Vertige de l'âge venant (un des)
Guillevic retrouvé

Some (singing) voices (le #jukeboxfou )


    Je n'en parle que lorsque la musique qu'il me passe (généralement dès le réveil et parfois même c'est ce son qui me réveille) est de nature à faire rire les copains, parce qu'il est tellement ridicule de se faire réveiller par la ritournelle bêbête (voire un tantinet machistisante (1)) d'une publicité ou d'une autre (à 8'26" celle de supercroix 73 ou la purée mousseline vers 11' (2) )(3) d'il y a longtemps. Et ça a ces côtés pratiques, par exemple je n'ai pas besoin d'embarquer d'objet pour écouter de la musique, notamment lors des entraînements de course à pied ou dans les temps morts d'un emploi salarié, c'est directement dans la tête. De plus ça tend à être d'un volume bas lorsque j'ai à parler ou écouter ou que je suis dans un endroit où du son est servi ou encore lorsque je décide délibérément d'écouter un disque (4), ce qui permet d'en faire quelque chose de socialement transparent et peu gênant, sauf parfois au téléphone, mais pas tout le temps. Si la musique est bonne c'est même génial pour se concentrer sur un travail personnel dans un lieu non-silencieux. D'où mon bonheur à travailler en bibliothèque.

L'ennui, c'est que je ne choisis pas. Que parfois les ritournelles me sont insupportables. Imaginez vous faites des courses dans un supermarché qui diffuse une niaiserie lénifiante, et que vous vous surprenez en rentrant chez vous à la fredonner. Vous supprimez le supermarché et vous avez une idée de mon quotidien musical cérébral.

Ce matin pour une raison que j'ignore, si ce n'est peut-être qu'il y a quelques temps j'ai vu une émission Taratata dans laquelle mon grand "cousin" dyonisien interprétait une chanson de Mc Solaar et que c'est un peu dans le même domaine, probablement le même casier de ma mémoire musicale, le #jukeboxfou bouclait sur 

Menelik, Bye bye

 J'ai connu pire. Mais dans ce cas la perplexité de la survenue de tel morceau plutôt qu'un autre squatte aussi l'esprit et rend celui-ci plus dur encore à déloger.

Faire partie d'une chorale était un bon moyen de contre-carrer le phénomène - j'avais presque en permanence dans la tête les passages travaillés, c'était génial pour les concerts je savais tout par cœur sans l'avoir fait exprès - mais j'ai dû arrêter car les horaires étaient peu compatibles avec le métier de libraire et la disponibilité requise compliquée avec mes démêlés vie-écriture-sports-gagne_pain-vie_sociale-périodes_troublées.  

Et qu'aussi du coup faire silence n'est possible qu'au prix d'un effort. Pour l'instant j'en suis capable, éveillée j'y parviens. Mais de même que je suis peu capable de penser à rien (il y a toujours des tas de trucs qui s'écrivent dans un coin), ce n'est jamais sauf très volontairement (J'écoute le silence attentivement, je décide de le faire délibérément) sans musique inside.

Mon violent sommeil m'en protège généralement la nuit. Qu'en sera-t-il s'il faiblit ?

Je me pose aussi d'étranges questions : par exemple si au lieu d'être habitée par des voix Virginia Woolf avait subi en permanence des airs de musique, des chansons, aurait-elle vécu plus longtemps ? Aurait-elle écrit ce qu'elle a écrit ?
Peut-être que les inventeurs de l'Opéra ou des comédies musicales souffraient aussi de ce bizarre petit handicap là.

Je crois que je vais me remettre au piano.

 

PS : L'ultime inconvénient du truc au regard des techniques modernes est qu'on ne peut shazamer un air qu'on a dans la tête (fors à le très très bien fredonner devant son téléfonino attentif). D'où que parfois on se traîne un truc non-identifié qui ne nous lâche pas. 

(1) "On veut te voir dépiauter l'emballage", non mais les gars, franchement :-( (Ah, c'est censé être drôle ...) 

(2) C'est quand même quelque chose que d'être réveillée par deux voix de femmes tonitruant "Super Croix 73", essayez d'imaginer.

(3) Au passage, une belle collection des eighties et  dans celle sur les seventies à 5'38" une splendeur sur "La poste et les télécommunications" vu du temps de l'internet ça stupéfie. 

(4) L'écoute au casque d'une musique choisie est d'une efficacité imparable, comme lorsque dans le temps on tournait un bouton pour syntoniser des radios et que l'on passait d'un émetteur faible à un émetteur puissant et bien situé.  

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