BDJ - En photos
Liste de souhaits - janvier 2016

Moment déplaisant sur la bascule de l'an (climat général ou conflit local ?)

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Tu as entendu : le silence, un silence remarquable.

La petite maison de Normandie se situe en effet sur la rue principale (ou l'une des) de la petite ville commerçante, là où l'on vient des environs pour se ravitailler. La route vient d'être refaite et c'est un grand confort auditif, plus de tac-tac de roues sur un défaut de revêtement. Il n'en demeure pas moins qu'on entend presque sans cesse un bruit de fond de circulation. En cette soirée du 31 décembre vers 22 et 23 heures c'était un silence parfait. Chacun devait être chez soi ou chez quelqu'un d'autre à attendre minuit et de trinquer.

Tu as pensé : écoute ce silence, c'est rare, il faut en profiter.

 

(à minuit un peu passé)

Tu as entendu : des détonnations
Tu as pensé : Mini feu d'artifice ou pétards ? Tu as aussi repensé au Bataclan, qu'au début beaucoup ont cru que les clak clak qu'ils entendaient faisaient partie du show, une fantaisie pyrotechnique. 

 

(dans la pièce du haut, par la fenêtre sur rue, un peu après)

Tu as vu : un petit feu d'artifice au dessus d'une des rares maisons où il y avait de la lumière. 
Tu as pensé : Je vais tenter de le photographier, s'il n'est pas terminé.

(et tu es allée prendre ton appareil photo)

Tu as vu : des gars dans la rue avec des chapeaux brillants pointus, et pour l'un d'eux un faux-nez-moustache, bref des qui faisaient la fête, qui balançaient des pétards, rigolards.
Tu as pensé : sous les voitures, ça n'est pas malin.
Tu as dit (vers l'intérieur) : Il y a des gars qui jouent à faire péter des pétards, c'est un peu près des voitures, ça n'est pas malin.

(tu as ouvert la fenêtre, tu as pris des photos, sans chercher à être ni vue ni pas vue)

(un des gars, sans doute un adolescent, passait tout près)  P1011949

 

Tu as pensé : Il est en tee-shirt et ça n'est pas délirant, pour un 31 décembre il fait un temps de printemps. Tu as pris la photo sachant qu'elle serait floue, juste pour te rappeler du temps trop clément.

Tu as dit : Bonne année ! 

Il a répondu : Bonne année ! 
Un autre, plus grand, peut-être adulte, qui le suivait a dit : Bonne année !
Puis un petit, tout joyeux, blondinet : Bonne année à vous, et surtout Bonne santé !
J'ai répondu : Tu as raison Bonne santé ! C'est important

(Et ils ont continué vers le sud).

(Alors que tu t'apprêter à fermer la fenêtre)
Tu as entendu : le mot photo
Tu as pensé : ils ont remarqué que tu en prenais 
(mais de toutes façons tu avais cessé, le feu d'artifice semblait terminé, et puis ils avaient eu l'air joyeux, pas du tout indisposés)

(Ils étaient arrivés à la hauteur de la maison avec le père Noël, les lumières et la déco) 

Tu as entendu : Des éclats de voix. Une femme, d'âge mur et qui avait le timbre de quelqu'un de corpulent (1) et qui disait quelque chose comme Non mais ça va pas, c'est quoi tout ce boucan, vous n'avez pas fini ! Une réponse d'un des gars qui se terminait par "premier janvier". Et la femme qui criant plus fort encore menaçait "Je vais prévenir la police !"
Tu as alors entendu : une voix d'homme, mûre, du ton de celui qui se demande une fois de plus comment l'accorte jeune fille qu'il avait séduit au siècle dernier, si timide et jolie, avait pu se transformer au fil des ans ainsi en forte harpie, qui disait Les flics ne vont pas venir, on est le premier janvier. Et ce n'était peut-être pas dit mais ça s'entendait Ne sois pas ridicule, calme-toi !.

(Tu as alors fermé la fenêtre, très vite)
(et tu es allée éclater de fou-rire dans l'escalier, tellement ça ressemblait à un sketch. Des Inconnus par exemple).

Tu as pensé : Il y a des gens bien malheureux, quand même, ne pas être en état de supporter quelques pétards dans la nuit du 1er janvier. Ils ne pourraient pas vivre dans la grande ville, et encore moins dans les banlieues.
Tu as pensée aux gouffres qui s'élargissaient entre les différentes zones de la société. Et tu as eu moins envie de rigoler.
Tu as pensé : Quel dommage pour le petit gars ! Il avait l'air de si bien s'amuser (même si c'était idiot, mais tu te souvenais des copains d'enfance de ton quartier combien avec les pétards ils adoraient jouer)

(Il t'a semblé que les gars remontaient alors vers le centre du bourg) (d'où ils étaient venus)

(Tu as alors vaqué à tes occupations de fin de soirée, répondre à quelques textos de bonne année, débarrasser la table, faire un brin de toilette, te laver les dents ...)

(Alors que tu remontais dans la pièce aux lits)

Tu as entendu : des pétards à nouveau proches, dont un assez près.
des cris dans la rue, sur le ton de l'insulte [mais indistinctes pour toi], la voix de la femme, la même, des voix d'hommes, surtout un

Tu as vu : l'homme de la maison ouvrir la fenêtre tout en disant "Là, ça va pas !" prêt à s'en mêler

(tu as pris l'appareil photo) (tu prends toujours l'appareil photo)

Tu as entendu : l'homme de la maison dire, amusé Ils ont même un sabre Star Wars - comme si du fait du gadget, l'altercation ne pouvait être sérieuse -.

Tu as entendu : la voix de femme clamer : Sale Bougnoule ! Rentre chez toi ! 
Tu as vu : le deuxième homme que tu avais plus tôt salué, qui t'avait dit, pas bourré, sympathique Bonne année passer en remontant du sud du bourg vers le centre
Tu as entendu : Il répondait [C'est ça oui !] Allahouh Akbar ! Va te faire enculer ! (à la réflexion tu ne sais pas s'il a dit ou non C'est ça oui ! ou si c'était juste le ton employé)
Tu as pensé : Oh non, pas jusqu'ici quand même ! Et que l'année 2015 avait décidément transformer une fissure en faille dans cette société.
Il t'a semblé (mais tu ne saurais en jurer, tu ne voyais pas, la fenêtre n'est pas grande tu étais en retrait) (d'ailleurs : tu n'as pas pris de photos) que les autres personnes incitaient à l'apaisement [Viens, laisse tomber].

Tu as vu : en face les gens aussi se mettaient à leur fenêtre, ainsi qu'un peu plus loin.
Tu as pensé : C'est curieux, dans la soirée on avait l'impression que tout était vide, pourtant les gens étaient là.
Tu as entendu : la femme gueuler, Rentrez chez vous, tous, qu'est-ce que vous avez à regarder, de toute façon maintenant je sais leur adresse, puis vers les gars déjà éloignés, Je sais votre adresse, La police va venir !
Tu as vu : l'homme de la maison refermer la fenêtre, en mode l'incident est clos, mi rigolard, mi accablé.

(tu l'as interrogé du regard, pour le côté mi-rigolard, alors il a dit)

- Le sabre Star Wars, c'est elle qui l'avait.

Il n'empêche que malgré cet élément de détente final, ça t'a laissée plombée. Que même au fin fond de la Normandie des shrapnells de la situation générale puissent pourrir les rapports entre les gens. La vitesse à laquelle ça avait dégénéré, alors qu'après un premier ferraillage, les fêtards et les pas, ça semblait OK. Que le gars qui n'était pas bourré et t'avait semblé sympa, se soit laisser embarquer par la haine de la femme.  

(Plus tard dans la nuit, pas si longtemps après)

Tu as entendu : un long défilé de voitures, presque une circulation de jour de marché.  C'était les gens qui chez eux rentraient. La ville se repeuplait.

 

Au lendemain matin, tu as retrouvé l'enveloppe d'un gros pétard à mèche dans le jardin, un peu surprise que ça ait été si près. Une amie secourable t'a mise sur la piste de touites de Maître Mô (2) sur un réveillon de deux familles qui il y a quelques années s'était transformé en bataille rangée, qui t'on fait penser que Oui, ça pouvait dégénérer très vite, que ça n'était peut-être pas seulement cette année en particulier.

Tu t'es alors demandé ce que tu avais vu exactement, ou entendu et ce que tu avait cru comprendre, de ce qui s'était passé.

Il te manque aussi un élément qui peut être déterminant : ces personnes se connaissaient-elles, avaient-elles déjà eu un différent, était-ce la suite de quelque chose ? (ce qui aurait pu expliquer tant d'agressivité avec si peu pour l'allumer).

 

 

(1) Bizarre, mais j'avoue être incapable de le définir autrement. Alors que je ne l'ai pas vue. Alors que je sais pour l'avoir constater maintes fois qu'une voix peut être fluette dans un corps épais et que l'inverse est possible.

(2) Entre temps je vois qu'elle en a fait une récapitulation.

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