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BDJ - Le cadeau inattendu


    Dans une journée plutôt sympathique mais qui ne présentait pas non plus d'extrême réjouissance, fors le très vague espoir d'un emploi dans un lieu de rêve - mais pas de réponse pour l'instant -, j'ai cru un moment n'avoir aucun bonheur du jour à présenter. J'avais pourtant délibérément tenté ma chance en rentrant par Satin Lazare histoire de voir si Gabriel Sadoun y jouait. Deux bons pianistes occupaient la place dont un qui sembla oublier qu'il avait des gants et ne les a enlevés qu'au bout d'un moment, mais ils récitaient leur partition, ça n'est pas pareil.

C'est en arrivant, donc après la danse, en fin d'après midi à la maison que dans la boîte à lettres j'ai trouvé un colis de Noël, des gâteaux secs, des chocolats, un envoi familial que je n'attendais pas. 

 

billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour

billet également publié sur Bella Cosa 

 


Une fausse idée de ce que l'on est

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    Grâce à Le Chieur qui quitte FB, je suis arrivée jusqu'à cet épisode 3 de Do not track et j'ai fait le test. Leur algorithme est intéressant. Il se trouve que mon utilisation sans doute particulière de FB le conduit à déduire certains trucs sur moi qui sont ... tout le contraire. La raison en est simple : les analyses se font sur le clic et non sur ce qui le motive. Pour schématiser : ça n'est pas parce que l'on partage un article qu'on est en accord avec le point de vue défendu.

Que ça soit clair : 1/ je ne parle pas de moi pour parler de moi, simplement je suis le seul cobaye à mon entière disposition. Et je crois en l'occurrence mon cas assez typique de certains dangers de l'utilisation des données personnelles involontairement confiées.
2/ l'algorithme utilisé est un exemple fourni par "Do not track" afin que l'on voit ce qui est fait par ailleurs, rien ne dit que les réseaux sociaux utilisent le même. Mais des cousins, aux résultats que l'on peut croire voisins. 

 

Mon utilisation de FB se fait sur quatre axes : 

  • au départ parce que des vrais amis y étaient et qui du coup étaient moins sur leurs blogs, j'ai donc suivi comme lorsqu'on fait partie d'un groupe de potes qui a décidé de changer de bistrot ; corollaire : ouvrir mon profil avant que quelqu'un d'autre n'occupe le terrain. Très vite comme je suis devenue libraire, c'était une façon de pouvoir contacter facilement auteurs, éditeurs, amis d'autres librairie : bref, un usage amicalo-professionnel pour lequel ce réseau malgré ses terrifiants défauts est parfait.

  • corollaire : quand je travaillais pour une belle librairie en bas des Champs Élysées, et que nous organisions des rencontres avec les auteurs, c'était un outil efficace pour prévenir tout le monde, clients (la librairie avait un compte via le patron) et amis. Ça reste un outil pour moi être prévenue des rencontres qu'organisent les libraires ami-e-s.
     
  • très vite et comme à l'époque la plupart des sites d'infos ne proposaient que ce bouton-là pour "partager", épingler là des articles, toute sorte d'articles sur plein de sujets, de la même façon que je le faisais autrefois avec ciseaux, scotch et classeurs ou cahiers. C'est une béquille de mémoire, un capteur d'air du temps. Que les amis puissent du coup en profiter pour lire si ça leur chante me paraissait un plus. Ça le reste. 

 

  • prendre des nouvelles des amis ; quand on a une vie trop remplie et que nos heures de disponibilités ne sont pas nécessairement des moments pratiques pour par exemple téléphoner, un bref passage permet de savoir si quelqu'un qu'on aime bien va bien. Ou d'apprendre mais sans que ça soit lourd, qu'il ou elle a besoin d'un coup de main. Le fait d'habiter à Paris ou presque rend cet usage sans doute particulier : voir quelqu'un en vrai c'est généralement 45 minutes de transports pour se retrouver, les vies sont denses, les activités culturelles pléthoriques, on peut, et ça ne date pas de l'internet, rester très longtemps sans voir en vrai quelqu'un qu'on aime fort. Les réseaux sociaux ne nous privent pas de moments partagés ils nous permettent de ne pas nous perdre. Mon année et demi de travail fatigant dans un arrondissement où les non-habitants et non-touristes ne vont jamais me l'a plus que jamais prouvé. 

Depuis que je dispose d'un smartphone, s'y est ajouté un usage de brèves lectures, dans les transports notamment, et comme je n'ai pas accepté comme amis n'importe qui, elles sont souvent plaisantes ou instructives. Je n'ai pas même eu de tri à faire après les événements et les élections récentes, c'est dire.

Et enfin : je ne débats pas ou pas plus d'un commentaire, pas de temps pour ça, n'achète rien via la plateforme, pas de sous, et ne poste des photos que dans la mesure où elles sont utiles à quelqu'un ou quelques-uns qui ne les verrait pas ailleurs. Je n'ai rien à vendre. Je ne cherche pas à me faire des amis, seulement à pouvoir communiquer facilement avec les uns et les autres, et pas n'importe qui.

Ce sont sans doute ces particularités d'utilisation qui font de moi un cas typique du danger des algorithmes.

Celui de l'exemple me caractérise de part mon usage des like et autres partages par l'ouverture d'esprit, puis loin derrière le névrosisme (une tendance au pessimisme, à la dépression) et l'extraversion. La machine a donc repéré que je partageais pas mal d'articles sur plein de sujets, qu'habitant Paris en 2015 j'avais dû employer pas mal de mots très sombres (morts, attentats, deuil etc.) sans compter un deuil personnel et auparavant quelques sources extérieures de chagrins. Est-ce que cela fait de moi quelqu'un de pessimiste ? Je ne suis pas certaine de la pertinence de ce lien de cause à effet. La plupart des parisiens en 2015 auront selon les machines ce trait de caractère. Extraversion : OK je communique avec pas mal de gens, c'est sans doute ça. Cela dit on peut être communicatifs dans le silence des écrans et taciturnes dans la vraie vie, non ?

Capture d’écran 2015-12-28 à 11.31.33Grand éclat de rire : comme il se trouve que j'ai renseigné la partie "profession" de mon profil, il apparaît clairement que j'ai changé une fois radicalement de métier et plusieurs fois d'employeurs. La machine ignore lorsqu'il s'agit d'une fin d'entreprise et non d'un choix délibéré de changer. Elle ignore aussi les changements nécessaires en vue d'un autre changement prévu. Enfin elle part du principe que tout être humain occidental prend ses décisions professionnelles en vue d'une "carrière", ce qui en période de crise économique renforcée est totalement illusoire pour les 3/4 des gens. 

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 C'est pas faux : mon âge et le peu de moyens financiers que ma totale absence de "like" pour des marques - tout au plus quelques très grands whiskies et les maisons d'édition que j'apprécie -, ont dû conduire à ce diagnostic. Cela dit, je pourrais être une riche rentière peu dépensière que les établissements bancaires se bousculeraient pour courtiser et libraire par passion : qu'en saurait la machine ?

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Très inquiétant car archi-faux. Mon seul risque étant d'aider les autres dans les périodes où ça allait pour moi. 

Je crois que ce diagnostic provient du fait que j'ai eu si peu de revenus ces dernières années que je passe en dessous des critères d'analyse : je n'ai ni argent pour parier ni pour investir. Il est évident que du coup je ne pratique pas d'investissements prudents et avisés, puisqu'aucun n'est envisageable. 
Quant au jeu, je m'interroge, ai-je un peu trop plaisanté avec les copains sur le mode Ah si on gagnait au loto ?

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 Dans le monde insidieusement totalitaire de FB (et en général des réseaux sociaux, non ?) avoir un comportement de citoyen responsable c'est "faire preuve d'une tendance à risque dans la prise de décisions touchant à [notre] vie sociale". Je suis peu surprise, et presque un peu fière. D'ailleurs quand je tente de défendre une cause, je ne me pose pas la question en ces termes, ça n'est ni une "prise de décision" ni ma "vie sociale" que je mets dans la balance. La base de l'analyse elle-même est faussée.

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 Archi-faux et de façon inquiétante : comme j'étais enfant d'une santé fragile j'en ai toujours pris le plus grand soin. 

Ce qui est curieux : alors que je partage pas mal au sujet du sport, puisque de mes amis sportifs sont sur FB, on dirait que c'est passé hors champ de l'analyse. 

Voilà donc : on peut être sportif et sans autre addiction que la lecture, voilà ce qu'une analyse de donnée peut faire croire de vous.

Capture d’écran 2015-12-28 à 11.37.06Euh, sauf qu'en bonne parisienne respectueuse de l'environnement, je ne conduis plus, et qu'en vélo souvent je prends le casque et la nuit toujours le gilet réfléchissant.

Sans doute que le fait de ne pas conduire n'est pas envisagé, c'est comme le fait de n'avoir pas d'argent à dépenser, ça passe sous les radars des analyses.

 

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 La machine me fait prendre conscience que je ne perçois pas le sport comme un loisir, mais comme une nécessité afin d'être en forme pour pouvoir continuer.

Et je n'ai jamais été tentée par ceux qui sont cités, ou peut-être la plongée si j'en avais les moyens financiers - et ça ne serait pas du tout par goût du risque -.  

Ah si, j'ai un comportement à risques : j'écris. Mais ça n'est pas un loisir. C'est ma vie.

 

Voilà donc comment des analyses mécaniques peuvent donner de quelqu'un une image pour le moins erronée, du simple fait de l'absence de nuances, d'une grille de décodage selon une seule façon de penser (tout serait géré et intentionnel) et par manque (et tant mieux que ça ne soit pas possible) d'intégration des motivations. 

À vous de jouer ?

 


Some lack of stardom


    Ligne 9. Ils prenaient place à côté et en face de moi, trois personnes, des adultes, deux âgés, une pas toute jeune (1) qui disait à celle qui pouvait être sa vieille mère et le plus sérieusement du monde, comme une constatation profonde sur son caractère : 

- Il n'y a pas de star en toi.

Et la dame plus âgée de répondre, comme s'il s'agissait d'une conversation philosophique de haut niveau : 
- C'est ce que disent certaines stars, elles sentent qu'elles ont ça.

Je suis parvenue à penser au documentaire sur Janis Joplin, ce qu'elle en disait, et ça m'a permis d'éviter le fou rire qui montait face à une conversation de midinettes tenue par des personnes d'un tel rôle les grandes aînées.

 

(1) de mon âge quoi


NFTN - La chute


    Il m'arrive souvent d'avoir ce que Pennac dans son "Journal d'un corps" a appelé des bouffées d'enfance : j'oublie que mon corps est celui d'une femme déjà plus si jeune. Rien à voir (so far) avec un quelconque vestige de sexualité, mais plutôt avec des trucs que j'oublie ne plus pouvoir faire comme à douze ou quatorze ans.

Ainsi ce matin, alors que nous avions couru aussi sur la face sud de l'île et qu'il nous fallait remonter au niveau des rues, nous sommes-nous trouvé arrêtés par une barrière fermée. L'homme de la maison sportif format léger est passé par dessus sans encombre, en mode appuyé sauté. Je n'aimais pas trop la configuration : grille en haut d'un escalier raide donnant sur une mince piste de ciment que borde la Seine. Si tu tombes en arrière sans te fracasser le crâne, tu finis dans l'eau (sale), mais la barrière n'était pas haute, il était facile d'effectuer un rétablissement. Seulement j'ai eu ensuite un peu d'appréhension à passer les jambes entre les bras, ai tenté un passage d'une jambe par le côté (facile) et de glisser la seconde dans le triangle ainsi formé, mais j'ai mal évalué l'intervalle de passage, mon pied droit s'est pris dans quelque chose et j'ai vu le sol soudain se rapprocher, le temps de penser "C'est pas grave c'est de la terre, tu es du bon côté" et aussi "Roule". Ce que j'ai fait pour me remettre sur mes jambes après une providentielle culbute et dans le même mouvement. L'idée m'a vaguement effleurée d'effectuer un salut comme en gymnastique.

Pour rester pliée de rire : ça faisait bien trente-cinq ans que je n'étais pas tombée de cette façon. Adulte, on perd généralement l'habitude de franchir des barrières, du moins tant qu'aucune frontière hostile ne nous est opposée.

Un homme qui sur un banc lisait se retenait poliment de rigoler.

Une fois rentrée je me suis documentée, la prochaine fois j'essaierai la technique du pompier qui salue son agrès. #présomptueuse 


BDJ - L'homme à la cornemuse


   
Les bonheurs du jour, il y en eu deux ; j'hésite un peu. Finalement ça sera celui du matin peut-être un tantinet moins courant. 

Alors que nous faisions pour notre petit entraînement, le tour de l'île de la Jatte en courant, j'ai entendu comme un parfum d'Écosse. D'où j'étais l'homme était à peine devinable, une petite silhouette éloignée. Mais sa cornemuse portait. Il en jouait, et plutôt bien, sous le pont de Courbevoie, probablement afin de ne déranger aucun voisin. Il répétait.

Nous sommes restés à écouter différentes reprises de deux morceaux, puis avons repris notre parcours. Trop éloignés sans doute pour qu'il nous aperçoive.

Les autres coureurs du dimanche n'ont pas modifié leur allure. Le son sans doute ne leur sied guère. Tant pis pour eux.

[Quand je ne suis pas seule à courir, je prends rarement mon téléphone : pas de photo]

 

Billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour
Billet également publié sur Bella Cosa 

 


BDJ - Passer voir une amie


    Passer voir une amie alors à son travail, mais l'on pouvait (un peu) (à voix basse) se parler, croiser une de ses collègues, un moment hors du temps. Récapituler les duretés de 2015, mais il arrive un stade où ça fait du bien d'en parler afin de ne pas se laisser dévorer par la solitude de la peine.

Ce petit bonheur a même un corollaire : s'être retrouvée dans la salle où se trouve (se trouvait ?) un livre avec des photos de ce bien-aimé qui a fait si brutalement défaut et n'y avoir pas songé. Si ce n'est à présent pour me dire qu'il est trop tard et que je ne résoudrai jamais l'énigme que ces images constituaient : à la fin d'un roman qui n'était pas ouvertement autobiographique, une sorte d'album photos de famille, déposé là de façon totalement #WTF, lequel faisait la place belle à celle qui fut sa femme et la mère de ses deux cadets - quand on connaît la suite de leur histoire c'est à désespérer de tout amour -. Cet album inattendu comportait les premiers indices du fait que l'homme m'avait menti, mais ce n'est que longtemps plus tard que je l'avais compris. Le second bonheur du jour aura donc été de sentir que tout cela commence à dater et mes préoccupations à en être éloignées. Il faut dire que cette année 2015 aura mis le paquet. Les états d'âme romantique(s) n'ont plus franchement eu le droit de citer.

Billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour

Billet également publié sur Bella Cosa

 


Avec humour malgré tout


    Le 7 à la Une de la RTBF trouve moyen de faire une récap de 2015 avec humour malgré tout, mais non sans respect. 

Au passage je suis impressionnée par ce que j'avais déjà oublié entre le procès avec Strauss Kahn et l'avion abattu par son pilote même, qui fit pourtant davantage de victimes que les attentats de novembre à Paris. Confirmation si besoin était que l'on est beaucoup plus réceptifs et mémorisateurs de ce qui nous touche de près. 

Autre bilan par ici pour ce qui relève de Paris. 

J'avoue que je suis encore méfiante pour les derniers jours. 

Enfin un mystère, tous ces gens qui à Bruxelles sont furieux d'une zone piétonne (par ailleurs pourvue de métros), avec d'étranges arguments : les secours mettraient plus longtemps à arriver (?!). C'est le contraire, pas d'embouteillages, ils peuvent filer tout droit. Et des riverains qui semblent regretter le bruit des voitures et la pollution. 


BDJ - Une partie du ménage est fait (photos)


    20150319_190007Que raconter d'un jour si calme et qui comme (trop) souvent dans ce genre de cas aura si vite filé, tout occupé à la récupération des fatigues. 

Le bonheur du jour aura été une petite satisfaction : celle d'être parvenue à une étape précise du tri de photos. J'en prends quotidiennement et si je ne m'astreins pas à l'effectuer sinon au jour le jour du moins à la semaine la semaine, je sature le disque de mon ordinateur. En ce jour de Noël passé au calme, en 3/4 de petite famille, l'un dormant, l'autre jouant, j'ai donc pu remettre au clair une partie des clichés du printemps. Tri, sauvegardes et classement. 

Le chagrin et l'épuisement m'ont privée d'une grande partie de cette année 2015 qui s'achève à présent. Retrouver les images et les organiser me permet d'en sauver ce qui le méritait, de constater que contrairement au souvenir global que j'en ai : des attentats, de l'épuisement dans un travail mal considéré, des attentats, il y aura eu de bons moments, de la chaleur, de l'affection, quelques splendides réconforts.

Et même des sortes de gags dont cette éclipse ratée (à Paris du moins : ciel nuageux bien épais) pour laquelle (presque) tout le monde s'était frénétiquement équipé. C'était le 20 mars 2015 et ma photo date du 19. J'en avais perdu le souvenir.

Billet publié dans le cadre des Bonheurs du Jour

Billet en commun avec Bella Cosa