Il existe encore des gens de bonne volonté (quoi que certains de nos concitoyens cherchent à briser)
Late

L'adresse de François Ruffin à Emmanuel Macron (et quelques autres trucs)

 

    "C’est sur cette base rikiki, sur cette légitimité fragile que vous comptez mener vos régressions à marche forcée ? Que ça passe ou ça casse ? Vous êtes haï, monsieur Macron, et je suis inquiet pour mon pays, moins pour ce dimanche soir que pour plus tard, pour dans cinq ans ou avant : que ça bascule vraiment, que la « fracture sociale » ne tourne au déchirement."

Je n'aime pas l'emploi du verbe haïr que je trouve excessif, mais je comprends ici son utilité, une réaction est souhaitée, c'est de bonne guerre d'amplifier. Pour le reste, ce qui est dit est important, fort juste, il ne faut vraiment pas s'il est effectivement élu que ce garçon fasse crari, man, les Français ont souhaité que je réforme la France, ils croient en moi et this kind of bullshit blabla. OK on va être, je l'espère, un gros méchant paquet à voter pour toi, mais ne nous fait pas ton Chirac 2002, c'est seulement parce que ton adversaire est un pur cauchemar pour le pays et pour tous ses gens (quoiqu'elle ait réussi à en persuader du contraire quelques millions et à rallier les plus immorales ambitions).

Bref, François Rufin dit tout ça mieux que moi : 

"Lettre ouverte à un futur président déjà haï

PS : après, et pour avoir beaucoup discuté avec beaucoup de connaissances et d'amis divers ces jours-ci je crois que mon absence de craintes envers Macron vient d'un pessimisme et d'une lucidité : selon mon expérience de terrain de quelqu'un qui a traversé plusieurs milieux pro, et qui a vu dans les années 90 l'introduction de la morcellisation des contrats de travail (en un même lieu pour une même grosse entreprise, tant de types de contrats différents dont beaucoup de prestations externes ce qui intègre totalement la jetabilité de qui vient travailler), le faux confort du télétravail (si tu veux t'en sortir, tu y engloutis bien plus que tu ne le crois de ta vie), je crois que le libéralisme est déjà bien installé. OK il reste des textes protecteurs, mais ils ne concernent plus tant de monde en fait.

Typiquement, en 2013 du fait d'un licenciement économique j'ai eu de facto un mois de congés. J'ai eu trois semaines en juillet 2015 mais j'étais blessée - je n'ai pas voulu me mettre en arrêt maladie alors que j'étais en congés, peut-être suis-je bête -. Depuis j'ai perdu et recherché et retrouvé du travail et je m'apprête à nouveau à en changer ; j'ai beaucoup de chance, j'aime mon métier tel qu'on peut encore (mais pour combien de temps ?) l'exercer et ne me plains pas. Il n'empêche que si le droit du travail est bien resté à 5 semaines de congés payés, je n'en sais rien depuis l'été 2008. Un nombre certain de mes amis sont dans des cas similaires. Se reposent un peu lors d'intercontrats. Et encore, sans cesser d'être joignables.

Les 35 heures ? Je ne connais personne qui les pratique vraiment. Plein de gens font des heures sup non déclarées, c'est l'usage, de toutes façons de nos jours même pour faire caissier de supermarché il faut démontré qu'on est "impliqués". La retraite ? Parlons-en. Pour qui est né après 1961 et a fait bac + 5 soit une arrivée sur le marché du travail vers 24 ans, elle est d'ores et déjà à 67 ans pour un taux plein, pas moins. Si vous doutez de ce que j'avance demandez auprès de la caisse de retraite votre propre relevé.
Bref, en pratique, les choses ont déjà changé. Pas de façon frontale, mais souterraine, chacun pensant que les autres ont encore tous leurs droits alors que plus grand monde ne les a.

Ce qui nous reste encore : la sécurité sociale qui en cas de maladie grave prend encore en charge - et pour avoir vu en cinq mois ce que ça donnait pour deux ascendants à présents morts, et pour avoir deux malades chroniques d'un truc assez sérieux à la maison, et que ça vous tombe dessus et il faut faire avec, je suis très bien placée pour savoir que les sommes en jeu, si on devait tout payer ça passerait pas ; les assurances privées, elles, trouvent toujours un moyen de se défausser et font de toutes façons payer très cher, le risque que l'on est -, et l'indemnisation du chômage les en gros deux premières années après la perte d'emploi lorsqu'on avait travaillé suffisamment avant. Pour m'être retrouvée deux mois et demi dans un cas de chômage non indemnisé, je peux attester que sans ce secours il est très très difficile de se retourner (1) et que le manque d'argent creuse lui-même un manque encore plus grand (même en se privant de presque tout).

Bref, beaucoup de choses sont déjà de facto perdues et il va falloir se battre pour préserver ce qui nous permet de tenir encore. Je rêve d'un monde où qui travaillerait normalement pourrait se nourrir se loger se vêtir se soigner. Et qui serait encore jeune et désireux d'étudier ou malade ou âgé pourrait avoir de quoi en faire autant, par solidarité sociale.

 

(1) J'étais privilégiée : pas seule et logement assuré. Mais j'ai bien entrevu le gouffre que ç'eût pu être.


 

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