Mon téléfonino vous écrit
Semaine #15 : S'en remettre (de ou à)

Retour du front

 

    L'impression persistante en ces jours d'après un effort de plus d'un an, lequel suivait un autre effort plus dur encore et un immense chagrin de quatre mois, d'être comme un soldat.

Un soldat en permission (1).

Je ne sais toujours pas si le travail, le gagne-pain, aide ou rend les choses plus difficile en ces cas. Sans doute les deux à la fois lorsqu'on a comme moi la chance d'aimer ce que l'on fait. Par moment, cependant nous aimerions pouvoir rassembler toutes nos forces et toutes nos heures pour faire face, ou accompagner, secourir, et c'est impossible, voilà, il faut faire sur l'énergie forcée et le temps restant.
J'ai en tout cas la certitude d'être et d'avoir été l'an passé puis cette année très privilégiée, de ce point de vue là.

Et là, voilà, la bataille a été livrée, le devoir a été fait - il ne s'agissait ni de victoire ni de défaite, de quelque chose une fois de plus à tenter de passer au moins pire -, je peux m'accorder quelques jours de répit, je retrouve le cœur normal de ma vie.

Mais je suis ce soldat qui prend conscience que pendant qu'il était au front la vie des autres à l'arrière a continué, que des choses ont évolué. Les ami-e-s ont pris leurs marques ailleurs, pas tout-e-s bien sûr, mais la part consolidante des (bons) moments partagés n'y est plus tout à fait. Un an et demi de quasi absence et je suis tombée déjà dans leur passé. Le fait d'avoir été délestée successivement du téléfonino et puis de l'ordi et de mes deux derniers agendas de papier dont celui où était glissé mon carnet d'adresses n'a rien arrangé. Pour certain-e-s d'entre eux, sauf appel de leur part, ou autre signe de vie, je ne suis plus en mesure d'avoir de leurs nouvelles, ni de leur en donner. Bien davantage que le chômage, le deuil isole. Et ses longues conséquences s'il s'agit d'un parent.

Peut-être que cette phase de relatif isolement, une fois terminée la suite des travaux et des rangements, me permettra d'écrire. 
Plus que jamais je me félicite d'avoir entrepris in extremis avant les fins de vie de nos derniers ascendants ma (tentative de) mutation en sportive accomplie : les entraînements de triathlon reprennent leur temps, des épreuves se préparent, le collectif tient chaud, donne de l'élan.

Et puis il y a ce livre, "3 chats 2 écrivains" (2) offert par l'amie qui est toujours là et sait épauler dans les temps difficiles qui me permet, un peu comme l'évoque Anne Savelli ici (3), de mesurer le chemin parcouru, même si à très bas bruit, et de repartir vers mon propre travail munie d'un viatique - et de bien trop d'idées pour le temps limité dont je peux disposer -.  

 

(1) Il me reste encore énormément à faire de tris et de rangements, cette fois à la maison ainsi que d'importants travaux en Normandie aussi. Je pense que tout ça me mènera jusqu'à l'été 2019.

(2) En vente à la librairie, si d'aventure il vous intéresse.

(3) Plus particulièrement ce passage : "Je retrouve tout, sauf lui : un petit texte écrit le jour de mes 25 ans, des poèmes, un nombre incalculable de versions manuscrites, tapées à la machine (!), imprimées de fictions jamais terminées, jamais montrées à personne, encore moins publiées... Incroyable comme j'ai pu bosser comme ça, pour moi, dans le vide, c'est vertigineux.
Je suis faite de ces strates. Mon écriture vient d'elles. Brusquement, je mesure le travail et l'écart avec d'autres vies (professionnelles, j'entends)."

 180420 1020 
180424 1812 (compl)

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