Parfois, une photo dont je suis fière (malgré tous ses défauts)
Ces ami-e-s de la virtualité (je me souviens de Niko Chan)

Archiver ses photos c'est aussi recroiser ses moments de bascule


    

1106740826_f (mercredi 26 janvier 2005)

C'est un mercredi midi, j'ai dû trouver un moyen de déléguer les trajets d'accompagnement de mes enfants. Je travaille alors à 4/5, le mercredi consacré à mes obligations familiales, qui sont assez prenantes car les enfants pratiquent l'un comme l'autre plusieurs activités ; ils n'ont pas le même âge, ce n'est pas aux mêmes heures. Dans le cadre d'un plan social j'ai demandé un mi-temps. Je dois écrire. Et à mesure que je prendrai mes dispositions pour me libérer du temps, commencera le festival des empêchements - mais je l'ignore en ce temps -. 

L'amie que nous avons en commun est en déplacement pour son propre travail. De nos jours, être écrivain c'est être VRP. 

Alors j'y vais pour deux à cette cérémonie de mise en place de deux grands portraits : Florence Aubenas et Hussein Hanoun, enlevé en même temps qu'elle.

Il fait grand froid. Je crois me souvenir d'un -4°C annoncé. Il y a pourtant du monde. 

Une petite équipe d'informations télés circule auprès de nous, qui s'enquiert de la profession des présents. Je comprends qu'ils cherchent désespérément quelqu'un qui n'est pas journaliste. À leur deuxième passage vain, je me signale, sans plus réfléchir, avec pour seule idée qu'il est important que quelqu'un dise, que quelqu'un du peuple dise, que c'est important qu'on tente de sauver leur vie. Ils sont éperdus de gratitude, ils en étaient à se dire qu'il allait falloir prendre un confrère ce qui aurait moins de portée. Je fais le job comme on se jette à l'eau, blafarde et gelée. Comme je dis tout droit tout simple ce que je pense de tout mon cœur, je crois que ça va. Je pense Pourvu que si ça passe, ça ne m'attire pas d'ennuis au boulot. Je pense aussi, Oh et puis tant pis.

Je reste jusqu'au plus tard possible et repart au bord de l'évanouissement (1).

Voilà comment on se met le doigt dans un engrenage, et qu'on bascule sa vie, peu après.

Je me souviens de l'émotion recueillie des présents, malgré une place de la République qui en ce temps-là ne s'y prête pas (c'est alors tout un tintouin que d'empêcher les véhicules de passer près de la statue centrale-.

Ce jour-là j'ai commencé mon boulot de photographe en second du Comité de Soutien mais je l'ignore d'autant plus le comité n'est pas encore réellement constitué.

 

(1) En ce temps-là je supporte très mal le froid. 

[photo retrouvée sur le fotolog]

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