"Et la parole des femmes [...]"
MPdPEP (Méga Problème de Pas Encore Privilégiée)

Pendant ce temps dans le vaste monde

 

    Aujourd'hui à la librairie, c'était comptabilité (en plus du travail habituel) et comme c'est ma première année là où je suis désormais, c'était instructif, des tâches que j'accomplissais en observant les consignes de l'amie qui m'avait précédée sont désormais pourvues d'une logique, d'une cohérence. Du coup sur l'élan je suis parvenue une fois rentrée à dépoter quelques tâches administratives domestiques ou de succession. 

Et aussi à lire un peu d'articles, d'informations. 

Ça faisait longtemps que je parvenais tout juste à grapiller trois sujets le matin avant de partir, ou une fois par semaine dans Le Canard. J'avais besoin de voir ce qui en dehors des sujets évoqués dans les flash d'infos se passait / s'était passé et puis un trou de mémoire à combler pour mon ami Jacques.

Il s'agissait d'un souvenir de livre ou film dans lequel un père alors que son fils arrivait à l'âge adulte lui présentait la note de tout ce qu'il avait coûté. C'était particulièrement agaçant comme oubli, je sentais que j'étais à deux doigts de le retrouver précisément, mais ça ne revenait pas. Grâce aux camarades twittons et une amie sur l'autre chaîne, le voile de brume s'est enfin déchiré : il s'agissait d'"Alberto Express" un film italien de 1990. Mais au passage j'ai appris pas mal de scènes semblables ailleurs. Merci à toutes celles et tous ceux qui m'ont appris des choses que j'ignorais. 
Le hic ultérieur c'est que j'ai découvert plusieurs cas de vraies présentations de la note (un amant éconduit, des parents qui avaient prêté la vie plutôt que la donner.  Je reste stupéfaite et navrée (on serait en Allemand, je produirais un mot-valise autrement efficace, Traurigerstaunt ?) de constater que ce dont j'avais un souvenir de comédie pataude très exagérée fût un comportement possible. Quelqu'un se souvenait d'ailleurs d'une pièce de théâtre inspirée d'un fait réel.

J'ai (re?) découvert qu'en février dernier des douaniers français zélés avaient refoulé et interdit de transfert un skieur vénézuélien qui transitait par Paris pour s'en aller participer à une compétition en Suède. Leur soupçon avait empêché le garçon de pouvoir s'entraîner pendant un mois sur de la vraie neige et au moment de la compétition à laquelle il avait pu in extremis se rendre, ça s'était un peu vu. S'il était riche il pourrait peut-être se retourner contre l'état français et demander des dommages et intérêts.

Une autre affaire de prédateur sexuel avait précédé de peu la déferlante Harvey W. Il me semble que j'avais déjà lu quelques choses lorsque le silence avait commencé à se détricoter. Entre temps le procès avait eu lieu et l'homme, un médecin du sport de haut niveau aux états de service merveilleux, a été lourdement condamné. Ce qu'un article m'a appris ce soir c'est que deux jeunes femmes au moins avaient su parler sans attendre et dénoncer les faits, mais elles n'avaient pas été écoutées. D'autres s'étaient confiées mais des adultes tiers avaient dans un bel ensemble couvert les pratiques plus que douteuses du médecin. Enfin d'autres avaient pensé que quoi qu'elles fassent on ne tiendrait pas compte de ce qu'elles disaient. Désormais non seulement elles doivent se dépêtrer de ce qu'elles ont subi mais connaître les affres d'un sentiment de culpabilité pour n'avoir pas assez fait pour que d'autres après elles soient épargnées. Ce qui est édifiant c'est l'impunité et le sentiment visiblement de l'avoir crue éternelle. Et que ce qui fait que ça fonctionne c'est que la plupart des victimes croit son cas isolé. Je crois que le capitalisme triomphal qui est celui de notre temps joue aussi un rôle : l'esprit de concurrence règne, alors les femmes se taisent de peur de perdre qui son travail, qui sa sélection. Si les valeurs qui primaient étaient d'organisations collectives et de solidarité ça ne serait pas si facile pour les prédateurs de réduire leurs victimes au silence.
Enfin il y a ce phénomène de l'impunité que donne une notoriété : c'est impressionnant. 

(Et soudain je pense à Simone de Beauvoir, Sartre et Bianca Lamblin ; faut-il inévitablement que chaque être humain ait sa part d'ombre aussi profonde que sa part de gloire est grande ? Faut-il mieux, s'il n'y a pas de grave danger pour d'autres proies ultérieures se taire pour laisser les œuvres irremplaçables exister ?) 

 

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