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Billet présomptueux mais sait-on jamais


    Comme j'habite Paris et que je peux être amenée à me déplacer, prendre l'air ou travailler dans des endroits que quelque guerre ou quelques fous furieux auront rendus dangereux, je sais que le risque que je me retrouve à faire partie d'un lot de victimes d'actes de terrorismes n'est pas totalement nul.

Il se trouve que tout un lot de victimes (et de survivants) des événements de l'année 2015 se trouvent à présent décorés, parmi lesquels un ami qui n'aurait peut-être pas souhaité l'être si de son vivant et pour son travail, qui méritait distinction, on le lui avait proposé. Alors que les choses soient claires : je ne supporte pas bien les distinctions, les sélections, les classements, le décorum et les récupérations politiques. S'il m'arrivait un sale truc, je ne voudrais surtout pas qu'on me fasse le coup à titre posthume, surtout si c'est juste pour avoir eu le malheur d'être au mauvais endroit au mauvais moment ce qui ne tient d'aucun mérite (1).

Une seule exception : si ça peut permettre à mes enfants (ou mes petits-enfants si j'en ai un jour) de toucher quelque argent qui les sortirait de la difficulté, ou permettrait de rembourser les frais pour mes obsèques ou les dettes amicales qu'éventuellement j'aurais (encore).

 

(1) Ce n'est pas son cas, il faisait partie d'un groupe qui pour son travail était menacé.

(Au passage j'apprends qu'il a aussi "hérité" d'une école, dans le village où il allait quand il quittait la grande ville)

J’avais plus d’une fois connu des amis satellisés par un soudain succès (ça peut être purement professionnel et dans l’ombre) - ils ne s’appartiennent plus à peine le temps de rentrer dormir, zéro temps libre pour les amis, à peine un peu pour la famille -. Mais c’est la première fois qu’il m’arrive d’avoir un ami en quelque sorte dépossédé de sa propre mort, que sa mémoire devienne quelque chose d’autonome à qui il arrive des trucs, et qu’elle ne lui ressemble pas. Ça part d’un bon sentiment collectif social mais c’est terriblement déstabilisant. (où je découvre qu’il existe bien une vie après la mort, de facto).

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