En résumé (comme c'est étrange, si l'on y pense)
L'homme - flèche

L'homme qui n'en savait pas trop

(publié avec son accord)

 

Tout aura commencé par une banale fausse manipulation de sa part qui aura éteint l'alimentation électrique, vite rétablie rien de bien méchant. Mais voilà, oldschool comme nous le somme, nous nous réveillons encore au radio réveil, principalement. 

Lequel datant lui-même d'un nombre d'années conséquent n'est pas muni des dispositifs du matériel actuel qui permettent des remises à l'heure automatique lors du moindre événement, qu'il s'agisse d'une coupure de courant ou du très prévisible changement d'heure.

J'avais bien, après la coupure, procédé à une remise à l'heure et de l'horloge et de la fourchette de fonctionnement pour le temps de réveil, mais par fatigue ou d'avoir été interrompue en le faisant, j'ai laissé pour radio la station qui se met par défaut après une interruption. Il s'agit de celle qui se trouve vers les 87 MHz, à savoir par chez nous Radio Nico, laquelle ne diffuse que de la (plutôt) bonne musique et des jingle conviviaux et charmants. Zéro infos.

Nous nous sommes donc réveillés fort paisiblement, loin des bruits du monde et l'un comme l'autre hâtifs : notre journée de travail devait commencer.

L'Homme est parti alors que par acquis de conscience je prenais soin de régler le radio-réveil cette fois-ci sur France Culture (1). C'est là que les entendant longuement deviser au sujet du vieux chanteur, qui ne fait pas énormément partie de leur programme habituel j'ai compris qu'il était mort - non sans une hésitation, car le fait que son décès survienne au lendemain de celui de Jean d'Ormesson c'était un peu Kamoulox niveau 15 -. 


Il n'a donc pas entendu ce que j'entendais. 

Nous avons l'un comme l'autre eu chacun de son côté une journée de travail chargée. Pas le moindre SMS, ni appel échangé. Sinon, émue comme je le reste, quand bien même j'éprouve un certain détachement, je lui en aurais parlé. Il était venu au Stade de France, en tant que conjoint, invité et ce sont, c'étaient, de par la ferveur du public des concerts dont on se souvient.

Au soir il est venu me rejoindre à la librairie, où une amie venait en tant que Libraire d'un Soir présenter les livres qui pour elle avaient comptés. Nous étions un peu inquiets d'une absence d'assistance prévisible, du fait qu'y compris parmi nos amis certains resteraient sans doute à regarder les hommages qui n'allaient pas manquer d'affluer dans les télés. 

Il est près de 20h, en plein Paris et l'Homme entre qui prenant en cours la conversation, et estimant sans doute surprenant que des personnes se privent de soirées ou que les télés en consacrent une entière à Jean d'Ormesson, pose cette simple question :

- Mais, qui est mort ?

Il devrait être le seul au monde de la France à n'avoir pas su.


Passé un moment d'humour, c'était plus fort que nous, j'ai pu l'interroger. Il avait travaillé toute la journée, s'était dépêché de nous rejoindre à la librairie, ne consulte que peu son téléphone s'il n'a pas sonné, avait déjeuné avec des collègues dans un restaurant d'entreprise, mais ils n'avaient parlé que boulot. Quant à la machine à café c'est l'un de ses équipement à dosettes, moins propice aux brefs rassemblement, chacun allant se préparer le sien pour le rapporter à sa place, sans qu'il n'y ait d'espace dédié -. Enfin, il n'est pas fumeur ce qui excluait la possibilité d'une pause extérieure au court de laquelle quelqu'un aurait dit : - J'y crois trop pas qu'il est mort, Johnny. Je le soupçonne d'avoir bossé dur, concentré sur ce qu'il faisait.

Il était donc encore possible en 2017 de n'apprendre un décès d'ampleur nationale survenu dans la nuit précédente que fort tard au soir.

Toutes proportions gardées, je me souviens qu'en 2001, lors de la mort de George Harrison que j'avais apprise en lisant devant un marchand de journaux à La Défense la Une du Monde en rentrant de ma pause déjeuner, j'avais alors pensé que c'était sans doute la dernière fois que j'apprenais par voix de presse papier le décès d'un humain très célèbre.

Finalement en 2017 ça doit être encore possible puisqu'un événement qui a été relayé tous azimuts était passé inaperçu de quelqu'un travaillant en très grand centre urbain et sur ordinateur (2). 

 

(1) J'aime être réveillée par l'émission de Tewfik Hakem
(2) Visiblement solidement consacré exclusivement à des tâches pros sans même l'ombre du moindre petit réseau social. 

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