La misère
Trop tard

No Brett any more

Pour moi, bien plus que les James Bond et autres Ivanhoé, Roger Moore était Brett Sinclair, un rendez-vous hebdomadaire pendant un ou deux ans lorsque j'en avais une douzaine (1) que j'avais avec ce type et son pote Dany Wilde et qui me ravissait. 

Le côté gros machos séducteurs me passait complètement à côté, je voyais surtout les amis dissemblables et plein d'humour et aventuriers - ce qui à l'âge que j'avais me semblait être une vie d'adulte de "gens riches" normale - et le schéma immuable : il leur arrive des coups durs, mais en prenant les choses du bon côté, en s'entraidant et en étant plus intelligents que les méchants, on finit toujours par s'en sortir. 

J'ignorais que le doublage en français - à l'époque aucune possibilité de V.O. en France - était un petit chef d'œuvre, Michel Roux et Claude Bertrand s'en donnant à cœur joie et rajoutant des vannes (Ah cette façon qu'avait Tony Curtis doublée d'interpeler son ami, "Sa majesté ...", ou "Son altesse", ce ton gouailleur, j'adorais) et de la complicité. Le côté cou raide et coincé de Roger Moore. Ses façons pince-sans-rire. 

J'adorais. 

Me sont restés, l'épisode où un chef de je ne sais quelle mafia se fait descendre à Cannes (ou quelque chose qui y ressemble, ou Nice, ou Monaco ?) dans un cinéma, celui où Dany achète une maison de campagne à retaper et celui qui était pour moi le plus marquant dans lequel Brett Sinclair se fait enlever et opérer et coller une puce dans le cerveau pour ensuite devenir un tueur après avoir entendu quelque mot déclencheur. Il se retrouvait donc à devoir lutter contre son ami. Ça me vrillait le cœur (1). 

J'adorais ce générique avec les vies parallèles. 

Je ne les trouvais même pas vieux, ni même bling-bling. C'est dire si j'étais embarquée.
Je ne les trouvais pas spécialement beaux, ni moches d'ailleurs. J'étais avant l'âge de la séduction. Ce qui comptait c'était les aventures, le petit suspends, la catharsis - une fois de plus, ils s'en sont tirés -. 

La télé de mes parents était en noir et blanc. Je croyais donc que le feuilleton l'était. Découvrir la série des années plus tard avec la couleur, la couleur vintage de ces années-là m'avait stupéfiée.

Voilà un souvenir d'enfance de plus qui se vitrifie en pur souvenir, les principaux intervenants sont désormais fantômes, c'est un passé désormais lointain. 

Je reste reconnaissante envers ceux qui avaient si bien incarné ses héros qu'on nous accordait et qui ré-enchantaient un quotidien pas difficile mais plutôt âpre. Le feuilleton du samedi, ce moment de la semaine qu'on attendait avec une petite joie anticipative. Ce bref bonheur par procuration. 

 

 

(1) Et ça m'a peut-être sauvée, cette référence qui traînait dans ma construction mentale, d'un cas de forte amitié brutalement renversée lorsque j'ai connu une situation semblable des années plus tard dans ma vie. C'était arrivé à Dany.

 

 

 

 

 

 

(1) C'était sans doute une rediff car je vois sur wikipédia que la première diffusion datait en France d'octobre 1972

PS : Au passage, je découvre ceci 

Capture d’écran 2017-05-23 à 15.55.42

(La vie était moins drôle avant wikipédia)

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