Les petits mystères du carré militaire
Let's try (Sally Kohn)

Ô sole mio


Semianyki Express

Tu reviens de la piscine, dans la fatigue bienveillante de l'effort physique accompli, un peu flottante de l'esprit, tu sais seulement que rien ne presse, que la prochaine "obligation" (qui est un plaisir) ne nécessitera pas ton départ avant plusieurs heures de la maison, tu disposes donc de cette plus grande richesse du monde avec l'eau (et l'air, mais l'air est si nécessaire que s'il vient à manquer on n'est immédiatement plus là pour en témoigner), qui est du temps libre. Alors une fois le vélib reposé qui te permet une vague illusion triathlétique en revenant de nager, tu marques d'un pas tranquille que tu imagines souple.

Mais l'œil photographique, c'est comme les phrases dans la tête, sauf sommeil ou fortes fièvres, il ne s'arrête jamais et le voilà qui rappelle au reste du cerveau qu'il faut d'urgence prendre une photo 20151215_084227 Et là ton cœur fait un petit bond de joie, qui ressemble un peu à celui de quand tu vois ton amoureux arriver du train, du moins quand tu en avais un et que vous aviez l'envie et les moyens de prendre l'autre, quelque chose de l'ordre de l'allégresse pure et assez gratuite, il vient pour son travail vous ne serez pas seuls ou si peut, ils sont là et puis après ?, le simple réconfort de leur présence non loin. 20151215_084242

 

Tu vérifies que tu n'as pas rêvé, puis tu te souviens que tu ne sais pas lire le russe, ni le parler. Tu ferais bien un truc de fan mais comme tu ne sais pas ce que c'est que d'être fan, en fait, pas vraiment, mais voilà tu sais quand même être éperdue de reconnaissance et d'admiration, bref, voilà tu ne sais pas quoi faire. Ou plutôt si, tu as bien une idée, surtout en entrevoyant une petite tablée à la salle du petit déjeuner (1) qui pourrait bien être une partie de la troupe, tu sais que si tu avais de l'argent tu serais déjà arrivée chez le fleuriste des allées en train de choisir un bouquet. L'option ce mois-ci est exclue, tu n'as dû de surnager qu'au secours de l'amitié, en l'absence de perspective confirmée, il ne faut rien dépenser.

Alors tu vas vers les jardins, un petit sourire pour t'escorter. Et voilà qu'un homme te dépasse qui fait de la course à pied, peu équipé comme les pratiquants franciliens du "running", le gars qui se fait un petit décrassage avant d'entamer la journée et tu crois reconnaître Alexander Gusarov, mais sur le moment son nom n'est pas là, tu prends une photo pour conserver l'instant, 20151215_085050 - Version 2d'assez suffisamment loin pour ne pas déranger.

Quand il passe tu lui souris, mais tu ne saurais que dire si soudain il s'arrêtait ; Spaciba ce que vous faites, c'est un peu limité.

En attendant, cette brève proximité t'a redonné un peu de forces, du soleil dans le cœur, peut-être une simple confiance en les coups de chance, la possibilité qu'il y en ait, entre les coups durs personnels ou collectifs, qui se laissent (trop) bien collectionner.
Un spectacle russe

Quand tu repartiras, tout à l'heure, ils ne seront plus là.

 

(1) que l'on peut entrevoir en passant.

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