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Après (juste)

La première info accessible concerne le Stade de France, il y aurait eu "des explosions". Du coup le premier message de Tu vas bien ? que j'enverrai sera à un ami que je sais susceptible d'y être peut-être avec ses garçons.

Capture d’écran 2015-11-24 à 21.41.30Je tente de piger ce qui se passe et me mets à RT, quasiment machinalement ce qui me semble pertinent. Tout en chuchotant quelques infos à celui qui m'accompagne. Autant dire que du débat je n'ai rien capté, sinon que réalisatrice et actrice présente tentaient de faire bonne figure et le public de jouer le jeu - mais tout le monde n'avait pas de téléphone connecté -. Beaucoup étaient comme moi, penchés sans vergogne sur leur petit écran, sidérés ; restant par politesse (et impuissance) (nous étions loin) mais de fait impolis. 

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Capture d’écran 2015-11-24 à 22.17.36Je ne sais plus quand je comprends qu'il y a plusieurs lieux concernés. Et plusieurs types d'actions, bombes et fusillades. 


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À  un moment je m'efforce surtout de RT ce qui peut être utile, consciente pour le reste de n'avoir aucune valeur ajoutée, même si je me rends compte qu'affinée au fil des années ma TL est particulièrement efficace pour suivre des infos. 

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Capture d’écran 2015-11-24 à 22.33.59 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.40.14 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.40.55 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.41.33 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.42.38À un moment je crois comprendre qu'il y a des otages au Bataclan et c'est pire que tout.

Capture d’écran 2015-11-24 à 22.43.09 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.50.59 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.51.37 Capture d’écran 2015-11-24 à 22.52.10

à 23h26

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L'échange après le film n'aura pas duré très longtemps, tout le monde est préoccupé. À peine sommes-nous sortis dans la rue que j'appelle ma fille qui me donne davantage de détails, elle a des amis au Bataclan et suit ça de près. Il est 23h37. Je la remercie pour la présence d'esprit de son envoi. Arrivés à la maison, communication achevée, je me mets sur l'ordi, tout en envoyant quelques textos, tout en répondant à quelques autres, touchée que pour moi l'on s'inquiète (1).

Passé minuit : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.08.35 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.09.58 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.10.44En même temps que je RT ce qui me paraît utile j'ai allumé la télé, que nous sommes à deux à regarder puis éteindrons assez vite une fois une salve de résumé achevée.

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À 0h03 je viens par SMS aux nouvelles de mon vieux grand ami, je ne le suppose pas trop au Bataclan, j'ai surtout peur pour l'un de ses fistons (musicien). Il me répond 18 minutes plus tard dans un premier temps que ça va "mais un peu tendu" et deux minutes plus tard me signale où il est et je percute que c'est tout près des restaurants visés. Je lui signale le hashtag #porteouverte. [Ce n'est qu'à 10h passées le lendemain matin qu'il regagnera son domicile.]

Je continue à en RT quand j'en vois passer : 

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À 0h54 je poste sur FB un statut pour ceux qui ne suivent pas tout en Français
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Et à 1h19 après un pieu mensonge (il fallait prétendre être sur zone afin de pouvoir s'enregistrer) je me signale sur le Safety Check. Pour la première fois je suis reconnaissante aux fonctions de flicage de FB, c'est dire si j'ai eu peur pour mes amis, dont je vois les noms s'égréner, "a indiqué être en sécurité" "est signalé en sécurité".Capture d’écran 2015-11-24 à 22.50.21

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.14.10À 1H22, je confesse :

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Certains touites sont entre temps devenus cryptiques :

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Quelqu'un s'inquiète pour le groupe : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.23.40(et je m'aperçois que je les supposais implicitement premiers visés et donc morts)

Je RT sans avoir vérifié une déclaration trop ancienne de Trump (mais il en a effectivement remis une couche le lendemain donc finalement ...) 

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Je continue de RT les #porteouverte tandis qu'apparaissent les premiers avis de recherche regroupés : 

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Capture d’écran 2015-11-24 à 23.28.25 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.29.02 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.29.59 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.30.33 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.31.06 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.31.50

 

Je tombe à un moment donné grâce à Marie Julien sur le fil reddit Paris shooting live thread 

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À partir de là c'est ce fil puis un autre que je suivrais. 

Pendant ce temps sur FB les choses se précisent, un de mes amis qui habite sur zone relaie ce qu'il entend et voit, une amie est à France Culture et s'apprête à bosser H24 devant l'urgence. Timidement certains commencent à me souhaiter un bon anniversaire en précisant "malgré tout". Je me rends alors compte que j'avais complètement oublié. Mon époux me fait un bisou lui aussi avant de capituler face au sommeil et d'aller se coucher.
Je tombe aussi de sommeil mais n'en continue pas moins à tenter de m'informer. En fait je voudrais savoir si s'est fini ou non au Bataclan, l'épuisement me porte à croire qu'il y aurait moins de victimes si on ne les laisse pas tomber en se désintéressant de leur sort, quelque chose d'aussi "pensée magique" que ça.

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.37.34 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.40.56À 2h14 je transmets le nouveau fil reddit 

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.41.41 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.42.39 Capture d’écran 2015-11-24 à 23.43.16

Il se dit que les taxis se sont mis en mode gratuit. Quelqu'un dément dans son cas précis : 

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Je suis particulièrement émue de "croiser" à nouveau Patrick Pelloux qui m'avait tant impressionnée en janvier de chagrin de force et de dignité. J'échange en DM avec quelqu'un à son sujet, nous partageons notre admiration.Capture d’écran 2015-11-24 à 23.45.20
Entre amies, on tente de s'entre réconforter en voyant le positif des choses : 

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À près de 3h du matin je change ma photo de profil FB qui était toute joyeuse. Je la remplace par une Tour Eiffel perdue dans la brume au matin du 7 janvier. Ma dernière photo "avant" (la première série de cette vague-là d'attentats)

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À 4h du matin je poste une ultime récap : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.50.32Puis je m'effondre de sommeil, devant le défilé des touites de recherches de proches (2).

Le premier touite suivant est de 9h du matin et marque mon soulagement d'avoir quitté mon job dans les "beaux" quartiers à temps. 

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La journée du 14 sera vraiment bizarre dans mon cas : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 23.56.41J'aurais conscience de me réfugier dans les films. En même temps, que faire d'autres puisque nous étions là et de peu d'utilité générale (pas soignants, pas journalistes, pas membres des forces de l'ordre ...).

 

(1) paradoxalement pas les tous plus proches qui eux me savent à Arras.

(2) Je n'en trouve plus trace parmi mon flux personnel : soit je n'en ai RT aucun (possible, me présumant peu utile dans la recherche) soit ils ont été supprimés de l'ensemble de twitter depuis ce qui est plausible. J'ai vu par exemple ces jours-ci des articles qui avaient été modifiés à la demande de leurs proches afin de préserver l'anonymat des victimes.

PS : Une récap générale par Nicolas Vanderbiest pour Reputatio Lab - dans laquelle on apprend que c'était une jeune fille qui avait pris en charge l'un des comptes de recherche des victimes les plus efficaces, chapeau bas -. 

 


Pendant


     PB241941La séance avait lieu à 21h15, elle a débuté avec un léger retard. J'ai remarqué les visages soucieux de deux des organisateurs. Comme il y avait eu des soucis de projections dans cette salle, j'ai plutôt pensé à un tracas lié au festival. Ou à quelqu'un du festival, qu'on allait nous annoncer une tragédie personnelle de quelqu'un lié à celui-ci ou au film. Je ne saurais jamais s'ils commençaient à avoir vent de quelque chose ou si je réinterprète a posteriori.

Sur le moment même, je pensais surtout à mes petites bricoles, les films que l'on venait de voir, que ce festival commençait à porter ses fruits en terme de nécessaire déconnexion de la vie (1), de se débrancher des soucis. 

J'ai perçu très nettement à environ 40 mn du début du film un remue-ménage vers le centre de la salle, en arrière par rapport à nous, là où sont habituellement calés les officiels. Comme personne n'a émis de bruits d'agacements (pas même un chut !) j'en avais déduit que quelqu'un s'était senti mal et avait dû sortir, j'avais eu l'impression de ça : deux ou trois personnes qui filaient.

Le film était bon. Pas génial mais bon. Et suffisamment consensuel pour que personne ne sorte avant la fin pour cause de désaccord ou d'ennui profond.

C'est au moment exact, avant même la fin du générique, lorsqu'un des organisateurs est venu nous dire précipitamment, Écoutez, nous préférons vous prévenir, il y a une série d'attentats à Paris, au stade de France, il y a des tirs, on ne sait pas bien, si vous le préférez rentrez vite chez vous. Sinon nous allons tenter de maintenir le débat prévu, qu'en ouvrant mon téléphone j'ai trouvé le SMS de ma fille qui disait "On est vivants", ce qui a fait dans ma tête un étrange carambolage entre un "Pourquoi elle m'écrit ça ?" et la partie du cerveau qui écoutait et amorçait une forte inquiétude qu'au moment même le message rassurait, mais m'a évité d'être dévorée d'angoisse maternelle. Elle a immédiatement été submergée par l'angoisse pour mes amis, du moins tous ceux susceptibles d'être de sortie un vendredi soir. 

Et je me suis jetée sur mon smartphone, très soulagée de disposer en ce moment précis de ce précieux outil.

 

(1) Depuis quelques années en pratique les cures de cinéma sont mon seul répit. Sinon je ne décroche jamais que par le sommeil. L'ivresse m'est inconnue. 


Avant

(billet sans réel intérêt immédiat mais pour plus tard, pour pouvoir se souvenir du concret de comment c'était)

 

Le 13 novembre à 0h50 (dans la nuit du jeudi au vendredi). Nous sommes au Arras Film Festival et sommes rentrés tard de la projection du film de Sheridan "Au nom du père" qui m'a impressionnée autant qu'en son temps. Avant d'aller dormir j'écris deux touites au sujet du film, dont un qui aujourd'hui me donne envie de pleurer. 

 

 

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Puis j'ai fait un petit tour sur ma TL Tout paraît si ancien désormais.

Capture d’écran 2015-11-24 à 18.12.41 Capture d’écran 2015-11-24 à 18.14.22Puis je vais me coucher. 

Le vendredi matin avant de partir pour le cinéma, je pianote un peu sur l'ordi :

Vers 9h30 

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Un peu après 

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Capture d’écran 2015-11-24 à 18.23.08Comme dab, je pense "bouquins" (ainsi que bon nombre de mes ami.e.s)

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J'écoute le journal du festival sur une radio en ligne : 

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Je me marre devant un gif à base de Buster Keaton :

Capture d’écran 2015-11-24 à 18.29.24Puis je prépare nos réservations de la journée et me remets en tête les films prévus : 

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Je jette quand même un coup d'œil aux infos. Comme dab je partage de préférence ce dont on ne parle pas (ou peu). 

Capture d’écran 2015-11-24 à 18.36.28Mais l'essentiel reste les films : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 18.38.41 Capture d’écran 2015-11-24 à 18.40.11Juste avant d'aller à la première séance de ce jour-là, je poste un bref billet de blog et l'indication automatique m'en fabrique un touite : 

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 Puis nous filons voir Fúsi (Virgin moutain titre anglais nul) film de Dagur Kári (Islande). Une de ces comédies douces-amères comme nous les aimons.

Nous avons ensuite juste le temps de rentrer grignoter avant The Fencer

Le temps aussi de sourire un peu : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 18.55.05Comme j'en ai pris l'habitude car j'espère écrire à ce sujet en rentrant, je jette vite fait sur twitter quelques mots au sujet du film que nous venons de voir : 

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Au passage, je relaie une info concernant l'Islande :

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À la fin de The Fencer, je jette également quelques notes, peut-être directement de mon téléphone. Je ne me souviens plus si nous sommes repassés à la maison ou non.

Les séances suivantes sont normalement à 16h30. Nous allons donc boire quelque chose de chaud à un café de la Grand Place - celui qui faisait crêperie aussi, jusqu'à l'an passé mais dont la direction visiblement a changé -. Le cappuccino est délicieux et son prix raisonnable. 

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Pendant que celui qui m'accompagne descend aux toilettes, j'ai visiblement pris le temps de scroller ma TL et retweeter ce qui me semblait présenter un intérêt, informatif ou souriant : 

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Capture d’écran 2015-11-24 à 19.14.03Ou parce que c'est quelqu'un que je suis qui l'a écrit et que je souhaite marquer un encouragement, une pensée de soutien 

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Je me sens concernée par l'attentat qui a eu lieu à Beyrouth, 

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En fait depuis janvier je me doute qu'il y aura des tentatives d'attentats à Paris, que ça n'était qu'un début et je pense qu'on y aura droit mais pendant la COP21. Et je crains des bombes avec ou sans kamikazes. J'ai intégré le fait qu'il y avait un risque. (mais j'en suis restée aux vieux schémas : foule, bombes, personnalités visées, coups de feux et persuadée que pour agir les terroristes attendront un moment significatif (comme ceux de 1972 les J.O.)). 

Je me dis je ne sais pourquoi qu'il ne faut pas tarder et malgré les protestations de l'homme de la maison qui adore arriver en retard, il met un point d'honneur à ça (alors qu'il ne fait rien de spécialement passionnant avant), je nous presse et fais bien : le film débutait à 16h et nous avons donc un quart d'heure de retard en ayant cru l'avoir d'avance. Par chance c'est une œuvre puissante et lente, de celles qui ne jouent pas leur peau dans les premières minutes mais prend le temps d'installer le spectateur dans la durée. D'autres spectateurs viendront s'installer après nous, je n'étais pas la seule à n'avoir pas vu le "16h" écrit en tout petit. Rien ne nous aura empêché d'apprécier ce sombre et beau film.

Capture d’écran 2015-11-24 à 19.43.22 Capture d’écran 2015-11-24 à 19.45.18Il y a un Q&A après le film et je suis amusée par le fait que Rémi Boiteux qui était en charge de poser les questions et animer le débat, pose exactement celles qui étaient les miennes, en particulier au sujet d'une éventuelle référence à Tarkovski. J'en ferai un touite sur le moment même : 

Capture d’écran 2015-11-24 à 20.23.58Puis à 20h47 (1) je lui envoie un mot à ce sujet ; pour avoir des amis qui font ce genre de métiers je sais que les spectateurs ne prennent pas assez le temps de témoigner de leur appréciation favorables des débats menés. Le lendemain nous poursuivrons la conversation, tristes et sur un tout autre ton mais en essayant de ne pas "perdre" le cinéma, ou pas totalement, devant le tourbillon des événements violents. Ces brefs échanges m'auront aidée. Il s'en sera fallu d'un rien, un mot envoyé avant de ressortir pour le film suivant ou de m'être dit, j'attends ce soir en rentrant et qu'il aurait été trop tard puisque l'horreur entre temps s'était déchaînée. Grand merci à lui pour avoir répondu.

Ça sera mon dernier touite avant le déchaînement. Quand je l'écris je pense seulement au plaisir du film vu et à me hâter pour un bref dîner avant d'aller au Casino pour la séance d'après, "Je vous souhaite d'être follement aimée" de Ounie Lecomte. 

En début de soirée j'ai éprouvé une bouffée d'inquiétude et nous avons contacté les enfants (2) pour savoir si tout allait bien. La réponse positive de notre fille m'avait rassurée. En fait la sourde inquiétude était pour quelqu'un d'autre mais je l'ignorais.

 

 

(1) Je viens de vérifier. Le temps d'avant n'est pas le temps d'après. La notion du temps.

(2) qui sont étudiants et n'avaient pas de vacances, qui étaient donc à la maison pendant notre semaine de festivaliers.

 

 

 


Presque une douzaine de jours [après]

 

    L'expérience m'a appris que lors des coups les plus durs de la vie, si on y a survécu sans être physiquement meurtris, sur le moment même on fait plus ou moins face, souvent mieux qu'on ne l'aurait cru mais aussi parce qu'il y a tant et tant de choses à faire et que si la tragédie revêtait une part collective - comme typiquement les attentats -, on est sollicités et entourés de sollicitude (1), mais que voilà, au bout d'une douzaine de jours, le quotidien reprend ses droits et on doit faire face au retour des autres dans leur vie "normale" (2) tandis que les tracas que l'on avait mis sous le boisseau tant ils étaient ridicules à l'aune de la catastrophe en cours, se font un plaisir de se rappeler à notre bon souvenir.

Ce matin, alors que je m'accorde une journée à la maison pour tenter de reprendre pied, j'ai eu cette chance inouïe de n'être pas directement concernée alors que plusieurs amis ont failli être atteints (3), j'ai donc songé à ceux qui devaient être en plein dans ces heures difficiles, celles où l'on mesure l'étendue du désastre et la profondeur de nos solitudes. 

Alors je suis allée à la pêche aux nouvelles : 

Au passage, j'ai appris qu'il y avait eu au moins un mort d'une façon particulièrement malchanceuse, comme une sorte de summum d'injustice - on sait que la vie est injuste mais parfois elle dépasse les bornes -. 

Nous allons reprendre ou avons déjà très volontairement repris le cours de nos vies, ce qu'elles ont de bien, ce qui y est rude. Et on s'efforcera de tenir le coup jusqu'au prochain épisode sanglant.

En attendant, une pensée pour tous ceux qui se débattent et pour un moment encore dans les conséquences immédiates de ce qui s'est passé.

 

(1) à moins d'avoir un employeur impitoyable. 
(2) C'est inévitable, je suis bien placée pour savoir que si un proche très proche est par exemple hospitalisé tandis que l'on est tenus d'aller travailler on ne peut pas tenir un rythme métro boulot hosto dodo indéfiniment. 
(3) J'oscille par ricochet entre un Ce n'est que partie remise prépare-toi au pire et un assez puéril J'ai déjà donné. Comme si l'existence procédait par tirages sans remise. Ça se saurait.


Déclarations d'amour


    Au détour des trajets que je continue à accomplir dans Paris, le plus possible comme si de rien n'était (1), ça fait trois déclarations d'amour à la France que j'entends, dont l'une lors d'une bribe de conversation entre deux femmes dont l'une se disait Algérienne et l'autre venait d'Afrique noire (je n'ai pas entendu le nom du pays qu'elle a mentionné), et qui se disaient, j'aime ce pays, on lui doit tout, il faut le respecter. La femme algérienne confiait à l'autre avec fatalisme et dignité qu'elle s'attendait à être jusqu'en février au moins davantage contrôlée, Mais je resterai calme, il faut comprendre après ce qu'ils ont fait. 
L'autre c'était un gamin qui disait à ses potes en arrivant à la piscine, Je vous aime, moi, les Français et il ajoutait On est bien ici. Les copains accueillaient la déclaration avec des gestes affectueux, c'était dans les jours de juste après.

Si nous parvenons à calmer les imbéciles, ceux qui sont en train d'en profiter pour dire, Vous voyez, j'avais raison et qui se sentent supérieurs aux autres parce que leurs ancêtres vivent dans le coin depuis un peu plus longtemps que certains, il faut savoir qu'on peut compter sur ceux qui sont venus vivre ici parce qu'où ils étaient ça allait mal (mal tout court ou mal pour eux), ils aiment ce pays qui les a accueilli et accordé une chance. Il ne faut pas laisser les furieux d'un côté et les haineux de l'autre gâcher ça. 

Il nous reste un art de vivre, ne le laissons pas être dissout dans la haine et le rejet.

 

(1) Même si moralement ça n'est pas du tout comme si de rien n'était, je ne sais pas vous, mais personnellement dès que je ne suis pas concentrée sur une activité qui requiert toute mon attention je pense sans arrêt aux victimes et aux rescapés, ainsi qu'à leurs proches. Et particulièrement à ces derniers cette semaine qui devront probablement dans les jours qui viennent aller à des cérémonies d'adieux, parfois même à plusieurs comme ce fut le cas pour les amis de ceux de Charlie.

 


En vrac du jeudi suivant - 19 novembre 2015

(que les choses soient claires : si je parle de moi, c'est comme pour les peintres leurs autoportraits, on est son propre modèle le plus simple à avoir sous la main ; je pense que ma petite famille et moi-même pouvons constituer un exemple parmi tant d'autres des parisiens moyens)

Tu commences juste à refaire surface, à pouvoir penser à autre chose qu'aux morts, aux blessés, aux survivants, à leurs proches, à la chance - parce que des amis d'amis sont concernés, eux, directement, et parce que ta fille, ton fils (pour un amateur de foot) et toi aviez des amis dans les zones concernées. De toutes façons tu es bien obligée : pendant le terrorisme les tracas continuent, entre frais dentaires de l'un et qu'avant de quitter ton boulot de libraire des "beaux" quartiers tu as fait tes provisions de lectures pour l'hiver et tout ce qu'il fallait d'équipement para-médical préventif, cette fin de mois s'annonçait épique. Elle l'est. Heureusement qu'un remboursement attendu ne va pas tarder. Ce genre d'ennuis parait encore plus ridicule et intolérable alors que l'esprit est préoccupé par de réels graves sujets. C'est un peu comme si alors qu'on était lancés dans une course longue distance avec pour projet de se sauver d'un danger, un petit roquet surgissait qui nous mordait les mollets.

Mes futures employeuses temporaires font les choses très bien, et alors qu'en temps normal le fait d'avoir le contrat de travail scrupuleusement à l'avance, m'aurait relativement peu touchée - je me serais dit, c'est rassurant, mais guère plus, car je fonctionne encore à l'ancienne sur la parole donnée -, je trouve ça formidable et qu'en plus on me demande mon avis sur tel ou tel point, et si la rémunération proposée me semble suffisante, j'ai l'impression de faire un beau rêve. En plus, chance inouïe, le calendrier fait que la période à effectuer tombera juste quand théoriquement, et si de nouveaux actes de barbarie ne se surajoutent pas à ceux déjà commis, j'aurais repris pied et besoin de me concentrer sur d'autres choses que les informations ou mes propres pensées. Si j'avais dû travailler pour elles cette semaine, j'aurais dû fournir un effort immense pour cacher mes moments de moins bien, ceux durant lesquels je flanche et suis soulagée d'être beaucoup chez moi où je peux simplement pleurer. 

Je me félicite plusieurs fois par jour d'avoir quitté à temps un quartier de travail dans lequel certains habitants véhiculaient des idées moisies, qu'ils doivent à présent mettre fièrement en avant. Je ne sais pas comment font mes ex-collègues pour tenir ou répondre tout en restant polis. J'avais su le faire en janvier alors que j'avais perdu dans la tourmente un ami, je n'aurais pas su garder mon calme cette fois-ci. Probablement que je l'imaginais me disais, Allons, laisse tomber, ils n'en valent pas la peine.

Ces jours-ci j'ai la vision fréquente de son grand fantôme (1) qui vient près des survivants désemparés ou des proches des victimes et tel les anges de Wim leur poser une main sur l'épaule et leur murmurer à l'oreille des paroles d'apaisement.

C'est le paradoxe inattendu : au lieu de me sentir plus mal d'une répétition d'épouvante, tout se passe comme si l'expérience m'aidait. J'échange avec quelques-uns qui en sont "à leur premier attentat", comme c'est atroce d'écrire ça, et on dirait que je peux, un peu, un tout petit peu, aider, comme une sœur aînée qui aurait déjà traversé l'expérience.

Tu as commencé une lettre, un message par "Depuis les attentats" puis tu as pris conscience qu'il convenait désormais de préciser lesquels. Alors tu as pleuré. 

Pour le reste tu t'efforces d'agir comme tu aimais que les autres agissent en janvier, c'est-à-dire en menant le plus normalement possible leur vie la plus normale possible. Ça t'aidait à tenir, comme s'il y avait une répartition des rôles : vous gardez le cap pendant que nous (les proches des victimes) écopons. À présent, je fais partie du personnel consacré à la navigation. Ça n'est en rien une promotion. Seulement chacun son tour et une forme égoïste de soulagement. 

Parce que tu sais que pour eux viendra le moment où il devront continuer de faire avec faire sans, alors que la plupart d'entre nous aura repris le fil facile ou difficile de sa vie. Et que ce moment sera particulièrement rude à affronter. Il est de plus fréquent que la perte d'un être cher engendre bien d'autres pertes importantes, sale cascade. Surtout pour ceux dont la vie quotidienne se trouve bouleversée. Il leur faudra dans le meilleur des cas pour refaire surface des années. 

Je pense à ceux qui vont la semaine prochaine devoir se rendre à des obsèques. J'ai envie de leur dire : ça sera terrible mais vous verrez, ça ira un peu moins mal après, pas juste après, mais à partir des jours d'après.

Tu as commencé une collection de liens vers des textes réconfortants et courageux, puis tu as cessé : ils étaient trop nombreux. Et c'était bien (qu'ils le soient). 

 Un article au sujet d'un photographe de guerre qui s'est retrouvé au bout du compte à faire son boulot sur son lieu théoriquement calme de congé, me fait prendre conscience que j'ai eu une fois de plus la chance (2) que la question ne se pose pas d'aller prendre des photos ou pas. Tu as déjà eu le temps de songer que prise parmi la foule tu aurais bien été foutue de trouver moyen de te mettre encore plus en danger en tentant de capter quelque chose (image fixe ou animée ou son), mais tu n'avais pas songé à la possibilité de venir le lendemain prendre en photos les images de la suite. Tu préfères ne pas trop approfondir le sujet de ce que tu aurais fait si tu avais été à Paris. Et cette question t'inquiète davantage de celle de ton risque de faire partie des personnes visées : concerts, terrasses de café et même pourquoi pas, stade de foot, tu pourrais en être, c'est ta vie, quoique limitée par le manque de moyens financiers.

Tu ne parviens à rien achever de ce que tu écris, le sommeil te tombe dessus avec violence. C'était le cas avant mais ça ne s'arrange pas.

Il te manque une âme sœur voire un amoureux fou. C'est plus criant que la fois d'avant.

J'aimerais connaître une entité efficace pour la supplier comme il convient pour qu'il n'y ait pas de fois d'après.

Je tombe de sommeil avant de relire quoi que ce soit.

Dernière pensée avant le sommeil pour ce témoignage-là (3). 

 

 

(1) Il était grand je suppose que son spectre aussi.

(2) Comme lors de la tempête de décembre 1999

(3) témoignage de Daniel Psenny du Monde 

 

 


Pendant le terrorisme les tracas continuent

(billet sans intérêt immédiat mais pour se souvenir plus tard)

On s'aperçoit qu'on est depuis vendredi soir à nouveau comme après le 7 janvier sur une forme de qui-vive lorsqu'au cœur du sommeil on capte des sirènes de police, et qu'on a la pré-conscience qu'il s'est passé quelque chose. Les rêves deviennent agités - pour ma part j'étais dans un grand établissement, probablement scolaire, puis sauvée de quelque chose entre autre par des amis dans le cadre de leur fonction (policiers ou autre) et j'étais soulagée mais on me présentait ensuite une facture de 3000 € et je ne savais pas du tout comment j'allais les payer, me demandais Comment font les autres ? -, puis c'est le radio-réveil qui s'enclenche sur l'annonce d'un assaut policier à Saint Denis dans une planque de terroristes présumés. 

Encore sous l'emprise du sommeil tu penses Comment vont faire les enfants pour aller en cours ? et seulement plus tard que peut-être la question du moins pour l'aînée ne se posera pas car il risque de ne pas y avoir cours.

Au même moment la radio diffuse un bref reportage sur l'un des organisateurs terroriste présumé, fils de prospère boutiquier de Molenbeck dont rien ne laissait présager sa radicalisation, il était même cité cette école chic d'une banlieue fortunée. Celles où passèrent (ils n'y sont sans doute plus) deux garçons que tu connaissais et que tu ne vois plus puisque le lien était leur père, lien qu'il a brisé. C'est ridicule et totalement anecdotique au vu des circonstances mais voir surgir une référence à ce chagrin alors que tu ne t'y attends pas du tout, ça fait un coup à l'estomac.

Mais ça réveille. Du coup me voilà sur twitter à la pêche aux infos (merci les amies) et complété avec FB ça permet de savoir très vite les établissements scolaires et les lignes fermées. J'en informe les enfants (ou plutôt tente de), le fiston qu'un pote a par ailleurs prévenu qu'à Saint Denis c'était le zbeul, fait un essai par le RER, lequel fonctionne, mais à Épinay se heurte à l'absence de bus (qui passent par Saint Denis et sont donc bloqués à moins qu'il ne s'agisse d'une grève) et du coup s'en revient.

Je crois que pour "descendre" à Paris je vais utiliser le train.


Une très étrange fierté


    Durant la nuit du 13 novembre même et le lendemain, j'ai été très touchée par tous les messages de ceux qui immédiatement s'étaient inquiétés pour moi, pas les tout plus proches qui me savaient à Arras, mais de nombreux amis, ex-collègues ou camarades de l'une ou l'autre des activités que je pratique, et qui me connaissaient assez bien pour savoir qu'aller au concert, fêter quelque chose en bonne compagnie un vendredi soir en terrasse, voire même aller voir un match de foot, étaient dans mes cordes ; tout en ignorant, je n'en ai pas parlé urbi et orbi que j'étais en cure de cinéma pas tout près de Paris. 

À présent de retour, je recueille et rassure les dernières inquiétudes, et vois aussi des listes de victimes, des textes de leurs proches, de leurs photos, de brèves biographies.

Et soudain non seulement je suis émue du souci que certains se sont faits pour moi - je suis toujours surprise lorsque l'on pense à moi -, mais me voilà la proie d'une très étrange fierté. Ceux qui ont été touchés sont tous jeunes, intelligents, brillants, présentés comme généreux, pour certains actifs dans des associations d'entraides. Ben les amis, je voudrais pas dire, mais je crois que vous me surestimez. 

Et je crois que si l'on parvient à empêcher d'accéder au pouvoir ceux des politiciens qui ces jours-ci se frottent les mains tant la haine que les attentats déchaîne va dans leur sens, nous ne risquons rien, si ce n'est mais à titre individuel, nos vies, collectivement nous sommes bien trop forts et trop intelligents et cultivés et par là même capables de surmonter les peurs qu'on nous impose. Keep on going as we are. 


Un mauvais rêve très agité


    Je crois que cette année 2015 n'est pas en vrai, qu'il ne s'agit que d'un mauvais rêve très agité, on y passe du cauchemar et à l'horreur au rire sans étape intermédiaire, c'est trop absurde et insensé, je vais me, nous allons nous, réveiller.

(si possible tout début juin 2013, alors que j'attends une visite dans un Paris pas encore massacré et que je travaille dans une librairie de légende, et puis comme dans les films, il arriverait un truc inattendu et providentiel qui ferait que la boutique n'aurait pas à fermer, que l'amoureux le serait et d'ailleurs très en forme, que ma fille n'aurait pas eu d'ennuis de santé, tout ça, l'ami Honoré passerait devant la librairie (comme il l'a fait en vrai) et on resterait à papoter sous l'œil bienveillant du patron qui nous proposerait d'aller prendre une bière (comme il l'a fait plus d'une fois en vrai)). Oui, ce soir plus encore que d'autres, la tentation est vive de souhaiter rembobiner, rejouer le bon, éviter le mauvais et son irréversibilité.

Le festival de cinéma est terminé qui me portait. Il va falloir faire face. Survivre. Combattre les haines tentantes qui vont encore monter. S'adapter au contexte de plus en plus guerrier.