Souvenir d'un soir d'automne
Someone young

Quelques étranges conséquences collatérales très secondaires du 13 novembre 2015


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Je poursuis sans relâche mes tris sauvegardes élimination du disque dur de l'ordi (pour conservation sur disque dur externe) des photos récupérées en masse très involontairement.

Certaines me réjouissent, telles celle-ci prise le 12 décembre 2015 à la librairie Charybde. Philippe Annocque y était libraire d'un soir. 

J'en avais perdu le souvenir. 

Non pas tant le souvenir, une fois la photo retrouvée, je me suis souvenue du bon moment que ça avait été, et même de certains des livres qu'il avait si bien présenté qu'on avait envie de relire ceux-là même qu'on connaissait (1), mais le chemin vers ma propre mémoire d'une période que les événements extérieurs avaient secouée.

Ce n'est pas la première fois que je remarque qu'un état de choc émotionnel me rend amnésique pour partie des semaines, voire du mois qui suit. Mais les fois précédentes, fors le 9/11 qui comme beaucoup d'entre nous m'avait laissée sidérée, j'étais personnellement concernée : une rupture subie (dont se foutait et c'est heureux, le reste du monde entier), un deuil, l'assassinat d'un ami (certes parmi d'autres, mais il y avait quelque chose d'intime dans cette violence subie), la fin brutale d'un job, l'annonce pour un-e très proche d'une grave maladie ... 

C'est donc l'une des première fois où un événement collectif me touche au point de me faire ce même effet d'un état qui me place "à côté" de ma vie au point d'oublier ce que j'ai pu y faire d'heureux malgré tout. Quelque chose du même ordre que ce que décrit Olivier (Hodasava) page 78 de "Janine" :

"Il n'y a plus ni pleurs ni cris, rien qu'un long silence embrumé que le seul fait d'être ensemble rend à peu près supportable. Ils finissent par parler. Ils finissent même par rire. Mais toujours, très vite, survient ce moment où ils se regardent vivre tout en se disant que rien n'est décidément plus comme avant." 

Peut-être que le 13 novembre 2015, même si nos amis et connaissances personnels en ont réchappés, nous [nous qui ? les habitants d'Île de France ? quelque chose de plus large comme pour le 22 mars 2016 à Bruxelles qui nous concerne aussi ? nous qui aurions tout à fait pu nous trouver au mauvais endroit au mauvais moment ?] avons tous été intiment bouleversés. Au point d'en perdre la trace directe, re-pêchable seulement par le biais de traces concrètes, images, sons, mots écrits, ou souvenirs croisés avec autrui.

Je m'aperçois que les photos me sont devenues vitales, tout autant que les mots, l'écriture, pour [tenter de] résister. Au sens au moins de "tenir le choc", au sens premier.

(et merci encore, Philippe, et les camarades de Charybde, pour cette excellente soirée, qui contribuait, au fond, elle aussi à ne pas se laisser défaire, à lutter)

 

(1) Et soudain je m'aperçois que le fait que "Le parfum du jour est fraise" me soit récemment revenu aussitôt en mémoire en lisant un article du Canard Enchaîné, est probablement dû pour partie à l'un des livres (celui de Pascale Petit) dont il avait parlé ce soir-là, même si bien sûr j'avais ma référence personnelle directe par la série

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