De l'art de saboter les Mobike ou du moins leur usage
Malotru

Un attentat deux jours après

 

    Rendez-vous pris depuis un moment déjà, je vais chez le dentiste, celui où j'allais déjà du temps où je travaillais dans ce quartier-là.

Il se trouve que c'est en face du restaurant des Goncourt. 
Juste dans les rues où ont eu lieu samedi soir l'attaque au couteau de passants au hasard par un jeune homme que les Islamistes avaient embrigadé (1).

Je me suis contentée de ne pas descendre au métro Quatre-Septembre, supputant qu'une zone était peut-être encore interdite d'accès. 

Devant la porte d'accès à l'immeuble du cabinet, une équipe légère de télé interviewait deux jeunes femmes de la boulangerie voisine, lesquelles faisaient en s'abritant un peu de la pluie leur pause cigarettes.

J'ai entendu que l'une d'elle répondait Oui bien sûr on vient au travail, il faut bien, et puis on va pas se laisser faire de changer notre vie, ils auraient gagné. 
Pensive, triste, elle ajoute, On va être un moment à avoir moins de monde.

Chez le dentiste les désistements se succèdent pendant que je patiente dans la salle d'attente. Savoir ce qui tient d'une appréhension à venir sur les lieux d'une récente tuerie de ce qui est lié aux grèves de la SNCF tient de la conjecture.

À un moment donné après la consultation et à l'occasion d'un problème informatique qui nous contraint à patienter, la conversation porte sur l'attentat de samedi, l'un des morts était dans la rue devant (2) me disent-ils de concert avant de diverger sur son identité. Notre conversation soudain s'interrompt : nous avons tout trois perçu son caractère effarant. 
J'avais déjà eu un effet semblable lorsque l'identité de l'assaillant avait été dévoilée et dont le patronyme était le même que celui d'un auteur majeur en Science Fiction. Puissions nous continuer à lire "Les robots" sans forcément penser au jeune homme assassin. 
Ces jeunes qui sont près à mourir après avoir tué au hasard n'importe qui nous obligent à nous interroger sur la société dans laquelle nous vivons, que pour la plupart d'entre nous nous subissons aussi, et qui est désormais capable de produire de tels éléments d'autodestruction. 

Nous nous efforçons de poursuivre nos journées respectives sans les fléchir d'aucune manière : nous avons eu cette fois la chance de n'être pas concernés, notre boulot de citoyen-ne-s est donc de ne pas se laisser impressionner. 

Alors que je ressors, sous un porche voisin une jeune femme au téléphone, pause cigarette (2) et qui répond paisiblement pour tranquilliser quelqu'un : 

- Ils ont pas eu de bizarreries pendant le machin, tout s'est bien passé.

Tout est surtout, et ça se confirme, une affaire de point de vue, de rôle qu'on en vient à endosser.

 

 

(1) Je continue à éprouver une sidération face à ce mécanisme qui fait que des jeunes hommes (et quelques femmes parfois) puissent se laisser engrainer au point de souhaiter mourir en tuant. Qu'on parvienne à leur faire croire que n'importe quel quidam est leur ennemi. Que c'est glorieux de s'attaquer à des personnes sans armes. Que mourir est merveilleux.

(2) Ce que confirme ce reportage de France Info.

 

PS : Tiens, on dirait que je vais pouvoir confronter ce que j'ai capté au passage avec ce qu'ils ont gardé pour diffuser (quand je suis passée celle qui parlait était celle à gauche de l'image)

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