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Les meilleurs moments d'une vie


    Les temps troublés que nous traversons et qui vont résolument vers le pire, nous conduisent à prendre en main des projets dont on se serait dit, dont on se disait, c'est bien, c'est beau, ça serait bien, ça serait beau (et peut-être utile à d'autres) mais il y a toujours le quotidien à accomplir qui est plus fort que tout. Il faut assurer des rentrées d'argent pour régler le minimum vital de dépense - dans une société comme la nôtre, dès lors qu'on vit en ville, qu'on est plus de deux, il est assez élevé. Il faut faire face aux maladies, les nôtres ou celles de l'entourage. Il faut tenter de faire face aux contraintes administratives et ménagères. Se maintenir en forme. Dormir. Alors le temps dédié aux chantiers personnels est vraiment rétréci. 

Ces jours derniers, Couac s'est lancée. Elle a décidé d'interviewer les gens qu'elle croise dans la vie de tous les jours, par exemple les voisins. 

Ça se passera par là. Et le premier est FreD.

Je suis d'autant plus réjouie que ça correspond à une idée, germée pour un peu les mêmes raisons, à laquelle j'avais renoncé (pas le temps, pas forcément la bonne personne pour le faire) et je suis heureuse que quelqu'un que j'apprécie beaucoup l'aie eue aussi et avec le courage assorti et les dons qu'il faut pour la mener à bien.

Au passage grâce à elle je découvre Grand chose (pas grand chose mais en mieux) qui est un beau blog collectif sur comment on peut se débrouiller de peu pour une maison accueillante.

De mon côté, en plus de mes nombreux chantiers qui demanderaient que je puisse enfin un peu me poser, il y a celui-ci, blogo-compatible et donc potentiellement menable à bien, qui serait de raconter ce qui peut constituer pour une vie en Europe entre la fin du XXème siècle et le début du XXIème, les meilleurs moments, des souvenirs formidables, des trucs qu'on aimerait que nos arrière-petits enfants (si la planète ne craque pas avant) puissent savoir et que ça les ferait rire ou les rendrait heureux. Des trucs qu'on aimerait aussi avoir noté quelque part pour soi-même, afin dans les moments qui nous poussent au désespoir de nous souvenir que la vie, même la nôtre, peut comporter des instants de grâce.

Tout à l'heure, Ken Loach recevant la Palme d'Or , m'a donné envie de m'y mettre. En espérant pouvoir en faire quelque chose de collectif un jour. Ou au moins que l'idée fera germer des envies de suite chez des amis moins fragiles et mieux organisés. En tout cas voilà, avant qu'elle ne s'achève j'aimerais au moins parvenir à écrire les meilleurs moments d'une (petite) vie. 
(et si je vais commencer par la mienne, c'est parce que c'est celle que je connais le mieux - ou crois connaître, je suis bien placée pour savoir qu'on ne comprend certains éléments que parfois des années, des décennies plus tard -).  

Il ne faut pas attendre d'en avoir le temps : n'importe quoi peut survenir n'importe quand. 

 


Chamade (battre la)

 

    Lancée sur les traces de cette expression par Jean-Yves Jouannais et son encyclopédie des guerres, voilà que je la retrouve chez Saint-Simon que François Bon évoque régulièrement : 

 

"Il n'y eut rien de grande remarque pendant les dix jours que ce siège dura. Le onzième de tranchée ouverte, la chamade fut battue, et la capitulation telle, à peu près, que les assiégés la désirèrent."

Saint-Simon, mémoires, chapitre 1er 1692

Le signe d'une capitulation est devenu le battement [du cœur] sous l'effet d'une vive émotion. Sans doute aussi que l'amour est une forme de capitulation.

J'aime suivre la façon dont une langue vit, ce qu'elle nous apprend de nous-mêmes. Merci les amis.

 

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Ma banlieue (c'est ça aussi)


flashmob euro 16 lycée René Auffray par rene92auffray

OK la chorégraphie est rudimentaire, OK certains, oui toi là-bas au fond, on voit que tu es la pour faire plaisir mais que c'est un peu ta corvée, OK c'est pour l'Euro de foot et les drapeaux sont du monde entier (je crois qu'ils sont là à l'année), OK c'est pour un concours lié à la promotion et l'organisation de l'événement - le foot cette méga pompe à fric mafieuse que c'est devenu (ces jeunes n'y sont pour rien (1)) - mais voilà, c'est bien comme tout au bout du compte, le résultat. Chapeau bas.
Pour ceux qui ne dansent pas, je tiens à préciser que l'air de rien, c'est du boulot pour un groupe aussi nombreux de parvenir à un tel résultat.
Et ma banlieue, quoiqu'en pense les esprits rancis, et ceux que la vague terroriste récente a appauvri du ciboulot, c'est aussi ça, et une part jolie de l'avenir du pays.

 

(1) Ni non plus quant au choix de la musique, c'était dans le cahier des charges. 


Saint-Denis c'est bien aussi

Capture d’écran 2016-05-20 à 23.06.55

Alors apparemment, c'est tellement facile et tentant de susciter haine, mépris et rejets en stigmatisant les gens d'une ville, d'un quartier, qu'un journal s'est encore permis de s'en prendre à Saint Denis, où effectivement en novembre des terroristes furent hébergés par un gars qui donnait l'impression de jouer un sketch, il fallait bien qu'ils fussent quelque part, ça risquait pas trop d'être dans le XVIème arrondissement de Paris.

Voici les protestations de Vincent Message, qui dit toujours ce que je pense infiniment mieux que je ne l'aurais fait :  

Capture d’écran 2016-05-20 à 23.07.50

 

 

 

 

 

 

 et qui participe de la tribune collective dans Libé :

Notre fierté de vivre à Saint Denis

Pour ma part, Saint-Denis, quand j'y vais - pas si souvent, c'est sur l'autre branche de la ligne 13 et donc j'y vais pour des raisons précises, sinon ça fait long -, c'est le genre de coin où l'on discute facilement avec les gens, c'était (c'est sans doute encore c'est juste que je n'ai plus le temps d'y aller) la ville du slam (Les 129 H, La Ligne 13, le café culturel, là où la première fois je les ai entendu slamer, et aussi Fabien), c'est la ville du stade de France où j'ai quelques souvenirs merveilleux (et un foireux : j'avais eu des places pour un opéra en plein air, c'était n'importe quoi on entendait la circulation sur la bretelle d'autoroute plus que les chanteurs), c'est une ville où quand on se balade avec un appareil photo, les gens peuvent vous demander de les prendre juste comme ça, parce qu'ils sont contents d'être là. C'est aussi une fac où ma fille aura fait ses études avec un grand plaisir d'y être et d'après ce que j'en comprends des intervenants de qualité. 

Qu'il y ait des dérives et des dangers on ne peut pas le nier, mais il n'y a vraiment pas que ça.  Et on risque sans doute moindre de s'y faire agresser que dans certain arrondissement trop chic de Paris et son peuple intolérant. 


Ces questions qu'on se pose quand le sommeil va gagner

 

    Au bord de l'endormissement et d'éteindre l'ordi, après une journée comportant deux bonnes surprises (rubrique : choses qu'on espérait, qu'on n'attend plus - tant habituée à ce que silence = refus -, et qui finalement se confirment), j'entrevois ce titre grâce à un touite de Clément Bénech, reconnais ma musique préférée d'enfance, l'écoute, dormant déjà aux 2/3 

 

et me demande tant la différence d'interprétation est grande avec d'autres, comment donc Jean-Sébastien Bach le jouait (à l'orgue, OK) ? 

Je ferais bien un petit voyage dans le temps pour l'écouter. 


Ce ne sont pas toujours ceux qui sont à un endroit qu'on croirait trouver là


    En quelques heures de ce début de journée j'ai appris qu'il y avait toute sorte de gens pauvres dans les camps dit "de Roms" et que c'était donc beaucoup plus une question sociale qu'une provenance éthnique qui jetait les personnes en ces marges sans confort.

(Que les racistes aillent donc se faire voir ailleurs)

Et par ailleurs qu'en Syrie il y avait un nombre non négligeable d'enfants de ressortissants français partis pour leur djihad et devenus parents, des mômes nés là-bas et auxquels on met tout petits des armes entre les mains.

Tout est toujours plus compliqué ou subtil qu'on ne le croit.

(sources : la fin de l'émission de Tewfik Hakem avec Houda Benyamina (pour le film "Divines")

et ce compte rendu de l'intervention du directeur (d'un directeur ?) de la DGSI en audience devant une commission de l'Assemblée Générale (Merci à Robinson Boucan pour le lien).
Les deux sont d'ailleurs intéressants à beaucoup plus d'un titre, même si je n'évoque ici que ce qui m'a étonnée) 


La fin d'une omerta, signe des temps ?


    On dirait qu'enfin avec des femmes politiques d'un niveau  certain qui ont eu le courage d'avouer ce qu'elles avaient tout au long de leur carrière subi et entendu, la parole des femmes s'est plus largement libérée. 

Ce soir sur FB un témoignage parmi d'autres, concernant le théâtre, et qui recoupe des expériences similaires que m'ont confiées des amies. 

Je me rends compte que j'ai vécu jusqu'à fort tard dans l'ignorance de tout ça. Bien sûr j'ai subi comme (presque) toutes des effets de type "plafond de verre" et mes deux maternités, si j'avais raisonné en terme de carrière m'ont coûté très cher, alors que dans les deux cas j'avais travaillé jusqu'au bout, jusqu'au congé normal, malgré la fatigue et tout.

Il aura fallu l'étrange conduite d'un homme qui avait semblé m'aimer et sa façon de trouver parfaitement naturel que les femmes dans sa vie se place dans les cases précises qu'il leur avait assignée, pour que je me rende compte que quelque chose clochait. Pas juste quelque chose chez lui, comme je l'avais d'abord cru, non quelque chose de bien plus général. Il se croit respectueux et égalitaire parce qu'il se soumet à La Femme lorsqu'il obéit au désir que l'une d'entre nous lui provoque et se laisse alors mener comme un animal domestiqué, mais tout le reste du temps il considère comme allant de soi que les femmes se conforment aux rôles qu'il leur a assignés.

(J'ai des traces écrites de ce que j'avance, ce ne sont pas des hypothèses)

Son attitude a en quelque sorte déchiré le rideau qui m'avait fait percevoir le joli monde des grands mâles blancs comme à travers une sorte de brume qui en masquait le déséquilibre des relations entre humains. Il est vrai que je ne suis ni séduisante ni séductrice et que j'entretiens depuis l'enfance avec les garçons facilement de francs rapports de camaraderie sauf à partir de plus tard et seulement dans quelques cas où c'est parti vers l'amour - à l'initiative de l'homme, tant il est vrai que spontanément, ne m'estimant guère éligible, je n'y songe pas -.
Quelque chose en moi, en même temps que je ne suscite pas le désir fait par ailleurs que j'ai eu cette chance d'attirer plutôt le respect. Peut-être simplement que je ne sais quoi dans ma façon d'être fait savoir qu'en cas de stupidité aggravée, un bourre-pif, très peu féminin, peut partir plus vite que ma pensée. Et qu'aussi je ne suis pas très marrante à provoquer, plutôt que d'être embarrassée je dégaine un humour capable du pire. 

Probablement enfin que j'ai toujours considéré les garçons comme des êtres faibles qui avaient besoin de leur quota de conneries, à faire ou à dire, qu'à leur place on ne ferait pas mieux. Boys will be boys. 

Du coup j'ai fort bien traversé tout ça, haussant les épaules quand ça dépassait les bornes, sans me rendre compte d'une oppression générale à laquelle généralement j'échappais ou qui faisait flop quand on tentait de m'y englober. Il y a aussi un certain nombre de situation de mon propre passé que je comprends différemment à présent. J'étais à mille lieues d'imaginer ce que le comportement de tel ou tel collègue sous-entendait, puisque je me suis toujours sentie à égalité intellectuelle et que dans les situations où ça n'a pas à intervenir j'oubliais que j'étais une femme ou du moins que le type en face pouvait trouver ce paramètre important. Ce serait comme de raconter une blague à base de calembour à quelqu'un qui ne comprend pas le langage dans lequel on l'exprime.

Il y a aussi que certaines des choses - dont Le Pouvoir - pour lesquelles les mâles aiment à lutter ne m'intéressent guère. Je ne souhaite pas qu'on en ait sur moi mais pas non plus l'exercer sur d'autres. Cc qui fait que certains coups bas m'ont été épargnée puisqu'à ce jeux là je ne participais pas.

À présent que je comprends, tardivement, comment les choses fonctionnent et fonctionnaient alors que je l'ignorais, je me rends compte que c'est qu'aussi j'ai croisé de nombreux complices et que les 8 / 10 èmes des hommes qui m'ont été proches, d'une proximité affective ou professionnelle, s'ils avaient chacun leur collection de défauts (comme j'ai les miens, comme tous et toutes nous avons les nôtres), se comportaient d'égal à égal, et savaient au moins laisser leurs fantasmes au vestiaire lorsque ça n'était pas le moment, vraiment pas.

Peut-être que si certaines contre-réactions (par exemple avec la remontée d'un intégrisme ultra-catholique et du côté de l'islam l'invasion par des versions hyper-rétrogrades et ultra-violentes, des pratiques modérées de certaines contrées) sont si brutales, c'est qu'on est en train d'assister à une phase de bascule - d'où des résistances d'autant plus extrêmes qu'elles sont d'arrière-garde -, le pouvoir dans quelques décennies sera aux mains des femmes et les rapports de force inversés. Il faudra alors voir à ne pas virer aussi défectueuses en devenant l'élément prédominant.

Ça n'est pas gagné. 

Et j'ai peur qu'on ne passe jamais par la case : peu importe notre genre, notre identité sexuée, notre orientation sexuelle, ce qui compte c'est ce qu'on est et le fait d'être homme, femme, ou transgenre, n'entrerait pas en ligne de compte pour une quelconque prédominance, ou aptitudes non strictement reliées (comme pisser debout ou allaiter).

(au fond de moi traîne sans doute une vieille illusion, so cliché, que si les femmes devenaient l'élément directeur du monde, seraient peut-être mises en sourdines les guerres économiques ou armées, et la plus grande énergie mise à tenter de sauver la planète et l'humanité avec)

 

 

 


Jouer dehors

 

    Peut-être ai-je déjà noté quelque chose sur le sujet, j'y pense régulièrement et à nouveau depuis qu'une famille venue de loin (Iran ? Afghanistan ?) est logée dans l'immeuble et que je croise souvent les enfants qui jouent dehors, ce qui est parfaitement normal (il y a un jardin en face, c'est fait pour) mais plus si fréquent. 

Et donc voilà, depuis une ou deux générations en ville en France et semble-t-il dans d'autres pays du monde occidental, les enfants ne jouent plus dans la rue. Ce n'est plus une observation personnelle, c'est constaté par des sociologue et l'on en est même arrivé au point où ça commence à être combattu. 

Et si on lâchait la bride à nos enfants ? par Guillemette Faure

Je fais partie de la génération qui s'est encore éduquée dans la rue. À partir de sept ans, l'âge dit de raison, un môme était considéré comme suffisamment autonome pour s'occuper seul-e et dans un modèle où le schéma Père au travail Mère au foyer prédominait, les femmes afin de vaquer à leur travail domestique étaient les premières à dire aux petits d'aller jouer dehors, ne restez pas dans mes pattes. 

On était encore en un temps où la progéniture était souvent plus nombreuse qu'on l'aurait voulu. Il n'y avait pas le même investissement. Plus d'une fois à l'âge adulte, j'ai dû puiser dans les ressources acquises là, savoir se défendre, se battre, se marrer de peu (aussi), une vitalité qui ne naît pas entre quatre murs, une force de liberté. Et un sens de la solidarité qui m'est resté. 

J'ai souvent pensé que les nouvelles générations du moins des classes moyennes et supérieures étaient noyées dans les activités encadrées, qu'il y avait un surinvestissement parental. Moi la première j'ai été heureuse que mes enfants souhaitent jouer d'un instrument, prendre des cours de danse, et j'ai accompagné tant que j'ai pu. Je n'ai été directive que pour la natation - savoir nager c'est un truc de survie - et pour qu'une activité entamée soit suivie jusqu'au bout d'une année, même s'il s'agissait ensuite d'arrêter. La circulation dans la ville est telle et les jardins (avant l'ouverture de celui d'en face) n'étaient pas tout près. Je les accompagnais, ou leur père, lorsqu'ils s'agissait d'aller jouer dehors. Mais je les laissais plutôt faire, il semblerait que de nos jours ça ne soit plus le cas de nombreux parents.

J'ignore ce qui s'est passé pour qu'entre le moment où pour moi et ceux de mon âge jouer dehors était le plus naturel - nous ne cherchions abri qu'aux jours de mauvais temps, souvent pour ne pas déranger on jouait "dans le garage", lieu intermédiaire, auquel on pouvait accéder sans particulière permission - et ceux de la génération de mes propres enfants - rarement seuls dehors -, la norme se soit inversée. 

J'ai également le souvenir que dès l'entrée à la grande école on était censés se débrouiller seul-e-s pour y aller. Les parents n'accompagnaient que parce que les écoles du moins en grande banlieue, n'était pas aussi proches des logis que maintenant. Souvent qui disposait d'une voiture faisait office de ramassage scolaire. Ou alors les parents (à l'époque : les mères, exclusivement ; ou bien des membres plus âgés des fratries) n'accompagnaient que suite à un problème : enfant qui s'était mal conduit, qui avait de mauvais résultats scolaires, qui rentrait trop tard si on le laissait en liberté. 

C'était aussi les enfants dès sept ou huit ans qu'on envoyait au supermarché le plus proche faire quelques courses. Souvent on accompagnait en petite bande celui ou celle qui était de corvée. Parfois on se frittait féroce pour éviter d'être escorté par des indésirables dont on savait qu'ils foutraient le bazar. J'étais pour ma part souvent enrôlée dans les expéditions parce qu'on me considérait comme un bon élément - alors que simplement contrairement aux garçons je n'aimais pas la bagarre, ni les bêtises trop simples (tirer les sonnettes, typiquement) -.
De nos jours on n'envoie plus les gamin-e-s "aux commissions" que rarement ou dans "les quartiers" (peut-être aussi dans les villages, ce que j'ignore, n'y étant pas).

Le temps semble désormais devoir à tout prix être rentabilisé, la moindre activité assortie d'un but. 

Peut-être aussi qu'il entre une part de peur(s) : il est vrai que la circulation dans les villes s'est densifiée. Et puis on parle davantage des enlèvements ou agressions d'enfants. Ont-elles réellement augmentées ? Sans doute en proportion. Mais déjà ça existait : on nous recommandait d'éviter tel ou tel coin - j'ai le souvenir d'un petit bois qu'on nous sommait d'éviter, surtout les filles -, on nous disait de ne pas accepter de bonbons de la part des inconnus. Je crois que les adultes faisaient confiance à l'effet de groupe. Nous évoluions souvent en volées de marmaille, enfants d'un même voisinage, allant aux mêmes écoles puis collèges, faisant les courses aux mêmes magasins. Quelque chose de l'ordre du collectif semble s'être perdu.

La question devrait se résoudre d'elle-même : avec la société telle qu'elle évolue les parents vont être à nouveau submergés par le fait de devoir simplement s'en tirer, le travail déréglementé obligera à des acrobaties horaires qui ne permettrons pas d'être en permanence avec les petits, et les salaires diminuant ne permettrons pas de s'offrir une garde, un accompagnement. Les activités redeviendront l'apanage de ceux qui ont les moyens d'occuper la descendance en l'instruisant. Mais je me demande quels adultes feront ceux qui n'auront pas eu l'occasion très tôt de se frotter au monde. Effectivement.

 

 


Comment allez-vous ma p'tite dame ?

 

    C'est un touite de @Kozlika qui lui-même faisait suite à une conversation avec @Sacrip'Anne, auquel @squintar a répondu qui m'ont permis de lire ce compte-rendu du film et me rendre compte que je ne m'étais jamais posée sérieusement la question de pourquoi globalement les femmes étaient plus petites que les hommes.

En fait j'étais persuadée que c'était tout simplement qu'adolescents poursuivaient leur croissance alors que celles des filles était sinon stoppée du moins ralentie lors de l'apparition des règles, comme si le corps ne pouvait pas tout faire en même temps. Je ne pouvais pas trop faire appel à des références personnelles : mes parents étaient petits mais je l'expliquais par la guerre subie aux âges ou normalement on grandit. Mon père en particulier avait souffert de la faim pendant cinq ou six ans entre 10 et 15 ou 16 ans ; par ailleurs j'ai eu une croissance tardive, à 19 ou 20 ans je grandissais encore et de "petite dans ma classe" je suis passée à "femme adulte de taille moyenne" comme si mon corps avait décidé de prendre son temps. De la même façon je suis passée de fragile à plutôt costaud passée 45, tout ça par la grâce d'avoir maintenu une pratique sportive régulière et surtout d'avoir quitté un emploi de bureau pour un métier plutôt physique. Jamais je n'aurais cru que le corps pouvait se modifier comme ça, et surtout : sur le tard.

Alors pour ce qui était de la différence générale de stature entre hommes et femmes, incapable que je suis de réfléchir autrement qu'à partir d'une expérience concrète, je n'avais aucune idée que celle de la mise en place de la potentialité de fabrication des bébés. Mon idée était qu'aussi tous genres confondus, les nouvelles générations sont plus grandes, du moins dans les pays "prospères", où la nourriture est abondante et les alimentations complétées de tout ce qui pourrait venir à manquer. Une vague idée que du coup les corps atteignent leur max de taille potentielle.

Ce résumé chez @squintar (pas eu le temps de voir le film) bouleverse les idées reçues ou trop simplistes que j'en avais. En fait les femmes sont plus petites parce que dans la plupart des sociétés clairement elles passent après et donc plus particulièrement pour l'accès à la nourriture et que du coup dans l'évolution ce qui a prédominé c'était les caractéristiques Petit format survivant de peu au détriment des plus grandes, peut-être mieux équipées pour engendrer, mais sous réserve de disposer de davantage de carburant.

Il y a sans doute aussi mais en mode récent, un côté : Pour une femme ça ne se fait pas d'avoir "un bon coup de fourchette" (un des trucs que je n'ai jamais pu intégrer : quand je suis en forme, j'arrive à table avec une faim de loup (affamé)), il est de bon ton de picorer des choses peu roboratives (1), avoir la dalle n'est pas sexy.

Et du coup ce sont toutes sortes de souvenirs qui affluent, que je n'avais jamais reliés les uns aux autres, et qui prennent sens, jusqu'à ma propre façon de considérer les hommes à laquelle je n'avais guère prêté attention (2). Je me souviens aussi de cette impression (au football, dans les sports de plein air d'une façon générale) de faire jeu égal avec les garçons jusques vers 15 ans où ils m'ont tous mis 15 à 20 cm dans la vue et que sur le terrain de foot je n'ai eu comme ressource que d'aller dans les buts (alors que je n'avais aucune détente, j'étais une passoire sur les tirs hauts) sinon je ne touchais plus une balle.

Des souvenirs de situations sociales où effectivement, les garçons étaient considérés comme logiquement affamés alors que les filles pouvaient attendre. 

Une fois de plus, c'est constater que quelque chose qui semblait inéluctable, un, C'est normal que ça soit comme ça, au fond ne l'est pas. Et prendre conscience que ça peut concerner quelque chose de l'ordre du physique, et qui du coup semble d'autant plus tenu pour acquis.

 

(1) Expérience à faire à deux, homme et femme, en France dans une brasserie : vous commandez dit par une seule des deux personnes salade eau minérale bière et croque-monsieur frites et vous voyez à qui spontanément les éléments sont servis.

(2) Probablement parce qu'étant de taille moyenne, un homme de taille moyenne (c'est-à-dire 10 cm de plus que la mienne environ) me convenait parfaitement, la question ne se posait guère