Avant
Après (juste)

Pendant


     PB241941La séance avait lieu à 21h15, elle a débuté avec un léger retard. J'ai remarqué les visages soucieux de deux des organisateurs. Comme il y avait eu des soucis de projections dans cette salle, j'ai plutôt pensé à un tracas lié au festival. Ou à quelqu'un du festival, qu'on allait nous annoncer une tragédie personnelle de quelqu'un lié à celui-ci ou au film. Je ne saurais jamais s'ils commençaient à avoir vent de quelque chose ou si je réinterprète a posteriori.

Sur le moment même, je pensais surtout à mes petites bricoles, les films que l'on venait de voir, que ce festival commençait à porter ses fruits en terme de nécessaire déconnexion de la vie (1), de se débrancher des soucis. 

J'ai perçu très nettement à environ 40 mn du début du film un remue-ménage vers le centre de la salle, en arrière par rapport à nous, là où sont habituellement calés les officiels. Comme personne n'a émis de bruits d'agacements (pas même un chut !) j'en avais déduit que quelqu'un s'était senti mal et avait dû sortir, j'avais eu l'impression de ça : deux ou trois personnes qui filaient.

Le film était bon. Pas génial mais bon. Et suffisamment consensuel pour que personne ne sorte avant la fin pour cause de désaccord ou d'ennui profond.

C'est au moment exact, avant même la fin du générique, lorsqu'un des organisateurs est venu nous dire précipitamment, Écoutez, nous préférons vous prévenir, il y a une série d'attentats à Paris, au stade de France, il y a des tirs, on ne sait pas bien, si vous le préférez rentrez vite chez vous. Sinon nous allons tenter de maintenir le débat prévu, qu'en ouvrant mon téléphone j'ai trouvé le SMS de ma fille qui disait "On est vivants", ce qui a fait dans ma tête un étrange carambolage entre un "Pourquoi elle m'écrit ça ?" et la partie du cerveau qui écoutait et amorçait une forte inquiétude qu'au moment même le message rassurait, mais m'a évité d'être dévorée d'angoisse maternelle. Elle a immédiatement été submergée par l'angoisse pour mes amis, du moins tous ceux susceptibles d'être de sortie un vendredi soir. 

Et je me suis jetée sur mon smartphone, très soulagée de disposer en ce moment précis de ce précieux outil.

 

(1) Depuis quelques années en pratique les cures de cinéma sont mon seul répit. Sinon je ne décroche jamais que par le sommeil. L'ivresse m'est inconnue. 

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