E. V. (En Ville)
Keyser Seize

La hauteur des blés et deux papillons

 

    Ce matin je tombe sur cet article de Rue 89 ou ce qu'il en reste, au sujet d'une video qui circule et re-circule sur les réseaux, 

"Ça meurt, ça meurt, puis les gens attendent"

J'ai vu en son temps "Solutions locales pour un désordre global" de Coline Serreau, et j'étais là (!) pour la projection de "Demain" à Arras. 

Dans ma vie quotidienne, je tente de faire ce que je peux pour contribuer le moins possible à la dégradation de notre environnement, ne serait-ce qu'en utilisant la voiture le moins possible et couper les clim l'été partout où ça peut - on peut bien sur une quinzaine de jours au cœur de l'été (à Paris rarement plus) transpirer un peu, réutiliser et recycler autant que possible -. Mais je peux peu. 

Les propos de Claude Bourguignon me font entre autres choses plus importantes, comprendre qu'une impression que je croyais d'enfance, à savoir que Quand j'étais petite les blés étaient plus hauts, et dont j'était persuadée qu'elle venait du fait que je n'étais pas haute alors et que j'avais grandi depuis, correspondait en fait à une triste réalité de l'évolution du végétal face à la surexploitation : les blés de maintenant sont tigés moins grands, c'est dû à l'usage de toutes sortes de saloperies pour augmenter les rendements. Ça peut paraître un détail mais il est significatif. Et c'est impressionnant que ça soit visible à l'échelle d'une vie d'humain.

Hier je profitais d'une maxi-pause déjeuner pour aller marcher en forêt, forêt d'Île de France que l'on sent menacée et entretenue avec des moyens limités (par endroit des arbres couchés enchevêtrés, peut-être depuis la tempête de décembre 1999), mais forêt qui a le mérite malgré tout d'exister. Je n'ai croisé que deux papillons un petit jaune et un orange et blanc. Deux. En avril par grand beau temps. 

(jeu du jour, trouvez-le dans cette photo)

P4200033

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Or j'ai ces souvenirs d'enfance et de jeunesse dans la même zone de la région d'avoir dès les premiers jours de printemps vu toutes sortes de papillons accompagner la moindre de nos balades, y compris nos parties de ballon, zone pavillonnaire déjà dense de peuplement, et qu'ils étaient de cinq ou six sortes de la piéride du choux jusqu'au lycaena phlaeas en passant par l'argus bleu et l'amaryllis

De même et, si les pies jadis rares sont désormais courantes et les perruches vertes acclimatées à Paris ou Bruxelles, et que corbeaux et corneilles sont devenus oiseaux des villes et qu'on entend encore quelques merles chanter, les mésanges bleues et autres rouge-gorges semblent avoir presque disparus. Même les piafs dans mon enfance aussi nombreux que les pigeons, toujours aussi pléthoriques, sont moins nombreux. Il est inquiétant de pouvoir à l'œil nu et en étant citadin-e combien la diversité biologique de l'environnement régional immédiat s'est rétrécie en quatre décennies. Et pour quelqu'un qui n'y connaît que plus (1) ou peu. Je n'ose imaginer ce qu'il en est pour quelqu'un d'expert.

Pour me consoler hier un ou plusieurs pics s'activaient. Ni plus ni moins que dans mes souvenirs de la même forêt à la même saison, dans les années soixante-dix et quatre-vingt du siècle dernier. Peut-être que ma génération pourra mourir dans l'illusion d'une suite possible, encore accompagnée par les chants des oiseaux libres.

Qu'en sera-t-il de nos enfants ? 

 

(1) Enfant je connaissais le noms des arbres, des plantes, des insectes, des oiseaux du Val d'Oise, du Vexin et un peu de ma Normandie. Je les ai perdus comme une langue vivante lorsqu'on ne la pratique plus. 

(mais je suis incollable sur les noms et les correspondances des stations de métro dans Paris, et commence seulement à perdre celles de Bruxelles, un peu)

 

Cette video de 2008 à La Libreria et que je ne croise jamais sans émotion (Ilaria) : 

 

Sur le moment l'homme m'agaçait avec sa caméra mais à présent je suis heureuse que nous ayons cette trace d'un moment formidable qui ne peut plus être reproduit, plus jamais (même si Coline Serreau revenait à la librairie des amis)  

Commentaires