On avance mais lentement (et, vers où ?)
Deux ou trois souvenirs de Gotlib

Et puis après ? (que faire)

 

PC010007

Il y a quelque chose de glaçant lorsqu'on a pendant des années tenté en vain de dissuader quelqu'un (ou au moins : lui faire prendre conscience) de son comportement addictif, avec au bout de l'exaspération des phrases aussi inefficaces que désespérées de type : 

  • Mais arrête de [le comportement addictif en question] tu vas finir par attraper une [maladie typique issue de ce comportement et potentiellement mortelle] !

    quelque chose de glaçant, donc, à voir la menace qu'on espérait dissuasive se transformer en réalité. Et qui plus est incurable et à un stade déjà tel que le pronostic vital est engagé, certes pas pour demain ni la semaine prochaine mais au plus quelques mois, une année, comment le déterminer ?

    La patiente refuse tout soin, met à bout le personnel et l'hôpital n'a pas de lit à perdre pour quelqu'un dont le diagnostic a été fait, qui a peu de chances de s'en sortir et qui refuse à tout crin ce qui pourrait être, au moins pour son confort, entrepris. Elle se comporte mal vis-à-vis du personnel nous a-t-on dit. Ce qui ne m'étonne guère : me concernant elle est à chaque fois au bord de l'insulte.

Elle va devoir quitter l'hôpital.

Elle refuse d'aller en maison de long séjour, en maison de retraite où que ce soit. 

Elle veut rentrer chez elle et qu'on ne l'emmerde pas. 
Sauf qu'elle n'est plus autonome. Il faudrait quelqu'un H24.

Nous allons tenter de temporiser par un soin de suite (CSRR), mais rien n'est gagné. Il est difficile de faire quoi que ce soit contre sa volonté et sa volonté est irréalisable : elle ne tient plus debout. 

Le gendre fait semblant de croire à la fiction d'un départ imminent et tente de glisser ensuite cette proposition. S'explose un peu moins à un flot injurieux. Peut-être que demain il parviendra à raisonner sa belle-mère [le courageux]. Je m'inquiète de l'entendre mentir (sur le départ prochain pour sa maison à elle) avec tant de facilité. Qui sait ce qu'au court des ans il n'est pas ainsi parvenu à me faire croire. On le dirait bien entraîné.

Pour ma part je ne suis capable que de me taire ou de dire la vérité. Depuis que je sais pourquoi je suis comme ça, le problème ne me pèse plus. Sauf dans des cas comme celui-ci.

Je communique un point de la situation au reste de la famille, arrive juste juste au travail après avoir vu la dame médecin qui suit son cas.

Ce qui est effarant c'est de constater combien la société, son poids, sont parvenus à faire passer l'effet d'une annonce de maladie mortelle en un accablement sur : comment diable allons-nous parvenir à organiser l'accompagnement ? 

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Heureusement la fin de journée fut passionnante (1) avec Cloé Korman et Vincent Message qui présentaient des livres remarquables en donnant irrésistiblement envie de les lire aussi. C'était chez Charybde dans le cadre de "Libraires d'un soir". De quoi oublier les problèmes insolubles qui dans la vie par périodes nous sont imposés. 

En attendant, je suis profondément triste de n'avoir eu que trop raison (2). 

 

(1) Le début avait été pas mal non plus.
(2) Et je ne parle même pas de la non-présentation de Hollande aux élections, que je n'avais pas trop vu venir, tant il semblait inconscient de la situation.

 

 

 

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