Vivre libres et vieilles - un documentaire de 2007 sur les Babayagas
"Hier soir au Bataclan ..."

Ma come mai, Umberto ?


    Se réveiller pour apprendre la mort d'Umberto Eco a quelque chose de stupéfiant. À mes yeux, il avait 65 ans pour tout le temps. Décidément 2016 a décidé de faire le vide parmi ceux qui créaient et pensaient, comme un vaste ménage avant basculement. Ses connaissances m'impressionnaient. L'humanité s'est réveillée moins savante ce matin, ça n'est pas rien. 

Comme tout ceux qui comptent à une époque donnée, son passage tisse des moments et des liens dans la vie de ses contemporains. 

En vrac ce qui me revient : 

  • L'amie qui en 1982 avait lu Le nom de la rose sans s'apercevoir qu'il y avait des passages en latin (elle était au bord de devenir prof de lettres classiques) ; les autres avaient trouvé ça super snob, je crois que j'étais la seule à avoir compris.
  • Le pendule de Foucault que j'entreprends de lire en italien, tout en calant : trop longtemps que je ne suis pas allée en Italie, mon niveau a baissé, c'est triste. Je lis quand même des trucs (en français) sur les Templiers, j'aime m'instruire. Et puis un jour un de mes cousins qui me dit, Mais tu sais, en Italie, il y a un Dizionario del Pendolo parce que même les Italiens ils n'y comprennent rien. Entre mes connaissances fraîches et le dictionnaire, le reste du roman est passé crème et je me suis régalée - même si ça n'était pas très littéraire, le plaisir était ailleurs - ;
  • Les confidences d'une amie ;
  • La seule dédicace que j'ai vraiment regrettée, à un salon du livre à Paris, il se trouve qu'il était annoncé peu après pile non loin d'où j'étais, alors je me suis mise dans la file d'attente naissante. Erreur fatale, il y avait tant de monde qu'il était contraint de signer à la chaîne, avec quelqu'un à côté qui notait d'avance les noms ou prénoms des destinataires, ça n'avait aucun sens ; nous avons échangé cinq mots, non six, je le voyais transpirer sous les éclairages caloriques, j'avais la sensation d'avoir participé à quelque chose que je déplorais. Ma seule circonstance atténuante étant d'être arrivée au tout début et donc sans imaginer l'ampleur que ça prendrait.
  • Des moments de rigolade en lisant "Comment voyager avec un saumon"; 
  • L'histoire du quiproquo sur son lieu de naissance et que j'avais mis un temps à piger (pour moi Alessandria c'était en Italie, ça allait de soi) ;
  • Cette satisfaction de se sentir moins ignare après lecture que m'ont offert certains de ses essais, entre temps oubliés, mais pas l'effet fait ;
  • Le bonheur de lecture que fut "Le nom de la rose" en son temps, avec ce mélange de polardise et d'érudition muni en bonus inattendu d'une scène sexuelle torride comme peu - à laquelle l'adaptation ciné a rendu justice, qui était assez chouette dans l'ensemble -. Quand j'y repense ce fut un peu le même plaisir de ces lectures embarquantes un peu rebondissantes et folles que pour "La vérité sur l'affaire Harry Québert".

J'espère qu'il aura rejoint quelque moine copiste et que la bibli là-haut est assez costaud.

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