Ma vie trop vite
Mode Je trace on

La vie qui va


    En tant que fille et même si ma mère était féministe, j'ai été élevée dans l'idée qu'il y a d'abord toutes les choses à faire qu'il faut faire puis s'il nous reste un brin de temps les choses que l'on fait par plaisir. Autant dire, dès lors qu'on a une petite famille, un logis, et que l'on doit gagner sa vie, pas souvent.

En tant que gosse issue d'une immigration et dont le père travaillait en usine, et qui ne voyait dans le quartier où elle grandissait que des gens qui bossaient dur afin de boucler les fins de mois (1), j'ai grandi dans l'idée qu'on ne choisissait pas son métier, à moins d'être nés dans des grandes familles fortunées (et encore, j'avais à peu près pigé que dans bien de ces cas-là il y a des héritages à assumer, que c'est une autre façon de manquer de liberté).

Du coup il était à peu près clair pour moi qu'une vie d'adulte sur le temps hors sommeil c'était 80 % de contraintes plus ou moins pénibles, de petites et de grandes corvées et au mieux 20 % d'activités choisies (pas forcément faciles, ça peut être du sport ou de la musique, s'exercer à quelque chose qui nous va, mais qui demande de l'effort).

Il m'aura fallu un bon paquet de rencontres, et que mes enfants soient devenus grands, pour me rendre compte que, du moins en Europe en cette époque-ci (que l'on sent menacée), la vie normale c'est l'inverse, 80 % d'activités choisies et 20 % de trucs qu'on ne fait que parce qu'on ne peut pas faire autrement. La clef de ce miracle : exercer un métier que l'on aime et dans de bonnes conditions.

La condition principale pour le rendre possible : s'accorder le risque de la liberté et soigner dès ses vingt ans sa condition physique autant que faire se peut.

Contrairement à ce que cette société tente de nous inculquer, plus particulièrement aux femmes, afin que l'on claque un max de blé dans toutes sortes de "soins" et produits et trucages, il n'est pas nécessaire de coïncider avec des cannons de beauté. Rien ne vaut tant en terme d'apparence que d'être bien dans sa peau. Les modes ne font que passer.

Après, il faut en plus avoir de la chance, beaucoup. Et ça, ça ne se décide pas. Mais d'être à même de saisir les pistes qui se présentent, si.  

 

(1) Sans se rendre compte qu'avoir cette possibilité (s'en sortir en trimant d'arrache-pied) était déjà un privilège, qu'on vivait une époque favorable et protégée.

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