Une vie réussie (may be)
Cette période globalement agitée

L'école est finie

 

    Il est des relations avec quelques rares entreprises comme des relations personnelles, à un moment on se sent très proches et puis un jour ça ne va plus, ou c'est fini et on ne l'a pas forcément choisi et alors on se demande du fin fond de notre état de tristesse sidérée s'il n'y avait pas eu de signes avant-coureur, à quel moment ça a cloché. 

Je me souviens qu'à Livre Sterling nous avions recréé un petit rayon jeunesse à base essentiellement des livres de l'École et que ça tournait bien, et pas seulement les livres de Claude Ponti dont nous étions des admirateurs convaincus. 

Je me souviens qu'il y a quelques temps, mais je ne saurais dater car cette année 2015 d'attentats m'a viré bien des repères, une amie d'une petite librairie indépendante qui me confiait, C'est bizarre, l'École on dirait qu'ils ne veulent plus travailler avec nous. 

Puis il y a eu une amie qui s'est trouvée mise sur la touche alors qu'elle travaillait de façon formidable - mais il était encore possible d'interpréter ce fait comme un enjeu de pouvoir, un mec arrive et il veut être le roi et il dégage sans ménagement ceux ou celles qui étaient là -. Dans le même temps (m'a-t-il semblé), un ami (1) a vu son roman (que nous attendions), annulé - Comment ça, annulé ? Oui, complètement. Annulé -. Cet ami ayant l'habitude d'écrire des romans qui peuvent être lus par les adultes aussi, j'ai supposé qu'on lui reprochait de faire trop "grands".

Peu à peu d'autres échos sont parvenus jusqu'à moi. Il n'était plus question de désaccords personnels, tous semblaient concernés.

Et à présent voici un blog, la ficelle, où quelques auteurs qui aimaient l'école relatent leur expérience personnelle. La mise en œuvre d'une politique de casse au bénéfice d'une politique de pur profit s'y montre pire encore que l'impression que j'en avais. 

Ce qui serait génial serait qu'une autre maison reprenne le flambeau avec les deux éditrices (2) qui faisaient bien leur boulot, qualitatif, et sans doute encore parfaitement rentable dans une petite structure.
Les lecteurs sont certes moins nombreux, mais ils existent. Et un certain nombre d'entre eux savent apprécier la qualité, même si hélas, ils ne sont pas assez.

nb. Le texte d'Alice de Poncheville qui évoque plus largement les questions d'emplois (l'auteur ce travailleur précurseur, traité comme les dirigeants aimeraient que tous soient traités) et de "ligne éditoriale" (concept bizarrement plutôt utilisé pour tuer que pour garantir à une maison donnée une optimale qualité), est particulièrement intéressant. L'argument de 11 minutes qui mettent fin à 15 ans m'a particulièrement touchée, moi qui ai connu affectivement, des retrouvailles en forme d'adieu stupéfiant, un coin de message qui mettait fin à six ans d'échanges quotidiens et très tendres, et une déclaration soudaine, sans signe avant-coureur, de C'est quelqu'un d'autre après un lien de vingt-deux ans ; connaissant la force affective que peuvent avoir les relations éditeurs - auteurs (3), en plus de leur importance professionnelle et donc financière, j'imagine ce que ça a dû être. 

 

(1) J'ignore s'il souhaite être cité.
(2) À moins qu'elles ne soient tenues par une clause de non-concurrence 
(3) Je parle des vrais éditeurs pas des hypermans du marketing. 

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