Où est le rêve où est la réalité où est le rêve où est
Henri Thomas (documentaire Les hommes livres)

En fait c'est sans queue ni tête mais il est fait le billet (le vote à l'extrême droite d'une partie des classes populaires)


    Il faudrait que je parvienne à écrire un billet sur la discussion politique qu'il y a eu à ce dîner, c'était je crois assez représentatif. Il est devenu inaudible de désigner les vrais "ennemis", le pauvre du pays veut croire la salade qu'on lui sert que le danger vient du pauvre de l'autre. Et quand tu argumentes et mets en lumière les incohérences elles de dérangent pas, la palme étant remporté par le gars qui dit si je voterai je voterai Marine sans hésiter et à qui quelqu'un demande Ben pourquoi tu ne votes pas, Je peux pas je suis portugais.
(Tu voudrais donc voter pour un parti qui te renverrait dans ton pays ? Ah mais non, moi c'est pas pareil) (en fait il semblerait pas mal d'hommes votent juste pour une blonde - c'est pas que je suis pour le Front National mais je vote pour Marine -, aussi, ce qui fait doucement rigoler quand on pense qu'un des arguments contre le vote des femmes étaient qu'elles risquaient de voter pour celui qu'elles trouvaient le plus beau). Le discours "anti-assistés" est totalement intégré et inébranlable, et il faudrait supprimer les allocations (dit par de très bientôt futurs parents). Aucun lien n'est fait avec les catastrophes auxquelles ont conduit les mêmes types de discours par le passé. Et si on tente de le faire, pfff, mais non on n'a rien compris.
Le seul point positif : à un moment de la discussion un type a dit d'un homme en vue (politicien ou footballeur) quel pédé ! et il s'est fait rembarrer par la tablée, les femmes (moi incluse) qui ont fait de l'humour, et le gars a dit oui bon d'accord, c'est un sale con.
Après, effectivement contrairement à ceux qui votaient FN il y a plus de 15 ans, il n'y a pas une réelle haine de l'autre pour sa couleur de peau ni même sa religion (bonne surprise), c'est plus une lutte des classes toute déformée. Qu'on s'occupe de nous d'abord disent-ils.
(et quand j'ai voulu parler du scandale du Libor, j'aurais cité un sport en vogue chez les martiens c'eût été pareil).
Cela dit on a pu parler sans s'énerver et rester courtois mais en mode implicite De toutes façons vous ne comprenez pas, vous ne pouvez pas savoir. Et ce qui revient sans arrêt lorsque l'on tente d'objecter c'est Oui mais toi (ou nous) c'est pas pareil. Et tout le monde au dessert reprenait en chœur les vieilles chansons de Michel Fugain. 
Il faut croire qu'à un moment donné, le Peace and Love a grave merdé.
 
J'oubliais : le malaise est bien plus profond qu'une réaction aux événements récents, un truc que je n'avais pas pigé c'est que le finalement beaucoup de gens ne se sont pas senti si concernés que ça, ni en janvier (dessinateurs, policiers, juifs) ni cette fois (jeunesse considérée comme privilégiée), c'est moche c'est triste, c'est condamnable, mais c'est des tarés qui s'en prennent à une autre partie de la France (ce n'est pas dit clairement, mais dans les mots on sent l'éloignement, un peu comme si les attentats avaient eu lieu à Berlin ou Bruxelles).
J'oubliais : voter pour un parti extrémiste ne met en rien la démocratie en danger car elle n'existe déjà pas, ça fait un peu semblant mais c'est une dictature, si on n'a pas d'argent on peut juste crever (mais je croyais qu'il ne fallait plus aider les gens, fournir une assistance ? ah mais non c'est pas pareil)
 
PS : Ceci n'est qu'un résumé en vrac d'une conversation en banlieue parisienne un soir de veille d'élections, rien de plus articulé. Mais il y a peut-être des éléments de compréhension de se qui se passe sur l'ensemble de la nation.
 
Enfin il ne faut pas perdre de vue que depuis plusieurs élections déjà, l'extrême droite rassemble de jeunes ambitieux qui n'ont pas de convictions particulières mais ont pigé qu'il y avait là un passage vers une ascension fulgurante possible, ainsi que des journalistes qui servent la soupe parce qu'ils pensent que dans un avenir pas si lointain il sera bon d'être considéré comme de ce côté. Il y a également une partie (j'en ai eu comme clients) qui sont des très catholiques pour certains très bourgeois, qui depuis le mariage pour tous trouvent la droite "classique" trop mollassonne et la supériorité de l'homme blanc impossible à remettre en question. Ceux dont je parlais ce soir ce sont ceux qui triment beaucoup pour peu, ou qui ne parviennent plus à trouver du boulot, ceux qui n'ont plus que "leur honneur", "leur fierté" (sic) et qui conduisent les camions dans lesquels à Calais viennent se cacher des gens qui souhaitent passer en Angleterre (1) et certains chauffeurs perdent leur boulot à cause d'eux. Très difficile de faire passer l'idée que le vrai ennemi n'est pas le frère en pauvreté mais ce qui fait (ceux qui font) qu'il est là à vouloir passer et ceux qui décident que le chauffeur sera le maillon qui subira la sanction, peu importe qu'il soit de mèche avec les passeurs ou non.
 
Rarement autant que ce soir je n'aurai eu le sentiment que les jeunes qui partent faire le djihad en Syrie et une partie de l'électorat de l'extrême droite en France procédaient du même phénomène auquel ils répondaient selon (en général) (sauf rébellion) leur origine : une société que le capitalisme sans contrepoids a rendu sans pitié et sans place pour tant et tant de personnes et où la leur est celle du Moins que rien. Alors ils vont vers qui leur donne l'illusion d'être écoutés et les valorisent (les uns parce qu'ils croient au "bon" dieu, les autres parce qu'ils sont de la bonne origine) et ensuite ils ont envers leur "gourou" respectif la loyauté de qui croit que cette personne les a sortis du néant.
 
 
(1) Bizarrement : on ne veut pas d'eux ici, mais on leur en veut un peu de préférer à ce point l'Angleterre, ils sont vexants à la fin.

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