Imagine how superior you can feel ...
Dans la série je comprends vite mais je mets longtemps

Indécise

 

    Toute ma vie d'électrice, fors à des premiers tours d'élections locales, je l'aurai passée à voter pour un "moins pire" ; quelqu'un dont le programme ou les promesses ne me faisaient pas plus rêver que ça, mais dont je considérais que la présence serait pour le bien commun et notre art de vivre ensemble le bien moins pire. 

Ces présidentielles s'annoncent pour moi de la plus grande difficulté : je ne sais pour qui au premier tour, voter.

Je crains, très fort, très violemment, tout en espérant tout aussi fort me tromper, un ras-de-marée pour Le Pen, sur fond de désespoir de gens qui n'en peuvent plus de ne pas s'en sortir, qui ont un peu cru en les "moi président" de Hollande, lequel s'est appliqué à faire quasi tout le contraire de ce qu'il avait annoncé et qui ne voient plus pour fenêtre d'espoir que cette fausse blonde qui leur dit que du fait même d'être Français ils auront pour quelques subsides la priorité. Les effets catastrophiques des populismes d'extrême droite qui ont conduit l'Europe au siècle dernier à la seconde guerre mondiale sont désormais suffisamment loin dans la mémoire collective pour que les mêmes cause (grande crise économique, appauvrissement des pauvres gens), conduisent aux mêmes tentations : celui qui promet de "nous" sauver en fédérant sur le dos d'un ou des méchants, nécessairement l'étranger.

Ce qui diffère des autres fois c'est que la droite censément "classique" celle qui il n'y a pas si longtemps présentait en socle commun de défendre des valeurs républicaines en tout cas en annonces, celle qui permettait en 2002 à tout citoyen de pouvoir voter pour un Chirac sans partager ses opinions mais au moins cette base, pour des raisons électoralistes ne cache plus sa contamination aux idées de la première.
Il se trouve que par dessus le marché le candidat que les primaires ont désigné pour le parti majoritaire de cette tendance s'est avéré totalement blindé de détournements de fonds publics, et diverses pratiques peu reluisantes, qui de facto devraient éloigner de lui tout électeur précisément attaché aux valeurs de probité que le candidat mettait en avant aux débuts de sa campagne. Après quand même un peu moins, bizarrement.

Alors ça devient très important de déterminer qui sera au second tour, ça n'est pas du tout un enjeu dont on peut estimer que ça ne changera pas grand chose pour le commun des gens, rien d'un Mitterrand Giscard ou Mitterrand Chirac dont on savait même si on allait passer sept ans à rouspéter si l'élu n'était pas celui de notre choix, qu'ils ne foutraient pas tout en l'air, qu'ils ne mèneraient pas le pays à la guerre civile ni à la guerre tout court (fors circonstances internationales très dramatiques), qu'ils éviteraient la famine et les pillages. Et qu'ils ne nous feraient pas honte [encore que : les avions renifleurs, on s'était sentis bêtes], même s'ils nous mettraient en colère par certaines décisions.

C'est là que je tombe personnellement dans la plus grande indécision.

Pas une indécision de programme, ça non. Je sais très bien vers qui irait mon vote si je (ne) tiens compte (que) de mes valeurs et de mon raisonnement, celui dont le projet me semble pour l'ensemble d'entre nous le plus pertinent.

Une indécision de cœur, un peu, car il y a un candidat que je trouve formidable et pour lequel j'aimerais bien voter. Sa présence me fait du bien. J'ai l'impression qu'il est là pour de bonnes raisons. Qu'il est prêt à défendre vraiment les gens. 
Son programme hélas, ne correspond guère au monde tel qu'il est ni aux humains tels qu'ils sont. Je suis très tentée de voter pour lui afin qu'il ait ses frais de campagne remboursés, si nous sommes nombreux à faire ce geste envers son courage et son honnêteté.

Et une indécision stratégique, compte tenu du contexte particulier, celle de voter pour celui qui s'éloigne le moins de mes convictions parmi ceux qui semblent éligibles à un second tour. Histoire de ne pas me retrouver alors à devoir faire un choix Peste ou Choléra.

Alors bien sûr les amis, ceux de mes amis pour lesquels un éligible au second tour avait de toutes façons leur préférence, tentent de me ramener vers leur choix. C'est juste que ça ne marche pas. Je pourrais tout au mieux me laisser influencer par un amoureux. J'étais prête à me laisser influencer par #lancienneamie , sachant qu'aujourd'hui ses paroles résonneraient sans doute moins pour moi, puisqu'elle fait partie des solides bourgeois. Je peux imaginer qu'elle votera utile et que voter utile signifiera pour elle voter Macron (dès le premier tour, je veux dire, afin qu'il prenne place au second), sans être dupe de la com' à tout va.
Rien à attendre de ce côté là.

J'attends toujours un argument de type "Truc auquel je n'avais pas du tout pensé" et qui fait que du coup mon choix deviendra évident. Ou que le second tour pour une raison ou pour une autre semblera soudain suffisamment "safe" pour que je puisse, comme beaucoup d'autres, m'accorder au premier un choix selon mes propres convictions.

Je crains bien sûr, des attentats. Qui viendraient encore et encore renforcer le ramassage de haines entrepris par la droite extrême et l'extrême droite, et si pratique pour faire oublier (tenter de) leurs malversations. 

Mais quelles que soient les circonstances, ce qui a complètement changé par rapport à mes débuts d'électrice c'est que désormais le socle commun n'y est plus. Jadis, les analyses sur la situation du pays étaient semblables, les buts à atteindre partagés ; en revanche variaient, parfois du tout au tout, les mesures présentées pour tenter de les atteindre. 

À présent ce sont ces analyses et ces buts même qui divergent d'entrée. Ce qu'un Fillon ou une Le Pen mettent en avant comme un péril, afin de rassembler leurs électeurs pour les en protéger, est le plus souvent ce que je trouve au contraire souhaitable et très bien, favorable au pays et comme devant être réalisé. 
On en est à ce niveau même de divergence.

J'ai honte aussi, pour ce pays, dont deux des principaux candidats devraient, pour ce dont on les accuse et qui, quoi qu'ils prétendent n'est pas sans fondement, être tout simplement en prison. Du train ou vont les choses je crains qu'ils n'y aillent ni l'un ni l'autre, se protégeant par l'une ou l'autre immunité de l'un de leurs mandats, ou par des arguties juridiques tandis que plongeront des personnes de leur entourage (1).

Une seule certitude : j'irai voter et au premier tour je ne voterai pas blanc. Sauf cas de force majeure j'irai également voter au second.

 

(1) Rappelez-vous parmi tant d'autres l'affaire Balkany Schuller ; l'un a plongé, l'autre s'est faufilé entre les mailles du filet.

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