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14 novembre 2015 : such a strange fifty two dans un deuil général (notes en vrac)


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J'ai probablement dormi fort peu, il devait être 4h lorsque je me suis mise au lit, peut-être avais-je dormi devant l'écran de l'ordi je n'ai pas vraiment compris comment les heures entre le retour du ciné et le moment de m'allonger s'étaient compactées. Je sais que j'ai longuement suivi le défilé des annonces FB de Est signalé en sécurité. Moi qui suis loin d'être en accord avec la philosophie de la plupart des réseaux sociaux et l'usage qu'ils font de nos données, j'avoue que là j'étais heureuse que ça existe.

Le réveil s'est donc fait par le réveil du téléphone, et l'homme aussi qui avait repris pied dans la réalité avant moi, et ma première pensée a été quelque chose comme Mais si je me réveille et que c'est toujours vrai, c'est donc que ça n'était pas un cauchemar. J'ai vu que Gilsoub avait eu la même sensation.  

Plus que d'autres années j'ai été assez vite débordée par les SMS et les messages de Bon anniversaire. En fait et même si certains me l'avaient souhaité dès la nuit puisqu'on s'était contactés à cause des attentats et pour vérifier la poursuite de nos existences en ce moment précis, j'avais complètement oublié.

Je pensais à mon grand ami, mon presque frère et combien, à peine étais-je rassurée au sujet de mes enfants, j'avais eu peur pour lui. Les textos échangés avant d'aller au premier film du matin m'ont confirmé que ça n'était pas passé loin. Mon intuition trop puissante est parfois source de peurs sans fond (pour ceux que j'aime).

Les deux premiers films du jour ont été vus sans comprendre, j'étais incapable de suivre une histoire structurée. Je sais que plus tard du premier, The red spider (Polonais) me restera la mémoire des décors, de grands espaces dans des bâtiments délabrés, et un éclairage somptueux, et du second, Thirst, des paysage ensoleillés et si chaud qui faisaient du bien. Mais les personnages en semblent presque absents.

Nous étions soulagés que la décision ait été prise de poursuivre le festival coûte que coûte. C'est une façon de ne pas céder. 

(suite plus tard, sommeil brutal)


Notes éparses pour plus tard, quand on nous ou se demandera Comment ça s'est passé (pour vous) ?

 

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Tu seras une très vieille dame, qui sait et des enfants ou plutôt des adolescents qui auront cette période de l'histoire à étudier te demanderont. Ou plutôt non, il se sera passé tant de temps que tu ne seras plus là, ce seront peut-être les petits-enfants de tes propres enfants eux-mêmes alors plus âgés que toi maintenant à qui seront posées les questions. L'un d'eux se rappellera que j'avais pris des notes.

Peut-être qu'entre temps la troisième guerre mondiale aura eu lieu. On dirait de plus en plus qu'on en prend le chemin.

Ce qu'il faut savoir c'est qu'au moment même, on ne sait pas. Il se passe des choses, on agit ou réagit selon qu'on est directement concernés ou non, et l'on tente de s'informer pour comprendre. Mais parfois on est tellement dans l'œil du cyclone qu'on ne comprend pas. Ou que l'on croit comprendre quelque chose mais que les apparences sont trompeuses, il manque une vue d'ensemble.

Cette semaine-là nous étions à Arras, l'homme de la maison et moi en vacances pour le festival de cinéma. Nos enfants (jeunes adultes) étaient à la maison, ils avaient cours, leurs congés avaient eu lieu la semaine qui précédaient.

La COP21 devait se tenir à la fin du mois à Paris. En janvier il y avait eu l'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo et plusieurs autres attentats par fusillades ou prises d'otages. J'y avais perdu un ami.

J'étais persuadée au vu de l'évolution générale qu'il y aurait des tentatives d'attentats pendant la COP21 et que c'était pour ça qu'à part deux (ou trois ?) faits violents dont l'un c'était terminé miraculeusement grâce à l'intervention simultanée de plusieurs passagers courageux d'un TGV, et qui semblaient le fait de types exaltés isolés, c'était depuis resté calme. J'étais persuadée que les terroristes potentiels fourbissaient leurs armes en vue de la venue des chefs d'états, quitte à ne pas les viser eux mais à foutre la terreur à ce moment-là.

Le mercredi le film des père et fils Leconte "L'humour à mort" qui évoquait ceux de Charlie Hebdo avait été projeté. Bizarrement le gars qui animait le débat d'après leur avait posé cette question : Que faisiez-vous quand vous avez appris que l'attentat avait eu lieu ?

Le père a dit, avec effort, C'est difficile pour moi. Puis : c'était mon anniversaire ce jour-là.

Ma pensée intérieure a alors dit Moi aussi. Et mon cerveau rationnel lui a enjoint de se taire, lui rappelant que le 7 janvier est bien un anniversaire qui te concerna un peu sept ans durant car c'était celui d'une très grande amie, perdue depuis. Il n'a pas compris que la pensée voulait dire, moi aussi c'était mon anniversaire et il y a eu des attentats. Le cerveau rationnel suit le temps linéaire que la pensée intérieure ne respecte pas, qui circule indifféremment dans l'espace ou le temps.

À un film islandais le matin du 13 novembre, un dialogue t'avait fait sourire qui reprenait entre trois personnages la question de l'animateur. La mère, pas toute jeune, ne se souvenait pas de ce qu'elle faisait lors d'un fait évoqué par l'un de ses interlocuteurs. Elle ajoutait :

  • Mais je me souviens très bien de ce que je faisais quand il est mort.
  • Qui ça ?
  • Mais tu sais bien,
    Et là elle tombait soudain dans un trou de mémoire
  • Kennedy ? lui suggérait l'un.
  • Lennon ? demandait l'autre
    Non, non pas eux, disait-elle cherchant. Puis elle s'illuminait :
  • Kurt !
  • Kurt ? demandaient les deux autres
  • Kurt Cobain annonçait-elle triomphante avant de leur raconter ce qu'elle faisait ce jour-là quand elle avait entendu les infos.

J'avais ri, et n'étais pas la seule dans cette salle. Il était drôle qu'une dame de son âge se souvienne davantage de celui-là que des deux autres. La même scène vue le lendemain m'aurait fait pleurer. 

En début de soirée et alors que lors de nos (rares) vacances nous procédons plutôt à l'ancienne, cartes postales et appels ou messages uniquement si nécessaire, j'avais éprouvé une sourde inquiétude et nous avions tenté de joindre nos enfants. Notre fille avait répondu par texto que tout allait bien, merci. Mon inquiétude (1) ne s'étant pas apaisée, j'avais songé à appeler ma mère, mais le courage m'avait manqué et il était l'heure du film prévu pour la soirée. À 21h15 au Casino rénové. Il nous fallait 10 minutes à pied pour y aller. Un des organisateurs m'avait semblé tendu mais tout avait démarré comme prévu.

Titre du film (ça ne s'invente pas) : Je vous souhaite d'être follement aimée

Et qui parle beaucoup de filiation et, très joliment, d'intégration, de ne pas se laisser happer par les préjugés.

Vers 21h50 il y a eu comme un remue-ménage dans les rangées centrales, vers les places d'honneur. Mais personne n'a intimé de se taire, personne n'a protesté, j'ai senti que des gens filaient et très vite. J'ai cru à une urgence médicale, quelqu'un qui aurait fait un malaise discret et que l'on emportait. 

Le film était réussi et plutôt prenant, je me suis laissée reprendre. Mais il y avait une sorte d'intranquillité, je n'y étais pas tout à fait.  PB131913

À peine les lumières remises et les applaudissements entamés, qui s'adressaient à la réalisatrice présente ainsi qu'à l'une de ses actrices principales, le modérateur a pris la parole pour dire sombre et sobre : On vient d'apprendre qu'il y a eu des fusillades à Paris, des explosions vers le Stade de France, il y aurait plusieurs dizaines de morts. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais peut-être qu'en attendant d'en savoir plus nous pourrions quand même tenir le débat prévu. Mais vous souhaiterez peut-être rentrer.

Au même instant très exactement j'étais en train d'ouvrir mon téléphone comme souvent à la fin d'une séance, et lisait un SMS de 22h35 envoyé par ma fille : Nous sommes vivants. Grâce à sa prévenance, j'avais donc eu zéro seconde d'inquiétude intime et strictement personnelle. Ce qui n'a pas empêché dès que j'en ai su un peu plus via twitter que je scrollais avec fébrilité et que des noms de lieux : Bataclan, Stade de France, Charenton par erreur, c'était en fait Charonne, d'être submergée d'inquiétude pour tant et tant de mes amis, qui amateur de foot, qui de musique, qui tout à fait susceptible d'être un vendredi soir à la terrasse d'un café des quartiers nommés.

La discussion d'après-film a été plus courte qu'à l'ordinaire, même si chacun, spectateur comme intervenant, s'efforçait de s'y consacrer avec la même application qu'à l'ordinaire. Je croyais écouter, n'en ai rien retenu fors un détail sur le travail de kiné et le choix de la profession de kiné pour une femme qui cherche ses origines. J'étais en train de parcourir les différentes sources d'infos et glisser les principales à l'oreille de mon mari.

À peine sortie j'ai appelé ma fille, qui m'a donné des nouvelles de ses propres amis - l'un d'eux était au Bataclan, mais à présent, sorti -, puis la ronde des textos et des touites a commencé. De façon un brin absurde j'ai fait un détour pour poster près des Trois Lupars (où j'avais quelques beaux souvenirs du temps où je pouvais descendre à l'hôtel) trois cartes postales rédigées plus tôt et qu'il était désormais absurde d'envoyer mais nous devions être dans une forme d'état de choc qui nous poussait à effectuer malgré tout ce qui était prévu. Je me souviens d'avoir réagi ainsi après le 7 janvier, dans l'élan, d'avoir accompli toutes sortes de choses qui n'avaient plus grand sens sauf que les faire comme elles avaient été prévu semblait sur le moment essentiel. Une résistance.

Et d'ailleurs dans le même état d'esprit nous étions allés écouter sous le chapiteau "club house" du festival un peu d'un concert de rock, comme une forme de solidarité.

Très vite j'avais été accaparée par l'écran de mon téléphone à la fois occupée à tenter de comprendre se qui s'était passé et semblait encore se passer, répondre à ceux qui s'inquiétaient pour moi et m'enquérir de nouvelles de ceux qui comptaient pour moi et n'avaient pas encore donné signe de vie. Plusieurs messages ou touites se sont croisés et c'était assez beau. Une amie a même pensée dans la mêlée à me glisser un Bon anniversaire malgré tout. C'est vrai qu'entre temps nous étions à la maison - j'avais dû marcher tout en touitant, ne m'étais pas vraiment rendue compte du trajet - et j'ai pu enfin en savoir plus grâce à l'ordinateur, tandis que l'homme allumait la télé. Elle fut éteinte assez vite, n'apportait pas grand chose, l'internet bien davantage.

J'avais tenu à faire au plus possible comme à l'ordinaire. Je crois que c'est ma façon de résister. 

Très vite est apparu cet impressionnant outil facebook, le safetycheck, tandis que twitter se distinguait par les belles propositions d'hébergement de parisiens en détresse (2) sous le hashtag #PorteOuverte et ça semblait plutôt bien fonctionner. Bien sûr la haine s'exprimait, elle ne demandait que ça depuis un moment déjà en ce temps-là. Mais sur ma TL d'humanistes évolués, elle n'apparaissait que par le biais de citations indignées.

J'avais ajouté un message pour rassurer nos lointains parents et amis en anglais et en italien, changé ma photo de profil dont le grand sourire semblait désormais indécent (pour la Tour Eiffel brumeuse du 7 janvier), puis après un dernier tour des infos et autres reddit, la mort dans l'âme, m'étais couchée. Il était 3h45 et le sommeil était resté à distance, pour une fois.

Me restait une vague inquiétude pour mon grand frère d'affection, qui m'avait dit être à l'abri mais vers Parmentier. Peur rétrospective. 

Et puis cette pensée bête que c'était quand même mieux lorsque c'était un volcan islandais qui d'un seul coup permettait de géolocaliser tout notre carnet d'adresses plutôt que des attentats meurtriers. Le fait aussi même si c'est très secondaire au milieu de l'état de guerre, qu'il était réconfortant de voir les amis qui s'étaient inquiétés, du moins ceux qui ne savaient pas exactement que j'étais hors de Paris ce soir-là car hors de Paris sur la période.

Voilà, de notre côté, ce fut comme ça.

 

(1) Cette inquiétude-là, lorsqu'elle me saisit, ça n'est jamais pour rien. En revanche elle ne se déclenche pas à tous les coups. Le matin de Charlie, par exemple, rien.

(2) Les lignes de métro semblaient par sécurité fermer. 


À peine le temps

 

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Fortement motivée par mon job l'an passé, j'avais effectué des aller-retours Arras Paris en train afin de pouvoir profiter quand même du festival de cinéma. Mais j'étais restée sur ma faim, en particulier quant à la compétition européenne qu'il est bon de voir dans son intégralité si l'on souhaite avoir une idée d'ensemble au delà d'un "J'aime - j'aime moins".

Alors cette année et dotée d'un avenir glorieusement incertain, j'ai chargé la barque : quatre films par jours rarement moins. 

De fait je n'ai le temps de rien d'autre, à part capter une bribe de la ville, un repas complet, glisser quelques courses. L'écriture est loin et me manque (mais en rentrant de la dernière je dois dormir). 

L'équilibre n'est donc pas pour aujourd'hui. Pas encore cette fois-ci. Il n'en demeure pas moins que l'immersion est un plaisir, les ennuis tenus en respect, et que grâce au film des Leconte père et fils, un peu du deuil que je ne sais pas faire, qui me fait osciller encore dix mois après (1), se fait, lentement, lentement.

Le cinéma est un soin.

 

(1) alors que je ne faisais pas partie des proches pour qui ça doit être infiniment plus dur. 


Si longtemps pour comprendre

 

    Il m'aura donc fallu si longtemps, et un film irlandais montrant un personnage au prise avec ce problème, pour piger que mon sommeil si violent et qui peut survenir tout le temps avait quelque chose d'un brin pathologique. Je l'avais toujours associé à la fatigue liée à la thalassémie et je pense que c'est le cas, il n'empêche que je combine sans doute autre chose. 

Je croyais que ce que je vivais c'était comme tout le monde en un peu plus accentué et j'ai tout fait pour faire avec, tenu 23 ans dans un emploi de cadre, puis quatre à cinq ans dans des emplois physiques en boutique, que je suis parfaitement capable de tenir sur une période courte en fait et si rien ne va mal par ailleurs.  En fait je croisais souvent des collègues qui me semblaient en aussi piètre état que moi, mais ce que je n'avais pas intégré c'était qu'eux avaient généralement une cause précise à leur état, une nuit blanche, une beuverie, quelques excès très excessifs, alors que je n'avais rien fait pour ça. Je n'avais pas non plus compris qu'il leur suffisait d'une bonne nuit par après pour se remettre d'aplomb quand de mon côté, plus particulièrement l'hiver c'était mon état permanent. 

Il n'y avait guère que par temps de canicule que j'étais à armes égales voire favorisée (1) par rapport aux autres, dans un monde où tout n'est plus évalué qu'en termes de performances au lieu que l'on considère les efforts fournis et le service rendu.

Je comprends également mieux pourquoi j'ai commencé à souffrir et à ce que ça devienne une lutte pied à pied depuis le 7 janvier : un choc émotionnel, un état de stress sont des facteurs aggravants, le médecin du film le dit à l'enfant, sujette à ces endormissements. C'est donc, d'une certaine façon normal que ça soit devenu pire.

J'ai également compris pourquoi j'aimais tant la pratique sportive, pourquoi elle m'était nécessaire : la nage parce que l'eau est l'élément dans lequel l'hypotension s'estompe, je n'ai pas la tête qui tourne en nageant, l'eau me porte ; la course à pied, la danse, le vélo, parce qu'en agissant je maintiens le sommeil à distance, la question ne se pose plus, même s'il m'arrive d'être saisie d'un coup de pompe ça n'est pas pire que pour n'importe qui. Le foot, quand c'est possible, reste un grand amusement.

C'est amusant aussi de constater combien au cours de dizaines d'années j'aurais considéré comme normal des faiblesses que j'avais, alors qu'elles tenaient de la pathologie et me serais crue sans doute pourvue de légères infirmités dans quelque domaine où en fait c'était les autres qui n'étaient pas tout à fait à la hauteur. Reste qu'avoir enfin pigé n'apporte pas de solution immédiate.

Mais pour le sommeil intempestif, je crois que la prochaine fois que je verrai mon médecin qui jusqu'à présent n'a rien voulu entendre - par les temps qui courent il est pris d'assaut par tant de malheureux qui souffrent d'insomnie, alors il ne voit pas le problème -, je saurai insister.

 

(1) La chaleur m'a toujours fourni de l'énergie. Transpirer ne me gêne pas, dès lors qu'on a de l'eau pour boire et s'y passer les mains (il est effectivement gênant d'avoir les mains moites)


Le retour de Jairo


    C'est en le reconnaissant sans l'ombre d'une hésitation dans le film de Carlos Saura "Argentina (Zonda folclore argentino)" , que je me suis souvenue de l'engouement qu'il y avait eu en France, un temps, pour l'Argentin à la voix élégante, et voilà que j'ai retrouvé ce "Numéro Un" du 8 juillet 1978. Il y a quelque chose de jubilatoire à revoir ceci, Le Luron en Dalida inside (par exemple)

 

 

Un peu de nostalgie aussi, tant sont morts depuis. La plupart étaient d'excellents artistes de variétés (est-ce que ce terme s'emploi encore ?) ce qui n'est pas donné à tous, même si le genre est facile à mépriser.

Le nouveau film de Carlos Saura (1), exigeant, sans enrobage, que la musique, la danse, quelques mots pour demander aux ballarini de se mettre en place, est un enchantement.

Et retrouver le jeune chanteur populaire d'il y a 36 ans, en vieil homme magnifique à la voix intacte et dans un répertoire de meilleure ampleur fut un beau petit bonheur. Les autres musiciens étant également formidables, dans différents styles de musiques argentines, si je parle moins d'eux c'est seulement qu'ils ne me réservaient aucunes retrouvailles, mais le plaisir de belles découvertes.

 

(1) Vous savez, Cria cuervos .


La première fois que j'ai deviné le Goncourt à l'avance (élémentaire mon cher Watson)

 nb. : Ce texte a été écrit bien avant le 7 janvier 2015 (même si ça ne change a priori rien à son contenu je préfère le préciser). Je trouve amusant de le publier aujourd'hui alors que le résultat du même prix ce mardi a été une grande joie - prix qui longtemps m'était totalement indifférent ne couronnant le plus souvent que des ouvrages guerrier pour hommes ou de femmes dans la logique des hommes (préoccupée de séduire, peu d'autre chose), du moins c'est l'impression que j'en avais -.

 

 Cette année-là je connaissais deux des quatre finalistes du Goncourt - ce qui n'a rien d'exceptionnel lorsqu'on est libraire à Paris, on rencontre les gens ne serait-ce qu'au café du coin - et l'un d'eux était un homme que j'appréciais et même si on c'était rencontrés "en pour de vrai" sur le tard par rapport à ses polars, dont je me sentais proche.

On avait plaisanté sur le fait que je lui souhaitais plutôt le Goncourt des Lycéens que le Goncourt des vieux.

Le week-end avant l'attribution de ce dernier prix, j'étais en Normandie, peu connectée, même si pour la première fois Orange daignait me faire les honneurs de son hotspot (moyennant le partage consenti de notre livebox). J'avais donc un peu de retard dans mes réponses aux messages.

Une émission sur France Cul le lundi matin même me fit prendre conscience que le prix allait être décerné le midi même (et non le jeudi, comme je croyais, j'ignore pourquoi). Du coup j'ai répondu (brièvement) à une conversation tranquille (1) que j'avais laissée pendante avec l'auteur de ce livre que j'avais beaucoup aimé. Il m'a répondu vite, dans notre ton (2). D'où que je m'étais dit Ah tiens, il n'est pas en train de travailler.

C'était déjà l'époque où les messageries se montraient déjà bavardes et précises : "envoyé de mon mobile" précisait le fond de celui-là. 

Te voilà donc en route, mon gars, ai-je alors songé, amusée. Comme c'était le prix qu'il souhaitait, j'ai été contente pour lui. Pas un instant je n'ai songé qu'il me répondait sur le chemin de son habituel boulanger.

Mais j'ai ensuite espéré que les lycéens ne se laisseraient pas dissuader. Et puis j'ai eu une pensée pour sa femme, que j'avais croisée dans une librairie amie et qui n'avait rien de l'éternelle blonde décorative dont tant d'hommes en devenir (ou sur le retour) aiment à se faire escorter ; celle-ci était discrète, élégante sans étiquetage ni affèterie et intelligente : il est aussi difficile d'être le conjoint de qui a du succès que de qui cumule les échecs. Bien sûr les fins de mois s'arrangent, du moins tant que le couple tient, mais ça n'est pas simple. Du tout.

Je tenais alors pour ma part un chagrin amoureux bien profond et méchant, pour un auteur qui m'ayant rejetée en tant que femme, se privait du même coup de ce petit côté "Bonne Mascotte" (3) que j'avais. Alors ce bref échange, tout diplomatique que ce prix-là fût, m'avait réconfortée. Une façon enfantine et irrationnelle (j'en conviens) de me dire que l'autre grand dadais en me quittant non seulement s'était privé d'un secours appréciable mais ne m'avait pas même si j'étais à terre coupée de cette petite grâce de passionnée qui m'était donnée depuis plusieurs années de disposer d'une forme de vista.

Et puis la gentillesse pour le coup de cet homme qui se sachant déjà lauréat avait pris la peine de me répondre alors qu'il n'avait strictement rien à y gagner : je n'étais qu'une lectrice lambda, et libraire au chômage, m'avait marquée. Il y a comme ça un bel avantage à galérer de longues années avant de parvenir à s'en sortir (provisoirement) (un peu) : elles permettent de faire le tri entre les personnes désintéressées et les autres. Ceux qui ont été adorables, attentifs ou respectueux avec moi alors que je n'étais qu'employée d'une grosse banque ou femme plutôt délaissée, pas jolie, pas jeune, mal attifée, c'est forcément qu'ils disposaient naturellement d'une belle dose de générosité. Je me serais moi-même peut-être envoyée promener (qui sait ?).

On ne peut quand même pas faire que désespérer de l'humanité.

J'étais restée jusqu'au soir sans pleurer (ou du moins sans pleurer de chagrin car j'avais en cours de route une lecture qui m'émouvait).

 

(1) Je veux dire qui ne concernait pas que les questions de prix, ou avec une légère distance.

(2) Sans rien divulguer

(3) L'appellation est de Serge Scotto, adorablement un tantinet moqueur, il n'empêche que ...

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Au troisième jour de ma vraie nouvelle vie


    Au troisième jour de ma vraie nouvelle vie, un ami attrapa le Goncourt.
Rien moins. 

Comme dans un tout autre domaine une mauvaise nouvelle s'annonçait, ce prix, en plus de faire plaisir pour qui le méritait depuis plusieurs années, pour qui méritait de vivre amplement de ses écrits, pour qui serait capable de n'avoir pas l'élan brisé par les honneurs, tombait au juste instant pour nous redonner foi en l'avenir. Puisque parfois les bonnes choses arrivaient aux bonnes personnes, il devait bien y avoir moyen de s'en sortir.

 

Lire la suite "Au troisième jour de ma vraie nouvelle vie" »


Peinture (suite)

Ça ressemble à de la réclame mais voilà, j'aime cet album collectif de Grand Corps Malade, mon probable dernier achat de salariée régulière. Il arrive pile comme un encouragement dans une période belle mais fragile ; je découvre ce soir le clip de "L'heure des poètes", l'idée est formidable. Mon deuxième jour de ma nouvelle nouvelle vie aura donc été sous le signe de ce qui se peint. J'aime bien.

Amis insomniaques, j'ai peut-être un truc pour vous


    C'est #lefiston qui m'en a parlé et m'a filé le lien. Voilà un truc totalement fascinant et addictif, un peintre Bob Ross tenait dans les années 80 et début 90 du siècle dernier une émission The joy of painting dans laquelle il expliquait dans une mise en scène calme et minimaliste, l'art de la peinture figurative.

Quelqu'un a eu l'idée de récupérer les films et les proposer sur twitch. Avec sa voix paisible et les commentaires des internautes qui défilent rigolos et décalés (on est plus de 20 ans plus tard), cet ovni peut être l'accompagnement parfait d'une nuit trop longue ou d'une sieste trop courte. C'est extrêmement apaisant que l'on s'endorme ou au contraire non - je le trouve passionnant -.

Have a try ! 

(de regarder, hein, parce que peindre, il a beau donner une impression folle de facilité, à d'autres, c'est beaucoup plus compliqué !) 

Watch live video from BobRoss on www.twitch.tv

PS : Je suis très admirative de l'effet spécial qui lui permet de conserver blanche sa chemise.