Ç'aurait pu être un beau dimanche
Fan, moi ? Jamais (quoi que)

Faussement OKLM

 

     PB010007

Ce qui était prévu : pour moi une journée Finzi Contini, comme je les appelais lors d'une période de vie précédente, l'air de rien dix ans depuis ce sont empilés. Avec dans l'idée de faire des rangements, de me garder du temps pour écrire, de préparer nos vacances imminentes.

Ce qui aura eu lieu : en apparence la même chose. Je n'ai pas quitté l'appartement. J'ai répondu à des messages qui m'ont mis un peu de baume au cœur, nous sommes restés très somnolents, lost without translation. Au deuil étrange pour quelqu'un qui était déjà mort de soi un peu est venu s'ajouter la présence d'un jour férié, temps d'arrêt imposé dans l'agitation des démarches qu'il faut accomplir dans ces cas. Curieusement ce n'est qu'au soir que j'ai songé que celles qui pouvaient être faites par connexion auraient pu être entreprises malgré le mardimanche, sans doute un vestige d'une façon d'être un brin vieille école en moi.

Le mystère du livret de famille introuvable a été rapidement résolu : confié qu'il avait été à un autre membre de la famille lors d'une démarche entreprise il y avait quelques temps afin de faire reconnaître au désormais défunt son statut d'ancien combattant.
Il y a ainsi une foule de choses auxquelles on pourrait peut-être prétendre mais que notre ignorance nous empêche de demander. Dans le cas précis de mon beau-père qui faisait partie de cette génération de garçons au service militaire prolongé si longtemps du fait de ce que les autorités se refusaient à appeler "guerre" d'Algérie, il avait droit à être considéré comme ancien combattant, et c'est quelqu'un de la famille qui l'avait su par une de ses relations qui venait pour lui-même de l'apprendre et avait entrepris les démarches.  

On a parfois des pensées bizarres pour se consoler d'un décès. Je me suis surprise à penser que le beau-père et mon père avant lui auront échappé par leur mort au fichage biométrique centralisé généralisé, dont le décret vient semble-t-il de passer. Les vagues de terrorismes successives et ce prétexte merveilleux qu'elles fournissent aux pouvoirs en place nous jettent droit dans la gueule d'un univers totalitaire que le 1984 d'Orwell laissait présager. Bientôt ces outils risquent de tomber aux mains de politiciens que la démocratie n'embarrasse guère et qui ne s'efforceront pas même de faire semblant de la respecter. Peut-être que l'impressionnante cohorte des morts anonymes ou brillant de 2016 représente en fait un lot de chanceux qui éviteront de connaître des horreurs ultérieures.

C'est quand même curieux un décès sans objets ni logis à déménager. Et tout un lot de démarches déjà accomplies plus de vingt ans plus tôt, résiliations d'assurances, d'abonnements, de bail. Il faudra cependant songer à contacter les impôts. 

Le fiston avait fait la vaisselle avant d'éclairer notre fin de journée par son bonheur de gamer (il a défait, à deux reprises, un adversaire fameux). C'est fou comme pour ma part, en quittant l'enfance, j'ai quitté le sens du jeu. Les seuls paris qui m'importent sont ceux qui tiennent de l'aventure fût-elle littéraire, et du défi envers soi-même. Se surpasser est intéressant. Mais battre quelqu'un qui nécessairement ne part pas avec les mêmes handicaps et atouts, pourquoi en tirer fierté ? Le plus grand bonheur s'est de s'associer à d'autres pour réussir ensemble quelque chose qui à titre individuel serait hors de portée (1). Après, bien sûr, l'existence nous amène à devoir nous battre pour nous défendre et nos sociétés sont de plus en plus organisées autour de la concurrence et du classement. Serait-ce quelque chose de plutôt masculin ?

Son père tente de secouer sa peine pour poursuivre ses recherches d'emploi. Ce qui conduit à un instant Daniel Blake, celui où il peine à "apply on line". Je me sens très reconnaissante envers Ken Loach qui n'a pas malgré les honneurs dont il fait l'objet oublié les difficultés concrètes auxquelles les petites gens peuvent être confrontées. 
Dès qu'on est moins en forme ou l'esprit accablé, nous pouvons tous nous retrouver désemparés comme son personnage face à des formulaires informatisés.

J'achève une lecture "de libraire", consciente que la force de Pukhtu fera sans doute de l'ombre encore un moment à chaque fiction que je lirai. C'est curieux comme l'impression que j'en retire voisine avec celle que m'avait laissée "Une bouche sans personne". J'aurais au moins la satisfaction d'avoir lu des romans attachants. 

Je cuis des spaghetti comme un Anglais aurait préparé du thé.

Demain il y aura le travail, une foule de tâches diverses à effectuer consécutives ou non au récent décès, il faudra assurer. Malgré une relative incertitude il faudra faire comme si les vacances auront bien lieu. Elle sera plus nécessaire que jamais la cure de ciné.

Je cherche l'énergie à regarder d'autres danser. 

 Il nous reste cela.

 

 

 

(1) Typiquement, ce qu'on ressent dans une chorale. Peu d'entre les choristes ont des voix miraculeuses mais avec du travail et une bonne direction on peut produire un résultat qui régalera les oreilles d'auditeurs éventuels.

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