On serait bien allés chez Boris aussi
Thierry Beinstingel samedi Au Connétable

Searching back for Sugar Man


    C'est notre petite radio locale qui en diffusant régulièrement de ses morceaux m'a permis de sortir (non sans peines les premières fois) de l'incapacité de réécouter Sixto Rodriguez. Le film de Malik Bendjelloul avait été mon carburant de la fin 2012, début 2013, je l'avais vu trois fois, ça me criait, Tout n'est pas perdu. a match is never lost, et nous l'avions partagé, sans doute notre dernier bonheur commun - même si tu faisais la fine bouche en mode, Allez, il n'était pas si oublié que ça -. Nous avions même envisagé d'aller à l'un de ses concerts ensemble, j'y suis quasiment allée avec mon meilleur ami (en fait nous fûmes 2 x 2, nous échangeant nos impressions en cours par textos). Mais voilà, c'est peu dire que ces concerts au Zénith furent catastrophiques, à hésiter sur ce qui est le plus décent vis-à-vis de l'artiste, partir afin de n'être pas spectateurs du naufrage ou rester en se bouchant les oreilles (1). Je me souviens d'avoir même demandé conseil à mon ami Gilles, Au secours, c'est quoi le moins pire ? Erika, qui la première m'avait dit Vas-y (au sujet du film) en prenant soin de ne rien spoïler, et lui furent des spectateurs de La Cigale, apparemment moins manqué.

Quelques jours plus tard, rupture subie, alors même que je préparais un travail de modératrice pour toi. Rupture sans signes avant-coureurs, si ce n'était un aller-retour à Paris quelques temps plus tôt, trop boulot boulot (soi-disant) pour qu'on se voie et cet étrange week-end en Baie de Somme sans proposer que l'on s'y retrouve et surtout : toi qui ne voyageais pas. Tu m'avais écrit qu'il s'agissait d'un repérage pour un roman, ce qui était étrange, tu ne m'en avais rien dit avant alors que j'étais souvent l'élément stimulant et l'avais clairement été des trois précédents.
Ce genre de choses ne prennent hélas sens qu'après coup. Sur le moment, tout juste l'esquisse d'une alarme, de celle dont parlait si bien Jaddo dans celui-ci de ses billets, et comme tu avais été beaucoup souffrant, m'être dit que c'était signe que tu allais mieux et que peut-être tu souhaitais me faire une surprise en guise de remerciement d'avoir été là en soutien tout le temps. Au fond, je n'avais pas tout à fait tort, la surprise y fut. 

Dès lors le naufrage de Sixto se trouva lié au mien, nous était commun un facteur d'âge, voilà, c'était beau ce nouvel espoir tardif - le sien professionnel, le mien affectif - mais il y a certaines choses qu'il faut faire quand il faut les faire. Après, c'est trop tard. 

Je n'avais plus réécouté Sixto "Sugar" Man depuis lors (2), il aura fallu la radio pour retrouver ce plaisir, non pas intact, l'association d'idées y est, quoi que je fasse sa musique me renverra en arrière-pensée à un sentiment massacré, mais assez fort pour me permettre d'y reprendre goût.

Alors je me suis mise en quête de ce qu'il était devenu depuis, sa santé s'était-elle encore dégradée ?

Et j'ai lu cet article d'Émilie Côté au sujet d'un Olympia en septembre, cette fois-ci réussi. Avec en prime une vigueur politique, qui fait chaud au cœur.

Allons bon, tout n'est donc pas perdu.
(merci Radio Nico)

 

(1) Cet article de l'époque écrit par Laure Nalian pour Culturebox exprime bien le malaise 

(2) D'autant plus que le cinéaste qui l'avait révélé, Malik Bendjelloul, en mai 2014 s'est suicidé. Il était donc réellement devenu impossible d'écouter la musique de Sugar Man en toute légèreté. Et ce d'autant plus que cette mort demeure, semble-t-il, un mystère (article d'Andrew Anthony pour Le Guardian, 13 juillet 2014)

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