J'aime mes amis (et ils me le rendent bien)
Eternal sunshine of the spotless facebooked mind

Quoiqu'il advienne


    Cette rencontre accordée par l'amour des livres, quelle que soit la suite que la vie y donnera, aura eu sur moi un effet salutaire de sortie de deuil. 

C'est comme après une rupture subie, on ne peut pas (je ne connais qu'un seul cas (grand sourire pour qui se reconnaîtra)) passer directement d'un chagrin affectif à une nouvelle passion (qu'il s'agisse de l'amour des amoureux ou simplement d'une très profonde et intime amitié). Après Livre Sterling qui s'était achevée par une fin la fin de l'endroit lui-même, et donc quelque chose d'absolument irréversible, il était en fait impossible (mais je l'ignorais) de me retrouver pas juste bien (1) mais heureuse, remplie d'allégresse et d'énergie en partant au travail, rieuse le soir en me souvenant des bons moments, oubliant les mauvais quasiment dans l'instant, fatiguée mais fière de l'être. 

Le Rideau Rouge et ses oiseaux auront marqué la charnière, j'étais à nouveau capable de me replacer même provisoirement, dans cette force-là. Se lever dans l'élan et le petit suspens de la journée à venir (Qu'est-ce qu'ils [les fournisseurs, les clients ...] vont [me] faire aujourd'hui ? (air de vieille institutrice devant sa classe de galopins) ?] et non sur la défensive (Pourvu que je tienne le coup malgré les 18 cartons prévus pour l'opé de Pâques), dans le plaisir de retrouver les partenaires et amies de boulot. Seulement c'était sans lendemain possible, et tant mieux puisque ça signifiait le retour de l'absente comme prévu et que tout allait bien.

Et là, voilà. Depuis mercredi je sais qu'à nouveau je peux me sentir à ma place quelque part, que ça n'était pas définitivement fini, ce ressort-là en moi, pas mort. Il fallait, en plus que cet endroit existe, que le temps de deuil travaille et passe.

Cette récupération de facultés que j'avais crues perdues pour toujours et à jamais en a entraîné deux autres, celles d'un chagrin affectif que je peux à présent regarder de loin - je viens d'archiver tous les messages sans un pincement de cœur, c'est bon, c'est clos, c'est du passé - et celles du deuil, celui-là réel et loin d'être achevé mais désormais calme pour Honoré. C'est comme s'il m'avait soufflé, Vas-y n'attends pas, prends le train ! et qu'il s'éloignait doucement, son boulot d'âme de bon copain fait.

Par ricochet j'ai pu m'attaquer avec une efficacité décuplée aux grands rangements nécessaires : je peux revoir des notes de l'époque de l'avenue Franklin Roosevelt, des messages du Grand Belge ou de V. (mais ceux-là, ça fait déjà un moment), des cartes de vœux que Philippe nous dessinait, sans avoir les larmes aux yeux, mais bien plutôt le sourire aux lèvres de qui peut se dire Ç'aura été parfois rude, mais j'ai eu une bonne vie. (et sans un seul instant d'ennui, sauf jadis à "l'Usine").

Il faut à tout prix que je me prépare mentalement pour ne pas retomber dans la peine si finalement les choses ne se font pas. Ou d'autres, mais moins satisfaisantes (2).

 

(1) Comme aux débuts de l'autre librairie avec Anne, Marguerite, Olivier et Sébastien
(2) Ce truc curieux de la vie, toujours vérifié, qui fait que dès lors que quelqu'un quelque part s'intéresse à vous, d'autres qui n'ont rien à voir, aucun lien, le font aussi. Ce qui vient d'arriver également à ma fille qui s'est retrouvée à dédaigner un stage pour une revue prestigieuse tout simplement parce qu'elle avait mieux et que c'était déjà en cours.

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