, j'ai répondu que je devais rejoindre des amis ou quelque chose d'approchant, je suis entrée surtout concentrée sur le fait de retrouver lesdits amis dans cette petite foule, dont j'augmentais la moyenne d'âge (2).

La soirée fut fort sympa. J'ai seulement regretté qu'à cause des problèmes de vélibs je doive rentrer en tenant compte des horaires du métro (3).

Ce n'est qu'après coup, aujourd'hui, au lendemain matin que j'ai pris conscience que de facto les entrées à ce café étaient filtrées. Peut-être parce que l'on peut y danser plus tard dans la soirée. Que cette pratique en tout cas était en train de devenir courante, au point que je n'y avais pas même prêté grande attention. 
Il se trouve que je fais, du moins pour le moment, partie des gens admis, si simplement que je n'ai pas même conscience d'un privilège. Seulement est-ce bien normal que des lieux de détente et de divertissements, qui ne soient pas des clubs privés, finissent par répandre l'usage d'être réservés, ou de filtrer ? La société sous couvert de sécurité n'est-elle pas en train d'encore plus se ghettoïser ? 
J'ai eu une réminiscence de Ouaga, fin des années 80 lorsque certains établissements, vestiges du colonialisme, pratiquaient ce genre de filtrage, que je trouvais déjà détestable, même en faisant partie des z'heureux z'élus (4). 

 

(1) Peut-être Vous venez pour quelle soirée ?
(2) Vieillir tout en restant active c'est augmenter la moyenne d'âge d'un peu chaque endroit.
(3) Pour finalement croiser un Mobike et le prendre jusqu'à la frontière de la zone autorisée. Il faudra peut-être que je finisse par écrire à ce sujet au Canard Enchaîné.
(4) Jeunes, blancs, amoureux rayonnants, discrètement élégants, toutes les portes nous étaient ouvertes. Pour d'autres couleurs de peau il fallait être connus ou très élégants ou accompagner des personnes dont la présence était souhaitée. C'était tellement intégré que je n'ai jamais vu un gars de la rue tenter d'entrer.

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