Les bonheurs de Sophie
L'hospitalisation à domicile en pratique (billet à compléter)

Seront-ils tous tristes, désormais (nos 7 janvier) ?

 

    L'an passé, la journée s'était arrangée pour être tellement chargée, avec une fuite d'eau spectaculaire et l'intervention grâce à moi en urgence d'un plombier, la résolution d'une partie du mystère des chaussettes invisibles puis les activités habituelles, que je n'avais guère eu le temps de trop songer à la date - même si des pensées pour l'ami assassiné et ses collègues avaient occupés chaque moment non urgent -. 

Cette année où finalement même si c'est dans le dur, le sombre, ma vie est davantage stabilisée, la peine a commencé son travail de sape dès la veille au soir. Je me sentais sous l'emprise d'une profonde tristesse puis j'ai pris conscience de la date et que l'anniversaire effrayant que ça préludait.

J'ai à peu près passé la journée à éviter de pleurer. Mis un point d'honneur à vendre notre exemplaire de l'anthologie des dessins politiques d'Honoré, sans pour autant raconter ma vie. Trouvé pour le midi un restautant Japonais, bon et désert où j'aurais pu à l'abri des regards me laisser aller - évidemment à ce moment précis, occupée à écrire et (bien) manger, ça allait -. Failli craquer sur le chemin du retour entre des appels croisés avec Famille Services puis l'homme de la maison et qu'au bout du compte il m'engueulait moi parce que le boitier pose problème (et quelque chose comme : c'était de ma faute si les personnes envoyées n'étaient pas capables de l'ouvrir). Me suis réfugiée dans un livre à lire "pour le travail" (1). Ai tenté de joindre un vieil ami (qui n'a pas répondu). Reçu un message plein de sollicitude d'un autre. Et ça m'a fait du bien. De la même façon qu'alors qu'il n'y a aucun mérite (c'est une inscription sur un site, en aucun cas une sélection) m'a réjouie mon inscription au triathlon XS d'Enghien. Et le passage de certains parmi les plus sympathiques de nos clients. Ainsi qu'une pinte de rire partagée au sujet du grand retour de Chantal Goya.

Mais voilà, le sombre restait. 

Je me suis souvenue d'un conseil de mon fiston datant déjà d'un an :

Capture d’écran 2017-01-07 à 23.05.39Alors j'essaie.

J'essaie de dire que durant 6 années, le 7 janvier fut avant tout l'anniversaire de celle qui est désormais "l'ancienne amie" (je l'avais rencontrée en février donc l'année de notre rencontre son anniversaire n'avait pas compté). Puis il y eut le 7 janvier 2005, et ce matin-là apprendre l'enlèvement de Florence Aubenas. Lequel remontait au mercredi, mais il avait fallu le temps que le journal signale ou confirme. Puis il y eut le 7 janvier 2006, et penser Bon sang, il y a un an. Les 7 janvier suivant penser à l'amie qui n'était plus mon amie et le vide qu'elle laissait. Et le 7 janvier 2015 avoir à peine eu le temps de songer, Bon sang, dix ans. Dix ans que ma vie est entrée dans un tourbillon, que l'attentat à Charlie Hebdo était annoncé et que l'enchaînement des circonstances des trois jours suivants ont encore fait basculer nos vies dans un autre niveau, le monde était devenu différent. Et pas seulement sa perception. Un message reçu le 8 m'avait ensuite fait vaciller - alors que j'étais sous le choc, nous l'étions tous -, qui dépassait l'entendement par son indélicatesse, son indécence et sa stupidité. 
Deux ans plus tard le sentiment de solitude est plus fort que jamais. Les sensations d'irréalité ont disparu. Les morts ont eu plus que le temps de se confirmer dans nos existences. Les instants d'oubli (2) se sont fait plus rares, les présences fantômes pas moins (3).

Une sorte de larme sombre se forme sous ma paupière gauche, comme si cette soudaine anomalie de pigmentation était significative.

Je me demande si le cours de la vie, celle qu'on croyait "normale" un jour reprendra. Je me demande s'ils seront tous tristes, désormais, nos 7 janvier.

(Et pourtant bon anniversaire à l'ancienne amie si elle venait à passer par ici ; ce furent jadis de belles années)

 

(1) Aveu de faiblesses de Frédéric Viguier
(
2) Ces instants, vous savez, où l'on a le temps de se dire, Il faudrait que je lui en parle ça pourrait l'intéresser (ou : le faire rire) (ou, dans le cas d'Honoré : lui servir de point de départ pour un dessin), avant que ça ne revienne, Bon sang, mais non, il n'est définitivement plus là.
J'ai eu le cas fort longtemps avec Bashung, me dire, Tiens, ça fait longtemps qu'il n'a pas sorti de disque et puis me (re)souvenir qu'il n'y en aurait plus. 
(3) Ces moments où par exemple on a l'impression que nos chers disparus sont encore un peu là. Où l'on se remémore une inflexion, une expression, le timbre de leur voix.

PS : Via Kozlika ce qui pourrait être le plus beau film pour des chaussures de course jamais réalisé (Eugen Merher)

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(ce qui rejoint ce qui me propulse à chaque entraînement : j'en profite tant que peux encore, si ça tombe comme pour, ... non rien, ça s'arrêtera d'un seul coup, une forme d'inéligibilité) 

 

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