Le cumul des temps contraints
vendredi 21 avril 2017 (diario (parfois c'est comme ça))

Tu remarques

 

    Vous rentrez d'une soirée littéraire, pendant celle-ci les téléphones éteints ou silencieux, et juste jeter un coup d'œil en repartant, si d'aventure un message perso. Mais rien.
Vous ne traînez pas, du travail (administratif) t'attend à la maison, ligne 14 puis à Satin Lazare un train. Vous parlez de Karsten Dümmel qui vous a fait forte impression. C'était l'auteur invité.

Les transports ne sont pas très plein, et tu te fais la réflexion que sans doute les gens regardent la soirée de présentation électorale. À la gare, le train a du retard, beaucoup de monde sous les panneaux proche des quais potentiellement concernés par son arrivée.

Des militaires en patrouille, comme on a fini par s'y habituer. Celui qui t'accompagne remarque leur présence, Ils sont nombreux. Pour ta part, ça n'est pas remarquable, tu circules beaucoup en transports en commun, en cette période électorale de tous les dangers tu as déjà remarqué qu'ils étaient plus nombreux que le déjà plus nombreux de l'après 7 janvier [2015]. Ce qui te frappe c'est leur formation, au lieu d'évoluer en petit groupe qui marche ils se sont postés aux angles. Comme si la petite foule des voyageurs aux nez en l'air vers les panneaux était à surveiller. Un des plus jeune est aux aguets comme un animal traqué. Tu remarques que la foule est inhabituellement silencieuse pour une foule de fin de soirée ; pas de petit groupe rigolard qui a un peu trop arrosé une occasion ou une autre de festoyer. Pas de mendiants. Lien de cause à effet avec la forte présence de soldats ? Tu remarques que la plupart des gens sont au téléphone. D'accord le train a cinq minutes de retard et il n'y en aura pas beaucoup d'autres avant le lendemain après celui-là, mais ce besoin qu'on les gens de nos jours dès qu'ils bougent de dire on arrive et de paraphraser en permanence leur propre vie, c'est quelque chose ! "J'attends le train devant le quai 2" précise même une jeune femme. "Il arrive, là, ne t'inquiète pas" précise-t-elle peu après.
Les gens sont calmes, rapides (pour compenser le léger retard ?), tu remarques une certaine fluidité, comme si chacun se hâtait, pressé d'en finir avec cette journée. Tu penses alors que le retour du froid après ce qui ressemblait à un beau démarrage de printemps n'a pas usé que toi.

Tu remarques, tu remarques tout ça.

À peine assis, d'un accord tacite, vous vous plongez dans les ouvrages fraîchement achetés ; sommeil ou boulot administratif, il n'y aura pas réellement de temps de lecture après. Donc pas de téléphone consulté.

C'est en arrivant à la maison que tu comprendras, votre fille soulagée que vous rentriez, elle dit "Sur les Champs Élysées un policier a été tué".

Alors tu te renseignes, tu lis, et tu comprends enfin le sens de tout ce que tu avais remarqué sans être capable, alors que tu y avais pensé en début de soirée, ce risque, ces jours-ci, de rassembler A + B.

Triste époque. 

(Et le pire reste en risque : quelque chose contre une foule, comme on l'a déjà vu)

Article plus complet par ici (Le Monde) avec l'intéressant et très précis témoignage d'un témoin (les véhicules les armes, les enseignes des magasins, il est au taquet - j'admire qu'il en soit capable comme ça juste après, pas un gramme de panique, grande lucidité -)

 

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