Sur le sentier de la gentrification
This is the scary day

Veille


     18221749_10210703544637815_2462809358739027453_nComme Alice, je me dis qu'il faut continuer "à prendre des notes pour le futur, quand nous ne comprendrons plus ce qui c'est passé (si tant est que nous le comprenions maintenant, mais au moins nous le vivons)". 

On a réellement assisté à un basculement historique, le moment où après une vaccination de 70 ans opérée par la seconde guerre mondiale, les vieux démons sont revenus et le front républicain s'est fissuré. Nous verrons demain s'il tient encore assez. 

Il y a aussi que le capitalisme sans contre-poids ne s'est plus senti de limites : les petites gens sont pressurés. 
Et que la gauche de gouvernement les a laissé tomber. 
À cela ce sont ajoutées les conséquences migratoires des guerres au Proche Orient, la Syrie plus particulièrement, et la nouvelle vague d'attentats commise au nom d'un Islam dévoyé mais qui recrute très fort parmi les désespérés. Ce qui est nouveau par rapport aux séries d'attentats qui ont précédées dans la fin de l'autre siècle et le début de celui-ci est que les terroristes sont heureux de mourir pour leur cause, si incompréhensible soit-elle pour le reste du monde. Avant il suffisait de surveiller les "colis suspects", et veiller que le trafic d'armes ne concerne pas du trop lourd. À présent n'importe quel passant est potentiellement un type muni d'une ceinture d'explosif et prêt à se faire sauter. En fait n'importe quel type un tantinet exalté peut se monter le bourichon tout seul dans son coin et bondir avec un couteau sur n'importe qui tout en laissant des traces comme quoi il agissait au nom d'Allah. Ça en fait des potentiels dangers.

Cette campagne électorale aura été si folle que je peux comprendre, même si je ne l'éprouverai pas, ce qu'écrit fort joliment Philippe Ridet. Oui nous risquons un contre-coup collectif après cette hystérie. On s'était habitués à ces rebondissements perpétuels et permanents, jusqu'à cet open bar des fake news (l'expression est de @babils) des dernières 24 heures.

Je suis intranquille au point de m'être réveillée après un premier rendors. Plus inquiète de cette crainte générale que lorsque des échéances pénibles concernent ma petite vie only. Tant que je suis actrice de ce qui va avoir lieu, ça ne me perturbe pas : je ferai de mon mieux au moment venu et puis on verra (1). Quand ça concerne un de mes proches (par exemple : une opération prévue) je ne suis pas rassurée mais parviens à intégrer que je ne peux plus rien faire pour tenter d'améliorer l'issu de ce qui doit arriver. Pour un enjeu politique général s'est différent : j'y aurai ma part et ma part de responsabilité. Mais bien insuffisante pour que ça puisse grâce ou à cause de moi bien ou mal tourner. Et puis ce qui va se décider peut obérer l'avenir de millions de gens. 

La journée ? 

Normale : je travaillais à la librairie. Seule. Avec son lot d'étrangetés (la dame à qui le jazz sur FIP donnait la nausée, Vous comprenez je n'ai pas l'habitude d'écouter du jazz ; l'apprenti écrivain par ailleurs cadre sup qui est venu tenter de m'arracher un soutien, n'a eu que quelques conseils de bon sens, qui après tout peut-être lui serviront (2)). Je ferai un bon chiffre d'affaires in fine, mais sans tout à fait sortir d'une sorte de brouillard.
Je suis conscience qu'en ce jour de tension travailler me fait du bien. 

Une cliente achète le livre de chroniques de Roland Garros des années 80. Elle m'explique que son compagnon y était, qu'il avait fait un quart de finale face à Borg ; m'indique finalement son nom (j'ai posé la question sentant qu'elle semblait le souhaiter). Je passe ensuite un moment à chercher. En vain. Mais ça m'aura amusée et rappelé bien des souvenirs. 

Des travaux, prévus et nous étions prévenus, font qu'il n'y a pas un seul train sur la ligne H 

18222591_10210703400514212_6605780762019219278_nComme le bus qui de Montmorency va vers Ermont ne passe qu'à 19h37 et qu'il fait un temps de Toussaint, je décide de passer par Enghien puis marcher jusqu'au 128 ou au RER C station Saint Gratien. 

Je sais que je vais croiser quelqu'un. Mais je n'imaginais pas un seul instant trouver une camarade de ciné-club au bord du lac devant le casino. À faire le point sur des livres d'occasion qu'elle a dénichés en lieu et place d'être au ciné pour une séance qu'elle a de peu manquée. 

Je croise ensuite un couple de mariés qui posent devant le Fouquet's dont Claude m'a parlé la veille au soir.

David me fait rire avec son fail du jour (3)

J'arrive à l'endroit où je pourrais prendre le 138 pile quand le 138 aussi.

L'homme a préparé le dîner mais oublié notre anniversaire. Débouche une bonne bouteille pour se rattraper. Nous en buvons chacun un verre puis, sages, ou trop soucieux, la remettons au frais. Nous sommes trop fatigués, l'un comme l'autre pour profiter du bon.

Je regarde l'épisode 3 de la saison 1 de "Thirteen reasons why". Trop juvénile pour moi mais décidément bien foutue. Et puis ces visions qu'il a comme moi avec mes propres disparus ou morts. Je me sens moins seule. Je pense d'ailleurs beaucoup trop à l'#ancienneamie et #anotherTed en ce moment. La solitude est plus difficile à supporter en cette période tendue, chargée. J'ai même rêvé en marchant que je crosais Ariane Ascaride qui se prenait à m'aider, ne comprenant pas plus que moi ce qui s'était passé mais pigeant qu'il y avait là un versant sombre de quelqu'un qu'elle aimait et dont elle devrait elle aussi se méfier, à moins que d'élucidant le mystère m'y trouver une responsabilité. C'est peut-être elle que j'espérais voir en passant par le casino.

Il aura plu toute la journée ; la reco d'Enghien par mes amis triathlètes a même été annulée. Ainsi que mon retour à vélo. 

Je ne suis pas sujette aux crises d'angoisse, mais je m'y sens au bord. Au bord des larmes aussi. En permanence. 

Une députée s'est effondrée en plein meeting, la veille au soir, et elle est morte. Pourquoi est-ce qu'aux haineux ça n'arrive jamais ?

Je lis un peu (le nouveau livre d'Éric Vuillard et celui d'Ariane Bois). Retrouve trace d'un compte Twitter pour un ami qui s'est effacé peu à peu. Il n'est hélas plus mis à jour depuis quatre ans. Parmi les premiers internautes, et blogueurs, il semble avoir fui.

 

(1) Par chance il s'agit rarement de vie ou de mort.

(2) Et m'a fait découvrir un site d'autopublication au passage.

(3) Un homme qui portant son tuba dans le métro fait fuir involontairement les gens qui croient qu'il va jouer là.

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