Déclarations d'amour
Avant

Presque une douzaine de jours [après]

 

    L'expérience m'a appris que lors des coups les plus durs de la vie, si on y a survécu sans être physiquement meurtris, sur le moment même on fait plus ou moins face, souvent mieux qu'on ne l'aurait cru mais aussi parce qu'il y a tant et tant de choses à faire et que si la tragédie revêtait une part collective - comme typiquement les attentats -, on est sollicités et entourés de sollicitude (1), mais que voilà, au bout d'une douzaine de jours, le quotidien reprend ses droits et on doit faire face au retour des autres dans leur vie "normale" (2) tandis que les tracas que l'on avait mis sous le boisseau tant ils étaient ridicules à l'aune de la catastrophe en cours, se font un plaisir de se rappeler à notre bon souvenir.

Ce matin, alors que je m'accorde une journée à la maison pour tenter de reprendre pied, j'ai eu cette chance inouïe de n'être pas directement concernée alors que plusieurs amis ont failli être atteints (3), j'ai donc songé à ceux qui devaient être en plein dans ces heures difficiles, celles où l'on mesure l'étendue du désastre et la profondeur de nos solitudes. 

Alors je suis allée à la pêche aux nouvelles : 

Au passage, j'ai appris qu'il y avait eu au moins un mort d'une façon particulièrement malchanceuse, comme une sorte de summum d'injustice - on sait que la vie est injuste mais parfois elle dépasse les bornes -. 

Nous allons reprendre ou avons déjà très volontairement repris le cours de nos vies, ce qu'elles ont de bien, ce qui y est rude. Et on s'efforcera de tenir le coup jusqu'au prochain épisode sanglant.

En attendant, une pensée pour tous ceux qui se débattent et pour un moment encore dans les conséquences immédiates de ce qui s'est passé.

 

(1) à moins d'avoir un employeur impitoyable. 
(2) C'est inévitable, je suis bien placée pour savoir que si un proche très proche est par exemple hospitalisé tandis que l'on est tenus d'aller travailler on ne peut pas tenir un rythme métro boulot hosto dodo indéfiniment. 
(3) J'oscille par ricochet entre un Ce n'est que partie remise prépare-toi au pire et un assez puéril J'ai déjà donné. Comme si l'existence procédait par tirages sans remise. Ça se saurait.

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