Tu remarques
Interlude

vendredi 21 avril 2017 (diario (parfois c'est comme ça))

 

    Il faut faire des démarches administratives et potentiellement un déménagement, après un décès. C'est le matin pour avancer. Il faut le faire et tu le fais.

Ça se passe pour le mieux, même si tu comprends que compte tenu des impôts potentiels et des frais il ne restera rien, qu'une petite maison normande à ton nom et pour le reste toute sorte de frais dont tu te demanderas, même dans le meilleur des cas - l'homme aurait du travail, le tien serait payé avec régularité - comment parvenir à y arriver, chaque mois.

Le bureau est le même qu'il y a douze ans, la dame en face de toi aussi, elle a fait un truc avec sa couleur de cheveux mais pour le reste la même. Efficace, chaleureuse par moments, cassante à d'autres. Reviennent les souvenirs de l'époque, je soutenais ma mère qui s'était efforcée de faire face très bien, même si je la sentais parfois perdue, n'osant pas trop demander. 
Je m'en allais une fois tout signé par le train, gare du Nord via Ermont, chez #lancienneamie alors très proche. J'y retrouvais une autre personne et à trois, quatre un peu plus tard, nous avions fait toutes les relectures du livre "100 jours sans" édité sous l'égide d'Actes Sud au profit du comité de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun. 
Au passage j'avais acheté ce que j'espérais être une bonne bouteille à un marchand du marché couvert près duquel existait l'Île Lettrée. L'amie nous avait préparé à manger. Je me souviens de la bonne salade, de son efficacité. De notre extrême concentration au travail et qu'il faisait beau. Lucie était passée. 
Alors le moment difficile, l'officialisation définitive de la mort du père, s'était trouvé enrobée par l'activité militante, la chaleur de l'amitié, cet appartement où je me sentais chez moi comme je ne me suis jamais aussi bien sentie chez moi (1), la sensation si puissante d'être la bonne personne utile au bon endroit. Et puis le cœur étreint comme nous l'avions pour les otages, cette conscience qu'à chaque instant un message, un appel téléphonique, pouvaient indiquer une délivrance ou une tragédie.
La prise de conscience aussi, qu'à force d'aider les autres j'étais devenue une relectrice aguerrie. L'oubli absolu de mon job alimentaire de l'époque, comme si je pouvais tout au plus considérer deux cases : en l'occurrence ce jour-là, administration familiale et activités pour le Comité.
Il faisait beau.

Aujourd'hui aussi. 
Seulement en guise de suite, repasser chez moi, passer des coups de fils d'assurance, envoyer des messages pour toutes ces choses requises. Manger sur le pouce. Filer travailler.

Un jour comme aujourd'hui je savoure à son prix de pouvoir aimer mon métier.

L'après-midi passe. Vite. 

Tu dis un truc pour dire une bêtise et faire rire qui est là. Vérifications faites : ta boutade n'était autre que la réalité [éthymologie du mot plouc]. #oupsIdiditagain 

Tu apprends une mauvaise nouvelle. Le soir même une autre personne te confiera la même mauvaise nouvelle la concernant. Presque en les mêmes mots.
Du coup tu ne rentres pas chez toi au soir, sans appréhension. Épidémie de such bad news ?
Pour avoir connu bien des hauts et des bas tu sais qu'il s'agit surtout de périodes difficiles transitoires destinées à déboucher sur du bon, voire du bien meilleur, ultérieurement. Mais sur le moment, que faire ? Comment survivre à ces souffrances ? Comment survivre au flot de problèmes induits ?

Une soirée autour de Décor Daguerre, d'Anne Savelli. Un régal pour la partie que j'en ai suivie (2). Un doux moment entre amis. 
Le corps signale soudain qu'il lui reste juste assez de batterie pour assurer le retour. 

Demain sera à nouveau jour plein.

Le vieil ami me concède un demi conseil électoral, mais qui me laisse à mes hésitations. La sensation que l'attentat ciblé de la veille n'était qu'un coup d'envoi. Pourquoi se priveraient-ils de l'écho d'amplification que donne la campagne électorale à tout ce qui survient ?

Je me régale du nouveau livre, enfin entre mes mains (3). En quelques pages déjà il me console du monde.

Il est trop tôt tard. Mais trop vite.
Le lit m'attend.

 

 

(1) sauf peut-être longtemps plus tard dans la maison maigre de la rue H. van Zuylen, là-haut.
(2) venir de la colline fait manquer les débuts de tout. 
(3) un envoi postal s'est égaré.

Commentaires