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Dernier jour [de travail] là haut

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J'ai réglé mes dettes sous un ciel flamand, j'avais un peu trop craqué sur les derniers livres - comme si je n'allais pas précisément continuer à travailler en librairie, un peu étrange comme comportement - ; reçu mon dernier salaire pour cet emploi-là, qui m'aurait fait tant de bien si la maladie puis le décès de ma mère n'étaient venus nous faire à nouveau sombrer dans les peines et les difficultés. Il m'aura au moins permis de traverser ces épreuves, qui ne sont pas tout à fait finies, restent leur part matérielle, le moins mal possible et de bénéficier d'une proximité géographique troublante : tout se sera passé comme si j'étais retourné dans le Val d'Oise le temps de pouvoir plus facilement aider. Une fois ceci achevé, la vie m'entraîne ailleurs. 

Il y a une cohérence à tenter mon premier triathlon à proximité. Mais celle-ci comporte une part de "volontaire" de "fait exprès". 

Je suis un peu triste de quitter L. et sa petite famille. J'espère que nous trouverons le temps de nous revoir. 

Un peu bizarrement mon dernier moment de librairie sera un fou-rire mal contenu (j'ai dû filer aux toilettes avant qu'il n'explose) devant un homme qui n'est pas quelqu'un que l'on connait, n'achète pas de livres (il n'est donc pas même un client) et qui s'était lancé à nous narrer par le menu son manuscrit, lequel n'était pas sans me rappeler The Walking Deads raconté par un récent et sympathique stagiaire que les péripéties passionnait. Mais il avait 15 ans et le monsieur 60. Et qui bien sûr mettait au premier plan des femmes avec leurs névroses - ah les névroses féminines vues par les hommes, ce méta-poème infini -. Ma remplaçante m'a trouvée bien cruelle envers lui, et c'est là que l'on voit que l'expérience joue.
Restera un regret de n'avoir pas terminé sur du conseil, du bon, du vrai.

Ensuite j'étais en vacances pour une soirée jusqu'au lendemain 10h. Les hasards du calendrier, comme disent les commentateurs, faisaient que j'allais les passer au théâtre. Un voyage comme un autre.

 


Test d'étanchéité

 

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Pour mon avant dernier jour là haut sur la colline, le ciel nous a fait le coup de la grosse grosse drache qui se prépare pour mieux se libérer pile à l'heure de la sortie et n'en faire surtout pas le meilleur moment de la journée-é-euh .

J'avoue, elle a bien fait le métier, ne nous a pas ratées,  20170518_191958

. Comme je ne suis pas née de la dernière pluie, j'avais prévu mon coup, non mais.

Seulement ce fut si fort et si durable, que les équipements furent soumis à rude épreuve.

Un test d'étanchéité de toute efficacité.

Afin de m'en servir pour de prochaines intempéries : 

  • le blouson-veste noir imperméable l'est en pour de vrai, avec une faiblesse toute parisienne aux jointures des épaules.

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  • le sac à dos vélo compatible est assez remarquablement costaud. Il ne fut que vaguement humide sur le haut vers la fin (dernier tronçon Porte de Clichy - maison)

20170518_201237- les anciennes chaussures amphibies, le sont davantage et donc (nettement) moins

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  • la capuche de mon blouson belge (bon sang, quand retournerais-je acheter quelques habits chez le boutiquier hypermnésique ?) était trempée intérieur compris mais dessous mes cheveux étaient restés secs.
  • Ma montre de sport que j'avais oubliée de retirer après l'entraînement de natation, est étanche et l'a encore prouvé 

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Bientôt je n'aurais plus à me préoccuper de la météo que pour le sport et de très courts trajets métro - lieu de destination. Peut-être est-ce cela qui me fera le plus drôle, même si je peux me faire confiance pour me faire drincher lors de parcours que je ferai à vélo.

Je n'ai pu m'empêcher de me souvenir de ce jour de juillet 2012 où j'allais chercher des livres à convoyer et où il pleuvait autant et où par égard pour mon degré de trempage, le chauffage avait été allumé (oui, en juillet).

Curieusement, le fait d'être rentrée douchée, m'a comme dispensée du travail (administratif et ménager) d'en ce moment du soir. Je ne sais pas expliquer pourquoi, un bizarre sentiment du devoir accompli, un comme évident "Ça suffit pour aujourd'hui". 

Alors, au lit !


No, Zollo, proprio no

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J'avais vu passer l'info hier soir en rentrant d'une belle soirée chez Charybde, autour de Manchette.

Je m'étais dis Je suis fatiguée, j'ai mal compris.

Et puis ce matin, j'ai vérifié avant la piscine. Ça se recoupait.

Cédric Villani s'est donc laissé embarquer. Je suis certes reconnaissante à Emmanuel Macron d'avoir saisi la chance que représentait la disqualification du candidat Les Républicains, et d'avoir su rassembler assez pour faire barage au populisme d'extrême droite. Aux yeux du monde extérieur il incarnera mieux la fonction que ses deux prédécesseurs. Je pense qu'on peut au moins lui faire confiance pour ne pas faire honte au pays ni donner de celui-ci une image de contrée de la gaudriole et d'une certaine mollassonnerie.
Bon.
Il n'en demeure pas moins que son programme s'il l'applique présente bien des points très inquiétants pour le bien des communs. Ça sera la Loi Travail en pire. Il y aura sans doute de bonnes choses pragmatiques (sur le programme énergétique ? sur la gestion de certains domaines ?) mais globalement, les petites gens, no illusion, on va en chier. Ça va être un faux renouveau politicien à la sauce entrepreneuriale, ça a d'ailleurs déjà commencé, et ça peut même faire un peu rigoler (1), il n'y a pas que du mauvais. Seulement les plus pauvres et les déjà décrochés vont s'enfoncer.

Alors quand j'ai vu que cet homme que j'admire c'était laissé embringuer par les sirènes du pseudo progrès et de l'ambition personnelle, je me suis sentie comme le professeur de Il portaborse (2), que le jeune politicien brillant et censé être un peu à gauche, a embauché pour lui écrire ses discours, et qui lors d'une réunion de crise rencontre l'élève le plus brillant qu'il a jamais eu devenu avocat et au service de la défense de celui qui est aussi corrompu que d'autres, No, Zollo, proprio no [Hanno Zollo].

(et je me suis vraiment réveillée ce matin en pensant, Ma come vero, come possibile, hanno Zollo ? et j'ai filé vérifier)

 

PS : Si vous avez l'occasion de voir ou revoir ce film, c'est le moment où jamais. V.O. très conseillée car la mise en bouche des discours par Moretti est grandiose. Ce film a 26 ans mais à part l'absence de téléphones portables, de tablettes et d'une abondance d'ordis, il n'a pas pris une ride, au contraire.
PS' : Je n'aimerais pas être à la place de Cédric Villani quand le charme se rompra ; je comprends fort bien que tel le sportif de haut niveau, le chercheur doit prendre soin de passer à autre chose avant d'être confronté trop durement à la baisse de ses capacités. Seulement quels regrets.

 

(1) Valls non investi mais on lui met personne en face.
(2) Le porteur de serviette, Daniele Luchetti, 1991 avec Nanni Morretti génial dans le rôle du politicien et Silvio Orlando formidable dans celui du professeur qui d'abord y croît et est fier de contribuer au succès d'une politique qu'il trouve censée puis dégivre et voit la réalité telle qu'elle est. 


Du mal à aller dormir

 

    Cette semaine charnière pour moi fort chargée présente parmi ses conséquences pratiques directes la caractéristique que pendant de longs paquets d'heures je ne me connecte pas, pas même le temps de jeter un coup d'œil sur le téléfonino. 

Ce qui fait que rentrant au soir tard, souvent après une rencontre littéraire dans la librairie où très bientôt je travaillerai, je tombe en allumant mon ordinateur sur les informations du jour et que c'est proprement hallucinant.

L'une annonce qu'elle arrête la politique, l'autre qu'il est investi par le parti du nouveau président, un troisième se fait jeter avec une fausse faveur [l'illusion d'un renouveau en politique n'aura donc duré que trois jours : les mêmes méthodes sont à l'œuvre, en plus pervers], le président des États-Unis a cru possible de limoger le big boss du FBI parce qu'il mesure plus que 2 mètres parce qu'il sait trop que cette élection a été tripatouillée par les Russes, sans mesurer que ça lui reviendra dans la gueule comme un boomerang lancé sans mesure. Et si ce #russiangate virait en new #watergate ? 
Les-dits russes qui "s'amusent" à asperger leurs opposants d'un produit antiseptique appelé le "brillant vert", le vert étant indélébile et surtout pouvant faire de gros dégâts aux yeux ou sur les muqueuses. Ainsi Alexey Navalny après avoir été victime de l'une de ces attaques ne pourra pas recouvrer la vision d'un de ses yeux avant plusieurs mois. Un journaliste avait diffusé des fiches de police sur les réseaux sociaux du coup une personne travaillant à la SNCF a cru vendre des billets à des présumés terroristes et la gare du nord avait été bloquée lundi soir (par chance j'avais manqué ça, mais bien des gens ont dû avoir bien des soucis pour rentrer chez eux après le boulot).

(entre autres exemples)

J'en ai presque du mal à aller dormir, à contempler toutes ses successions de choses surprenantes, avec la sensation d'un emballement du monde, avec presque un côté burlesque dans l'emballement, si ça n'était pas si inquiétant sur le fond.

Heureusement qu'il nous reste l'humour. Dès que ça peut malgré tout porter à en rire, les internautes y vont. Manuel Valls en a beaucoup fait les frais aujourd'hui. Et c'était dans certains cas réellement hilarant.  


"À voix haute"

film documentaire de Stéphane de Freitas co réalisé par Ladj 

 

Stéphane de Freitas a suivi en 2015 un groupe de candidat du concours éloquentia, concours d'éloquence à Paris VIII en Scène Seins de Nids de leur préparation intensive (en 6 semaine avec différents cours, de l'écriture d'un argumentaire à des improvisaitions théâtrales en passant par du slam) jusqu'au concours lui-même. 

Il se trouve que l'un des candidats EST un acteur, un potentiel futur grand, que le montage, très subtil, intelligent, n'insiste pas sur lui particulièrement, mais qu'on se surprend à guetter ses apparitions. Et que parmi ses camarades beaucoup sont excellents. 

J'avais eu mon attention attirée sur ce film par un touite de Grand Corps Malade , pourtant en pleine promo de son propre film "Patients"

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Je sais que je peux lui faire une confiance aveugle dans bien des domaines, dont celui-ci, et j'ai attendu qu'il passe à l'Eden de Montmorency qui est mon deuxième cinéma après le Méliès de Montreuil pour pouvoir le voir. 

Après ces élections éprouvantes, ça tombait à pic puisqu'il s'agit de la jeunesse de ce pays, et cette vitalité qu'elle a et combien grâce à eux on peut croire à de meilleurs lendemains. On en sort avec une pêche pas possible, la sensation que la relève est assurée, que la France grâce à eux pourra s'en tirer.

On rit beaucoup, le montage est formidable qui permet de passer de l'un à l'autre sans temps morts ni essoufflement. On y apprend (ou réapprend) au passage le martyr d'Ibrahim Qachouch poète syrien que le régime d'Assad fit enlever et assassiner en juillet 2011, et que la parole est un moyen de résister [on le sait mais c'est bon de mesurer à quel point], et qu'il est possible d'en parler, mais compliqué d'en rire.

Attention, la vitalité de ces jeunes est contagieuse. 
Très.

Et puis, Eddy Moniot, retenez son nom. Si la vie ne lui fait pas trop de saloperies, il deviendra un des grands. Et commencez par écouter ses conseils (qui valent d'ailleurs pour l'écriture aussi, pour certains). 

Merci Fabien. 

 

PS : Par ici une belle critique sur France Inter, mais qui attention est plutôt à lire après car il me semble qu'elle en dit un peu trop.

Par là un excellent sujet d'une émission télé sur ce film avec des ITW éclairantes de quelques-uns de ses protagonistes et du réalisateur : 

 Enfin un court sujet sur le cru 2017 

Lire la suite ""À voix haute"" »


Tuba Miror

 

    

L'ami rencontré m'a présenté son ami Tuba, lequel nous a narré un peu plus tard ses mésaventures de métro du temps où il transportait son instrument sans housse, quand des dames venaient lui conseiller d'utiliser Miror pour que son instrument brille mieux et que d'autres venaient avec d'autres conseils et que les gens à cause de l'instrument non habillé lui causaient. J'ai aussi pensé à ce #faildujour de David Meulemans, que je reproduis ici pour le cas où le joueur de Tuba, qui n'a pas facebook, je ne crois pas, viendrait à passer :

Le bénéfice de prendre le métro parisien en dehors des heures de pointe, c'est de pouvoir s'asseoir, étendre ses jambes, et se sentir un peu comme dans un bar à cocktails, bercé par le roulis du train qui court dans la nuit.
Jusqu'au moment où monte un jeune homme avec un tuba géant, et là, la panique saisit tous les voyageurs - cette dame élégante qui saute sur ses escarpins, se jette sur les portes qui se ferment devant elle ; ce jeune cadre qui plonge à la poursuite de dame, sans plus de succès ; ces deux amoureux dont les regards énamourés sont désormais plein de terreur... Après cette cavalcade, et la certitude que toute résistance est futile, que l'espoir est mort - chacun, lentement, lève la tête avec appréhension, vers le musicien, comme le condamné qui jette un dernier coup d’œil au bourreau, avant que ne tombe la hache.
Et là, le tubiste un peu irrité: "non mais oh, j'ai pas prévu d'en jouer, du tuba, je vais à la Cité de la Musique. On se calme, hein. (silence) Non, mais, les gens sont tendus, ces jours-ci!"

Il date du 6 mai à 8h59.

Cette omniprésence des tubas ces temps-ci  ...


Souffler

 

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Après le sur-régime permanent qui est le mien depuis sept mois - fort un week-end de ciné-club à Ménilles en mars -, et passé cette échéance collective redoutable, munie du soulagement électoral, je ne craignais en rien la sensation de vide d'un après de phase intense (1), mais n'éprouvais qu'un grand un immense, un irrépressible, besoin de souffler. 

J'en ai profité pour effectuer quelques tâches ménagères depuis longtemps en souffrance, lire un roman bon (2), me détendre - ça faisait très longtemps - et enfin rencontrer IRL comme on disait, un ami de l'internet, qui jouait dans l'harmonie municipale pour la cérémonie locale du 8 mai (3). 

En plus de cette joie comme la vie en offre parfois - la proximité géographique s'est d'elle-même réalisée et dans un jour de congé qui plus est -, il y avait une cohérence à écouter aujourd'hui une cérémonie du 8 mai avec ses discours de fraternité, d'Europe unie et de "plus jamais ça". 

J'ai aimé que des jeunes y participent, qui ont moins P5081739

 gaffé que leurs aînés (entre l'élue qui parlait de la fin de la guerre il y a soixante ans et le maire qui a bafouillé une capitalisation du III ème Reich le 8 mai 1945), l'ensemble était fort respectueux. La vie publique depuis la veille semblait avoir sauvé son sens. 

L'ensemble m'a permis de mettre en sommeil mon malaise face aux uniformes autres que des équipements sportifs ou de travail (4).

Cette journée pour souffler aura été active et émouvante quand même, in fine.

 

(1) si bien décrite et annoncée dans ce texte de Philippe Ridet (merci @karinetuil de l'avoir relayé)

(2) et délicatement militant, "Dakota song" d'Ariane Bois

(3) Pendant ce temps à moins de 10 kilomètres de là, on Champs Élysées ...

(4) Les vêtements des volontaires de la Croix Rouge semblaient d'ailleurs bien adaptés au froid ambiant.


Livin' in a gangsta's paradise

Power and the money, money and the power
Minute after minute, hour after hour
Everybody's running, but half of them ain't lookin'
It's going on in the kitchen, but I don't know what's cookin'

 

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Bien des réactions souvent très drôles (et très soulagées) de la part de ceux que je fréquente sur les réseaux sociaux. C'est le bref moment où l'on peut se marrer avant que les difficultés ne reprennent. 

Pas plus qu'un autre cet homme élu ne pourra faire de miracles, mais peut-être, qui sait, fera-t-il moins de dégâts que nous ne le craignons, voire mêmes quelques bonnes choses en passant. Je sais assez bien dissocier le sort d'une nation à celui de chaque personne, et il se peut fort qu'un dirigeant qui contribue à mettre les gens de mon niveau social dans les difficultés soit bénéfique au pays, à l'ensemble de cette vaste collectivité. Je ne sais. Je tiens celui-ci pour respectueux de la démocratie (et infiniment plus que son adversaire défaite). Espérons qu'il ne nous décevra pas de ce point de vue là.

En attendant parmi toutes les réactions j'ai envie de conserver trace de celle-ci, de Thibault Brock que je ne crois pas connaître mais qui était relayé sur Twitter par des amis.  Elle tient du trait de génie.

L'original de la composition de Coolio est  et l'intégralité des paroles ici.  Vous avouerez que c'est diablement bien vu.

Il paraît qu'en vrai c'était L'hymne à la joie (note aux lecteurs du futur : c'était l'hymne européen en ces temps-là). Et c'était beau et cohérent comme choix (1). 

 

(1) que la politique soit devenue essentiellement de la com' me peine mais quand le staff de com' d'un-e politicien-ne fait du bon boulot, je sais admirer aussi. 

PS : Pendant qu'on y est, il conviendrait qu'il apprenne à poser un peu sa voix vers les graves s'il veut incarner sa nouvelle fonction, ce nouveau président. Plus de profondeur, davantage de respiration. 

PS' : Même si je ne partage pas tout je suis très d'accord avec ce déroulé de Maître Mo, et, oui, le "côté robotique" me met mal à l'aise aussi.  

PS" : Et là tu t'aperçois que Gangsta's paradise date de 1995 et tu te prends, vlan, un chanmé coup de vieux


Scruter

Je me dis qu'il faut que je m'astreigne à un travail de diariste, même si ma vie en tant que telle présente un très moyen intérêt, que ça sera bien pour d'autres de trouver des traces terre-à-terre de ce moment pour le pays et l'Europe, important. Tant pis si c'est mal écrit (je suis crevée, je sors à peine d'une période de deuils, et par ailleurs tout se superpose, pas de période calme en vue avant juillet bien tassé). Alors donc en rase-mottes : 

    Après le travail, puis un beau retour en vélo dans un froid certain (pas le froid de l'hiver, certes, mais justement, il serait temps qu'on ait enfin un peu de printemps) et un crachin intermittent, avec un petit salut aux joueurs de pétanque au passage (qui participaient à un concours à Charly Pétanque), une douche et un repas bricolé avec ce qu'il y avait (du riz, un reste de burrata), je me suis, croyant lire profondément endormie. J'étais inquiète quant au vote, au résultat. Pas tant sur la victoire de Macron, ou alors seulement à cause du précédent "Trump", que sur un score serré qui légitimerait le renouveau du fascisme. 

Il se trouve que j'ai fait un rêve merveilleux. Pour garder une trace sans donner trop d'intime je tirais que j'y touchais un peu d'argent et en faisais bon usage ce qui me rendait une part de ma vie dont je me sens amputée tout en nous préservant, ma petite famille et moi, pour l'avenir (dans cinq ans, si tout se passe bien, aux futures élections). Ce qui m'a fait une sieste dont je me suis levée avec un bel élan. Je suis sans doute en train peu à peu de m'extirper du syndrome de George Bailey, au moins en rêves pour commencer. 

Je m'étais laissé volontiers recruter pour dépouiller, misant ainsi sur la tactique de l'œil du cyclone. L'avais fait par sens du devoir, aussi, ce qui avait rendu narquois #lefiston . Au bout du compte ce fut un plaisir. Sans suspens aucun puisque des cris de joie à 20h dans la rue ou par des fenêtres ouvertes de l'immeuble dans lequel l'école maternelle où se situait le bureau de vite est sise, nous ont clairement fait comprendre que le fascisme encore cette fois ne passerait pas. Et dans une belle ambiance, nous étions tous là comme des petits citoyens motivés et soucieux que la démocratie perdure, si imparfaite soit-elle. Je retrouvais un de mes voisins et son fils, encore à l'âge où l'on est curieux de participer au monde des grands. Il y avait à notre tablée une jeune électrice. Ça faisait du bien cette motivation là. Sur les deux centaines que nous avons eues à dépouiller Macron faisait 83 à 85 % des voix, et les blancs et nuls étaient plus importants que les votes Le Pen. Autant dire que nous sommes tous, sauf une dame dont le visage portait l'opinion (1), ressortis fiers de notre quartier. Il faut signaler qu'il est encore de forte mixité sociale, d'âges et d'origines et sans doute de confessions et qu'à quelques actes de petite délinquance urbaine près (2), tout se passe plutôt bien. Il n'y a pas de sentiment d'insécurité. Et puis après une belle action militante concertée une friche industrielle n'a pas donné lieu qu'à de la spéculation immobilière, nous avons désormais notre jardin public.

Les bulletins Le Pen étaient pour la plupart pliés en quatre ceux pour Macron en deux (fort 4 sur plus de 80). Peur d'un vote non républicain mal assumé ? Repli sur soi ? Paranoïa ? Je n'ai pas d'explication mais j'aurais pu facilement me faire passer pour un devin (3). 

Un instant j'ai imaginé nos glorieux aînés révolutionnaires faisant un petit tour dans leur futur, notre présent, et constatant émus que leur œuvre même si elle rencontrait quelques difficultés n'était pas morte, pas tout à fait, qu'un esprit perdurait, que le peuple pouvait certes se laisser berner, mais qu'une fois éduqués la plupart des gens savait raisonner. Nous étions les descendants de quelque chose. Les héritiers. 

J'éprouvais une immense gratitude envers les journalistes du Canard Enchaîné grâce auxquels nous avions échappé au second tour Fillon Le Pen qui en janvier semblait assuré. Bien sûr ils ont bénéficié de la complicité du principal intéressé. Et du refus de celui-ci de se retirer (4).

Après tout, ce jeune président tentera peut-être quelques trucs qui se révèleront pas si mal et peut-être qu'il respectera la démocratie. Certainement bien davantage que son adversaire ne l'aurait fait, de ça, on ne peut pas douter. Ce qui l'attend est difficile, je n'aimerais pas être à la place du nouvel élu. Lors de la soirée électorale il a semblé conscient de ce qui l'attendait. C'est déjà ça. 

Nous avons remonté l'avenue tous les trois, le voisin son fils et moi, en devisant paisiblement. Après une campagne longue et éprouvante, ce résultat électoral était un soulagement. Nous étions pour cette fois encore citoyens d'un pays libre et en paix. 

 

(1) Je me suis toujours demandé si le visage peu avenant de certains racistes était cause ou conséquence de leur haine de l'autre. Est-ce parce qu'ils semblent détester le monde entier qu'il leur arrive des trucs qui les confortent dans leurs idées ou est-ce à force de haïr que ça déforme leurs traits ?

(2) Nous en avons été victimes comme d'autres, une voiture qui était ouverte vitre fracturée régulièrement, jusqu'au vol d'une autoradio pourtant antique et dégradée (le bouton de syntonisation des fréquences était cassé et il fonctionnait à cassettes, et nous avons subi un bref cambriolage il y a plusieurs années, avec vol d'un violon que nous n'avons jamais pu remplacer car nous étions mal assurés et que j'ai manqué de ténacité administrative. Des vélos d'enfants ont aussi disparu du local commun (mais les enfants étaient devenus grands sans doute un habitant indélicat se les sera-t-il réappropriés). Je n'écris donc pas dans un esprit de Je ne me rends compte de rien. Je parle en connaissance de cause. 

(3) Je me suis trouvée être celle qui disait à voix haute les noms inscrits et je pouvais presque "prédire" les rares Le Pen avant même qu'ils ne soient dépliés. 
(4) Élu aux primaires à sa place, Juppé serait président à l'heure qu'il est. 


Le fail du jour d'il y a quinze jours et la tactique de l'œil du cyclone

 

    J'aimerais avoir la classe de David Meulemans pour raconter mes #failsdujour (1), en plus que "notre héroïne" ça sonne moins bien que "notre héros", et ça vous a un petit côté produit stupéfiant qui ôte toute crédibilité au propos. 

Mais donc voilà, il y a quinze jours, notre héroïne souhaitant fuir une soirée électorale et des estimations blabla etc. qui risquaient d'être pénibles et désespérantes, avait choisi d'aller au cinéma, impeccable, concentrée sur une histoire, lieu clos et noir, de quoi avoir la paix. Seulement voilà la personne à l'accueil écoutait ladite soirée électorale à fond et en plus il avait fallu patienter avant d'entrer. D'où que j'y avais encore moins échappé qu'en restant à la maison.

J'étais donc bien décidée pour la soirée de ce jour de second tour d'éviter de reproduire mon erreur. Par ailleurs je travaillais le matin, allait rentrer à vélo, l'Homme, lui, participait à un concours [de pétanque], et dans de tel cas qui sait à quelle heure il réapparaîtra (2). Pas de cinéma. Alors que je me demandais quoi faire - partir marcher, alors qu'on risque de croiser des gens exprimant leur dégoût ou leur liesse, et que le temps est à la pluie ne semblait pas une bonne idée -, voilà qu'on m'a proposé de participer au dépouillement. 

J'ai accepté sans barguigner. En effet, en quel endroit mieux que dans l'œil du cyclone a-t-on une chance, une petite chance, d'avoir la paix ?

 [cela dit, nos voisins Belges annoncent déjà l'estimation du résultat] (méfiance quand même) (et d'ailleurs, cela n'aura-t-il pas un effet disuassif ? Crari genre c'est plié je reste chez moi ?)

 

(1) Par ici les siens.

(2) En bon citoyen responsable, il est allé voter dès le matin.