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La fièvre et la mémoire

 

    La fièvre - gros rhume - fait faire des rêves bizarres, il y avait un président aux États Unis qui était un genre de clown pas drôle, une sorte de Michel Leeb avec des sketchs racistes. mais par moment la fièvre refluait et j'étais au bord de me réveiller, bien sûr la fièvre c'est n'importe quoi, le président des États-Unis c'est Barack Obama (et je revoyais des photos qui devenaient la réalité, qui étaient la réalité). À un moment un de mes propres éternuements m'a totalement réveillée. Je me suis alors rendue compte que le cauchemar de mon rêve était la réalité et que ce que je croyais être la réalité était le passé.

Comme je n'étais pas en état de lire, j'ai tenté de revoir l'un de mes films de chevet. Comme je m'endormais, toussais, devais "rembobiner" ça m'a pris l'après-midi, mais c'était intéressant. Je suis devenue trop cinéphile (snob ?) pour l'apprécier à fond : il est très scolaire, les effets soulignés par la musique, certaines choses, pas mal de choses, archi-convenues. Et ce que je trouvais les meilleures scènes, je veux dire les meilleurs choix de mise en scène, je me suis rendue compte qu'ils étaient passablement inspirés par les options de Tarkovski. Il n'empêche que c'est du bon, du très bon travail de cinéma grand public, intelligent, avec une remarquable qualité de reconstitution des époques successives, et que l'histoire racontée du passé qui travaille une personne même longtemps après, même alors que la personne croit aller bien, m'intéresse toujours autant. 

Je pense à tous ceux dont les traumatismes nés de la guerre n'ont pas été traités - en ces temps-là on n'y songeait pas -, et comment ils s'en sont trouvés rattrapés. Le personnage du jeune Anton a l'âge de ma mère. 

Ce qui est aussi très bien vu c'est la façon dont la vie, à mesure, nous fournit les clefs de ce que l'on a vécu sans comprendre. Et même si l'explication fait mal, elle permet de mettre fin à la souffrance du doute et des questions qui nous tourmentent et tournent lorsqu'un malheur a eu lieu.

Ce film est en passant un excellent exemple d'un cas d'apparences trompeuses.

On peut espéré qu'une fois délivré de l'énigme, alors il guérira. 

La fièvre donnant aussi parfois des idées incongrues, je me suis demandée ce qu'était devenu le garçon qui jouait si bien l'adolescent épouvanté, j'ai donc cherché Marc van Uchelen dans les moteurs de recherche et j'ai découvert (ou re ?) qu'il avait effectivement continué, que ça n'avait pas été un coup de hasard de ressemblance et qu'après il arrête de jouer, et qu'il avait également réalisé des films. J'ai appris du même coup qu'il était mort à 42 ans, qu'il s'était suicidé le 1er juin 2013, laissant derrière lui une épouse et deux enfants encore petits. J'étais triste. Le jeune acteur du film semblait si prometteur. Il n'avait sans doute pas encore apporté tout ce qu'il aurait pu, tout ce qu'il avait le niveau d'accomplir.

Je suis restée perplexe : j'ignore absolument, à moins d'aller farfouiller dans mes archives perso, quelques billets de blogs, un diario - ce que je suis bien incapable de faire ce soir : dès ce billet achevé je retourne me coucher -, si je l'avais su ou non. C'est typiquement le genre d'éléments qu'une rupture subie brutale peut effacer de la mémoire, surtout si par ailleurs elle est suivie de la fin d'un emploi où l'on était heureux. Il se peut aussi que pendant l'essentiel des jours de ce mois de juin pour moi si fatidique : la fin bien malgré moi d'une période qui avait été la moins malheureuse de ma vie, je n'avais rien suivi de l'actualité ou presque. Contente que le 17 mai 2013 ait enfin été promulguée la loi qui permettait à qui voulait de se marier, sans plus de discrimination, j'avais certainement cessé de suivre, saturée après les combats des derniers mois et ensuite, à partir du 9 juin, trop abattue par mes propres difficultés.

La question me fascine de la façon dont on perçoit une époque à travers le prisme de ce qu'on est en train d'y vivre (ou de ne plus y vivre) sur le plan personnel et privé.

En plus j'écris ceci un soir d'une journée de retrait total du monde pour cause de santé attaquée. Et même si j'ai suivi qu'un présidentiable avait pour sa femme usé et abusé de l'argent du contribuable, toutes les rumeurs du monde me sont parvenues de manière très lointaine, atténuée. Mon travail du jour aura été principalement de respirer. 

Il serait grand temps que je surmonte mes deuils, le prochain s'annonce compliqué. Et l'ensemble du monde est plus redoutable par ici qu'il ne l'avait depuis longtemps été.

 


Comme dit Alice, exactement


    Je me dis, j'essaie de me dire, qu'une guerre n'est peut-être pas certaine, parce qu'au fond Poutine est déjà le maître du monde ou quasiment. Je suis persuadée que Trump est son incontrôlable pantin. 

Alors je m'efforce de penser moi aussi "Pourquoi cela m'affecte-t-il autant, après tout je ne suis pas concernée ?" Et comme dit Alice exactement : "Et pourtant si, évidemment".

"[...] je ne peux m'empêcher de ressentir de la honte, une honte collective, commune, une complicité à faire partie d'une humanité capable d'élire un type qui s'est moqué d'un handicapé, qui a fait rire des plus faibles, qui a pour ambition d'écraser et non de protéger (voir le discours de Meryll Streep qui exprime cela parfaitement)."

Même s'il y a eu du trafiquotage, il y aura eu suffisamment de gens pour voter pour ce type qui est une injure à l'intelligence. Ça dépasse et de loin les clivages de Gauche / Droite, Travaillistes / Conservateurs, Démocrates / Républicains. C'est un accident industriel de la démocratie. Où diable l'intelligence du peuple est-elle partie ?

Et comme il nous pend au nez en France en ce printemps de n'avoir plus le choix qu'entre un risque assez similaire (la folie en moins, du moins pour l'instant, ce qui est déjà ça) et un rétrogrades aux idées presque aussi effarantes, on ne peut que se sentir concernés.

Que faire ? À part bien sûr aller voter. Au moins ne pas démissionner de la micro-part de voix qui nous est offerte, même si lorsqu'on est humaniste et pour davantage de partage, d'entraide et aussi de souci (même s'il est sans doute tard) de l'écologie, c'est devenu très compliqué. Il n'y a plus personne qui incarne suffisamment nos idées et qui ait la moindre chance d'obtenir une part de pouvoir. Tout se passe comme si en 2012 les gens avaient fait l'effort, une dernière fois, avec le type qui a fait semblant d'incarner un peu ça, et que là ils se disent qu'ils se sont fait avoir et que c'est marre - ceux qui étaient contre, eux, restent contre, et plus que jamais -. Et du coup ce sont les chantres d'idées archi-rétrogrades et bien moisies qui incarnent la possibilité d'un changement.

Quel cauchemar.

Je trouve que Valérie Zenatti ce matin, l'a fort bien résumé :

Capture d’écran 2017-01-24 à 13.36.57
 Je tente de trouver réconfort en lisant ce que publient Barack Obama (redevenu lui) et Pete Souza (les photos non-officielles sont encore plus belles, pour un peu elles feraient re-croire à l'amour ou alors ce sont d'immenses acteurs). À imaginer le soulagement que ça peut être pour eux d'en avoir terminé et de n'avoir pas démérité. Car les vrais grands responsables savent que le pouvoir ça n'est pas juste l'avoir, et archi pas une fin en soi. Et les vrais grands artistes savent qu'on ne peut être sans trêve au sommet de son art. 


Calembour réussi

 

    En ce moment nous sommes à la maison un tantinet tendus. Le monde extérieur et la vie privée sont inquiétants - stressants - et l'un d'entre nous n'a même plus son travail pour rééquilibrer. 

Alors le moindre rayon de soleil, la plus infime occasion de sourire, le moindre éclat de rire sont les bienvenus.

Je suis donc fort reconnaissante envers Clément Bénech pour ce calembour qui m'a fait marrer et qui me refait marrer quand j'y repense (1), et vous avez parfaitement le droit de me dire Je vois pas c'qu'y a de drôle, peumeuch, je ris et ça me fait du bien : 

Capture d’écran 2017-01-23 à 20.32.35

 

(1) Un peu comme celui du Canard Enchaîné lors d'une des victoires de Pantani dans l'Alpes d'Huez en 1995 ou 1997, qui avait titré "L'épate, l'épate, mais oui c'est Pantani". Je déteste habituellement les jeux de mots sur les noms propres et les trucs incompréhensibles à ceux qui n'ont pas la référence (2), mais celui-là m'avait fait rire au point que vingt ans plus tard il m'est resté.

(2) D'autant plus qu'en l'occurrence il y avait des références en poupées russes


Saturation

 

    C'est sans doute bizarrement lié à l'investiture de Trump et à l'horizon perturbé que sa présidence promet à l'Europe et au monde entier, mais ce week-end nous avons un peu tous fait une sorte de saturation de l'accompagnement. Trop de désespérances annulent le désespoir. Un plafond se crée.

Le délégué familial ( ;-) :-(  ) est allé voir la malade - vendredi il y avait passé l'entière journée -, mais samedi sans s'attarder. Pour ma part j'étais occupée et j'avais trop besoin d'avancer, pour une fois qu'un samedi était non-travaillé (en décembre c'était le rush, ils l'ont tous sauf un été), dans mes propres activités (domestiques ou sportives). 

Il n'y est pas retourné dimanche et sans voiture c'est vraiment long (il faut compter 1h30 de trajet, RER ou train puis à pied, ce qui aurait fait 3h en tout). Il ne fait pas un temps à tenter le vélo (sinon je l'aurais fait). Alors j'en ai profité pour enfin me consacrer à notre logis qui en avait un besoin urgent. Je ne me suis pas reposée mais au moins j'ai la satisfaction d'avoir accompli quelque chose qui dépendait vraiment de moi, était pour nous, quelque chose qui a échappé au faisceau des contraintes, ou plutôt qui en était une mais à notre main (ce qui change beaucoup). Et très vite en m'activant, j'ai oublié la situation, comme si j'avais atteint dans toutes sortes de deuils (passés, récents, en cours ou prévus) une telle saturation qu'une sorte de porte coupe-feu mentale s'était rabattue. 

Ce n'est que tard, très tard, déjà dans la nuit, lorsque j'avais fini l'important rangement entrepris que j'ai repris connaissance de la fin de vie en cours. Et j'étais trop épuisée pour en être totalement affectée.

C'est vraiment très différent d'aller voir quelqu'un de gravement malade à l'hôpital ou chez lui. Dans le premier cas on peut se consacrer au dialogue s'il est encore possible, à communiquer en tout cas. Dans le second on doit faire toutes sortes de choses, on est moins disponibles et la mort en approche prend ses aises : notre présence alors ne l'éloigne pas d'un pas.


Let's see some Ballet class

    Les algorithmes de youtube sans doute pas tout à fait illogiques, m'ont proposé cette video "Inside the Bolschoi Ballet's daily class" par The Telegraph et j'ai laissé le début s'enclencher et je ne m'en lasse pas.

Au début ça semble simple puis assez vite les mouvements deviennent d'une solide difficulté. Ou du moins si on les effectuait, on aurait beaucoup moins d'amplitude, d'équilibre et de douleurs (ils en ont sans doute aussi mais savent le masquer).

Je suis subjugée.

Le piano à l'ancienne n'y est pas pour rien. Je crois qu'inconsciemment je guette l'apparition de Buster Keaton dans un coin.

Voilà mon (l'un de mes) réconfort(s) du moment.
Some ballet class.

 


En traversant la ville (choses vues ou entendues)

 

    Comme ça faisait longtemps que je n'avais pas effectué de déplacement dans Paris intra-muros un samedi soir, j'ignore si c'était normal ou non, mais il y avait un monde fou et sur les rues (grande circulation) et sous les rues (métro blindé). 

Près de la rue d'Hauteville, j'ai vu qu'une fumée régulière se dégageait d'un rez de chaussée, me suis demandée s'il s'agissait d'un effet de condensation sur une sortie de chauffage, à cause du froid assez intense, mais des personnes qui étaient à côté ne se posaient plus de question : elles étaient en train d'appeler les secours. 
Deux véhicules de pompiers sont arrivés très peu après venant de deux directions. J'ai été impressionnée par leur rapidité de réaction - peut-être que quelqu'un avait déjà appelé avant ? -. Hélas la circulation était si bloquée qu'ils ont mis un temps fou pour pouvoir tourner rue d'Hauteville [entre temps j'étais arrivée à hauteur du métro Bonne Nouvelle]. Je me souviendrai je crois de ce chauffeur de taxi déjà à cheval sur une piste cyclable le temps semblait-il de décharger un client et qui considérait que les pompiers pouvaient attendre. La plupart des véhicules particuliers étaient plutôt prêts, heureusement, à laisser passer seulement pris dans un embouteillage pré-existant ils n'avaient que peu de latitude de mouvement.

Il serait grand temps d'interdire dans Paris toute circulation de véhicules non professionnels à quatre roues et à moteur [j'ai cette illusion (?) que les deux-roues polluent moins, ne serait-ce que parce qu'ils avancent si tout n'est pas trop trop bloqué].

Gare de Lyon, j'ai croisé un groupe qui s'éloignait d'une femme en toque et fourrure, laquelle attendait un ascenseur. Que lui avaient-ils dit ? À l'instant où je passais, elle clamait, avec la gouaille de la madame Mado des Tontons : 

- Occupe-toi de ton cul sale con, moi je baise. C'est pas ton cas ?

Les membres du groupe ont pris la répartie avec de la rigolade, plus amusés que choqués et en tout cas surpris. L'ascenseur est arrivé et la dame y est entrée, seule, en se tenant très droite, une sorte de dignité surjouée.

L'impression d'assister à un sketch l'a emportée et, de même que quelques autres passants, j'ai ri. Et puis j'ai peu de sympathie pour les gens en fourrure. Je veux bien admettre que le cuir simple soit une façon de ne rien gaspiller après des abattages pour la viande. Mais la fourrure c'est du massacre rien que pour le plaisir d'humains fortunés. Et ça ça me met en rogne. Mettez des doudounes ultra-light, le rapport poids / isolation au froid y est semblable, je crois.

Le côté absolut-WTF de la réaction de la dame était assez irrésistible en fait.

Mais le fond de l'affaire sans doute bien un peu triste. 


I'll miss you (subject, photoreporter)

Capture d’écran 2017-01-21 à 13.28.25

Voilà, c'est fini et ce couple me manquera constitué par (Barack Obama et sa famille, le photographe Pete Souza), du moins le produit de leur travail.

Bien sûr c'était de la propagande et je ne suis pas dupe.  Je ne l'étais pas.

Mais pour la première et sans doute seule fois de ma vie, j'aurais été sensible à quelque chose de cet ordre. 

Je l'avoue, il m'arrivait, moral bas, de regarder ces images pour reprendre courage. 

Quelque chose d'un état de grâce s'est joué là. Quelque chose que j'ai connu moi aussi pour un travail, lorsque j'ai bossé dans une librairie aujourd'hui disparue et qu'il y avait avec mon patron d'alors une sorte d'évidence dans le "faire équipe". Lorsque la présence de chacun dans le boulot fourni relève d'une évidence. It fits. On se complète bien. Merveilleusement bien.

Bien sûr, concernant le président sortant des États-Unis, il y avait son charisme et sa télégénie, ses éclats de rire et une sorte de bienveillance qui sait éviter la faiblesse qui émane de lui (j'ai vu des discours filmés aussi) et que sa femme aurait tout autant si la pression sociale n'empêchait aux femmes d'apparaître en naturel aux moments publics - contrairement à ce que croit notre époque la sophistication nuit à la beauté - ; sa façon d'avoir le contact avec les enfants - et dont le photographe ne s'est pas privé de profiter, déclenchant les sarcasmes de ceux  sur les réseaux qui refusaient de s'en laisser compter (ou étaient un peu jaloux, qui sait ?) -. Bien sûr il y a que Pete Souza, comme photographe est un grand professionnel whatever. Mais l'équipe formée par l'ensemble "Barack Obama et sa famille" "Pete Souza photographe" fonctionnait un cran au dessus de chacun des éléments constituants.
De 2009 à avant-hier, je me suis régalée. C'était mon petit réconfort hebdomadaire au moins.

Pour un peu j'aurais pleuré en recevant ce message flickr désespérant 

Capture d’écran 2017-01-21 à 12.46.57

En fait il semblerait que le compte reste visible sous le nom Obama White House (1), même s'il ne sera plus alimenté. 

Il ne s'agit pas d'un être humain mais bien d'une entité (sujets, artiste, travail produit) avec sans doute un rôle du lieu principal aussi : il n'empêche, depuis hier, j'ai perdu une sorte d'ami.

(Et il n'y a pas à tortiller, même si je continuerai à suivre et probablement apprécier - j'adorais certains angles, le sentiment qu'il n'y avait pas de meilleur point pour placer l'objectif en un instant donné, well done ! - le travail de Pete Souza, cette période est terminée, this is all over, game over, fertig, The End, Het is allemaal voorbij, Tutto finito)

From the time being, ugliness has won, et peroxydation. Dark days are ahead. 

En attendant, merci infiniment à Pete Souza et ses sujets pour ces temps de propagande si élégants. It has been great.

 

(1) Et le compte instagram de Pete Souza à la Maison Blanche restera archivé sous @petesouza44


L'air était respirable et l'eau ne manquait pas

 

    Tombée via quelques camarades touitons sur ce lien (1) ce matin. Je suis plutôt d'accord avec le bon sens de ses recommandations, et même assez amusée de constatée que si j'ai survécu jusqu'ici c'est parce qu'assez naturellement je les appliquais.

Il y a aussi que fors quelques poignées de jours où ça tanguait gravement (2), pour cause de maladies ou d'extérieurs événements, j'ai toujours eu les livres à mes côtés, plus particulièrement les romans. Dans les moments de vie sans malheur en cours, ils permettent de démultiplier les existences : au lieu d'être coincés dans son transport quotidien pendulaire on est transportés à l'autre bout du monde, dans une autre époque, ou dans la peau d'un autre, on se repose instantanément du hic et nunc qui n'est pas nécessairement folichon. Dans les moments vraiment durs, ils permettent un instant, le plus souvent bref (il y a des choses urgentes à faire et / ou la concentration attaquée par les événements ne tient pas longtemps), de s'échapper et faire redescendre la pression. C'est une façon non médicamenteuse de faire face et de ne pas virer fou.

J'ai aussi toujours sauf dans un cas pu compter sur les amis. L'amour est d'une force folle et constitue le sel de la vie, seulement, surtout si l'on est une femme et hétérosexuelle, il nous fait dépendre d'un truc totalement fluctuant et incertain qui est le désir de l'autre (que lui-même ne maîtrise pas). Idéalement il faudrait savoir s'y laisser prendre sans perdre la notion de sa part immense d'aléa. En revanche l'amitié, quoi que moins flamboyante et n'apportant pas de plaisir physique par la sensualité, est, peut encore être du solide. Bien sûr il y a des déceptions et les vies modernes tendent à happer les gens dans des spirales de succès (ils ne touchent plus terre, plus de temps pour voir les potes), ou des spirales d'exclusion (ça va très vite, atteints par le chômage et le manque d'argent, la maladie et le manque d'argent, contraints parfois de déménager sans l'avoir souhaité, de ne peu à peu plus voir personne, se couper du monde). Il n'empêche que plus d'une fois où ce fut What a narrow escape ! le sauvetage venait des ami-e-s.

Enfin, tout ça ne tient que si on n'est pas en prise directe et immédiate avec des problèmes de survie : famines, guerres, catastrophes naturelles ou industrielles ou épidémies, nous ne sommes pas, ne sommes jamais à l'abri.  

Donc s'il est vrai que "The journey is where we find the heart to succeed" et que la clef de beaucoup de choses est le travail, l'entraînement, l'effort sage et constant sur des longues durées, tomber puis se relever autant de fois qu'il le faudra, tout ça n'est possible que tant que l'air était respirable et l'eau ne manquait pas (3). 

 

(1) in case it disappears : "Why did Columbus take three ships ?" by Paul Dughi
(2) par exemple après le 9/11 j'étais restée environ une semaine sans plus pouvoir lire de fictions.
(3) mourir de faim prend plus de temps, sous des climats tempérés ; mourir de froid n'est le risque majeur que quelques jours ou semaines par an.


Le bilan d'un quinquennat - spécial ligne 13 -


    Ce soir ligne 13 un type à la voix posée comme celle d'un acteur, et qui du coup portait, pérorait.

Il se lamentait sur la prochaine défaite si probable de la gauche et tentait comme pour faire changer d'avis au wagon tout entier, de défendre le bilan de François Hollande.

Assez rapidement et comme il ne semblait rien trouver du point de vue législatif - le mariage pour tous ne passait pas dans sa zone de radar -, il s'est lancé dans un bilan des affaires, ce qui avait pour effet l'inverse de celui (prétendument) escompté, Aider la gauche (Comment faire pour aider la gauche, bouclait-il). Je me suis rendue compte qu'il y avait bon lot de choses assez piteuses que j'avais oubliées. 

Et sans doute qu'au fond l'orateur aussi puisqu'il se lamentait de plus belle : comment faire pour l'aider ? clamait-il en sanglotant, tout à sa dévotion au président sortant - qui visiblement l'avait infiniment déçu -.

Il était tard, les gens pressés de rentrer, et fatigués. Pour ma part, je lisais. Personne ne lui a répondu.


Chez les amies (et comme ça fait du bien)

 

    Oui comme ça fait du bien un jour comme celui-ci où l'humanité risque ensuite d'être mise en danger et où l'intelligence est insultée, de lire des billets dont on se dit Bien vu, mais oui c'est vrai chez des amies. Et peut-être de se dire que tant que tout n'a pas explosé tout n'est pas perdu (?).

Chez Alice une Riposte qui m'a si bien rappelé ma vie d'Usine et un peu parfois ma vie de libraire (mais la vie de libraire c'est plus facile, du moins en librairies indépendantes, on ne porte pas tant de hiérarchie). Et ceci en particulier, qui est si souvent vérifié 

"Encore une règle du monde comme il va : quand on creuse derrière les réclamations de ceux qui râlent très fort en mettant tout le monde en copie, on trouve souvent une action ayant tendu à profiter du système en ne respectant pas tout à fait les règles."

Chez Milky un billet au sujet du fait que Roman Polanski était nommé président des Césars et la colère que ça nous met quand on n'en peut plus que les femmes soient par certains hommes considérées comme des objets.
Longtemps j'ai été plutôt en mode, C'était il y a longtemps, peut-être aussi pour lui soutirer de l'argent, ses films ne sont pas de la gnognotte (pas tous non plus des chefs d'œuvre, notez), l'affaire qui lui est reprochée n'est peut-être pas si simple qu'il n'y paraît. Bref, plutôt vers le bénéfice du doute, voire indulgente, du moins dans son cas à lui - qui est quelqu'un à qui on pourrait accorder des circonstances atténuantes au vu de tout ce qu'il a lui-même subi (1) -. Puis un homme s'est comporté de façon particulièrement inqualifiable vis-à-vis de moi (2), et je l'ai appris à cette occasion, d'autres femmes avant moi. Il y avait, et alors que pendant plusieurs années je l'avais cru au contraire respectueux et sensible, rien d'une brute ni d'un gros macho, un côté sidérant dans sa façon de considérer les femmes comme des pions sur son échiquier personnel. Tiens, toi je te pose là et tu te déplaceras comme ça. Et puis finalement là. Oh et puis tu es un pion finalement, je peux te sacrifier sans trop hésiter. 
La faille qui s'ouvrait sous mes pieds venait que pour moi il allait de soi qu'hommes et femmes, certes différents la plupart du temps, étaient libres et égaux entre eux. Alors que pour lui il allait de soi que les secondes étaient des êtres de catégorie B, certes souvent bourrées de qualités, il était le premier à le reconnaître, mais quand même à la base au service des premiers. Pour moi c'était si inconcevable que je n'ai rien vu venir.
Ensuite, j'ai regardé le monde différemment.

Et ce d'autant plus qu'avec l'hyper-segmentation que le marketing induit histoire de vendre toujours davantage - jusqu'aux brosses à dents !! -, et à la victoire mondiale du capitalisme triomphant, on assiste depuis un moment à une genrisation de chaque chose, et à un fameux backlash concernant la situation des femmes. Alors moi qui étais plutôt indulgente, peut-être avec un côté mamma italienne, Boys will be boys, les pauvres ils ne savent pas se contrôler, je me suis radicalisée : il est temps que ça cesse. Aucune femme n'est un objet. 

Et donc ceux qui ont des trucs à se reprocher - et prenons bien garde aussi à ne pas perdre en route la présomption d'innocence il ne s'agit pas de passer d'une dictature à l'autre -, s'ils sont déjà dans les sommets on ne va peut-être pas effacer la meilleure part de ce qu'ils ont fait pour contribuer à l'intelligence de l'humanité car effectivement c'est très compliqué, faire la part des choses, mais à tout le moins, on arrête de leur dérouler le tapis rouge et leur faire tant d'honneurs. Au moins ça. Qui qu'ils soient.

 

 

(1) Il est l'un de ceux auxquels je pense pour me dire que je n'ai pas à me plaindre lorsque je me sens ployer sous ma kyrielle de plus ou moins lourds ennuis.

(2) Rien à voir avec un viol, les dangers physiques si l'autre n'est pas armé je sais m'en défendre, et puis passé un certain âge on gagne le privilège d'avoir à peu près la paix.