Parfois la vie c'est bien foutu (mais il faut vite en profiter parce que ça ne dure pas)
Deux réponses à des questions triviales que je ne m'étais pas (ou à peine) posées

L'art et la manière de passer à côté d'une soirée théâtre (alors que le spectacle est bien)


    Avec quelques amies, elles aussi abonnées, nous allions au Rond Point voir "Je crois en un seul dieu" de Stefano Massini, interprété par Rachida Brakni.

Il s'agit de trois portraits entrecroisés, l'actrice jouant sans costume particulier, sans en changer (un pantalon et des chaussures noires, un chemisier dégradé du noir au gris clair) et dans un décor minimaliste (très réussi) les trois personnes. Seules ses attitudes, et le timbre de sa voix, ainsi que les paroles prononcées permettent de savoir laquelle parle. en un instant donné. 
Il s'agit de la préparation d'un attentat à Tel Aviv. Il y a la future martyre volontaire, palestinienne, une professeure d'histoire, israëlienne, et un-e soldat-e américain-e (en écrivant à présent je me rends compte que je n'ai pas capté s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme et que ça importait peu). C'était bien fait quoiqu'un peu longuet (1h40) et avec des procédés de répétitions, dialogue intérieur. Belle performance d'actrice. 

Seulement voilà.

La réception d'une pièce de théâtre, d'un spectacle ne dépend pas que de la qualité ou l'intérêt de celui-ci, il dépend aussi des conditions dans lesquelles nous (spectateurs) sommes. C'est l'évidence même, mais cependant ce fut rarement le cas comme ce soir pour moi.

À un moment la professeure d'histoire, une militante de la paix (de l'espoir de paix ?) se trouve rescapée d'un premier attentat. Elle en hérite d'un syndrome post-traumatique qui lui envoie de solides cauchemars. 

Il y a donc un moment qui représente ses nuits hachées de visions d'horreur, de scène revécue alors qu'elle dort. À ce moment je commençais déjà sérieusement à subir le contrecoup de ma journée (de travail) (normale mais à temps complet), seulement voir un personnage qui cherchait en vain le sommeil, avec mon esprit secourable, ça n'a pas raté : je l'ai trouvé.

Le début de mon rêve était en parfaite cohérence : j'étais moi-même, mais à Paris, témoin épargné d'un attentat à la bombe à une terrasse de café. En fait mon esprit suivait sans doute en le délocalisant, ce que le personnage disait. Sous le choc, une sorte de vieil automatisme s'enclenchait et comme nous étions près de la Gare du Nord, je prenais un billet puis le train pour Bruxelles. Comme si je rentrais chez moi m'abriter. Une fois sur place et après avoir regagné "mon" ancien quartier, je me réveillais, en quelque sorte et me demandais pourquoi j'étais là, comment j'y étais arrivée (le voyage lui-même s'était effacé). Et puis les gens me regardaient bizarrement : vêtements légèrement déchirés, traces de sang (pas le mien, des projections). Je ne savais plus quelle était l'époque, et tentais de joindre des amis qui n'y habitaient plus. J'arrivais entre temps aux abords du centre culturel d'Uccle, où j'ai cru revivre il y a neuf ans, entrait assister à une sorte de lecture-spectacle faite par des jeunes, et retrouvais parmi les spectateurs l'un des garçons, devenu adulte entre temps. Voyant que je n'étais pas dans mon assiette et au courant de l'actualité, il comprenait ce qui s'était passé et prenait soin de moi, jusqu'à m'accompagner là où l'on pourrait m'aider.
Je crois que j'ai refait surface au moment où mon songe personnel, qui partait vers un beau rêve, a commencé à trop diverger du texte déclamé. Dommage, ai-je regretté.

Je ne suis pas mécontente de ma soirée, les moments bien écoutés étaient forts intéressants et ce rêve m'a fait un bien fou, même s'il m'inquiète un peu. Après tout je dois au spectacle de me l'avoir offert.

Il n'en demeure pas moins que pour une autre fois, il serait préférable d'éviter de trop perfectionner l'art de rater sa soirée [théâtre] : 

 - éviter d'aller voir une pièce au sujet d'attentats deux jours à peine après l'un d'eux ;
 - éviter de prendre un horaire trop proche de la fin de la journée de travail : la cavalcade pour arriver à l'heure se paie en fatigue pendant le spectacle (1) ;
 - quand on y va en groupe et qu'une partie du plaisir est de se retrouver entre ami-e-s éviter aussi les horaires trop serrés qui empêchent d'aller boire un coup (en arrivant ou en repartant) ; 
 - éviter d'être éparpillé-e-s dans la salle (attention au moment des réservations) car sinon à quoi bon y aller à cette date précise si c'est pour y être comme seule ; en plus que du coup personne n'est là pour si l'on s'endort nous empêcher de ronfler (c'est ce que je crains d'avoir fait) ;
  - éviter d'aller voir des performances, privilégier les pièces à plusieurs acteurs, de facture plus classique et qui cherche à intéresser le spectateur autrement qu'en accomplissant un exploit ; je suis un peu allergique à l'exploit, en fait, moi. Ça me fatigue et pour éviter de voir toute son énergie être absorbée mon corps se met en décrochement. 

Bon, on fera mieux la prochaine fois. 

 

 

 

 

(1) Il se trouve que la ligne H avait des ennuis, j'ai donc dû attraper au vol un train pour Ermont puis passer par Satin Lazare (battu mon records de vitesse du changement : 1') puis la 9 et arriver à l'heure mais au prix d'une débauche d'efforts. 

 

 

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